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Lent dehors - Philippe Djian Un prof de musique, Henri-John, père de deux grandes filles, est plaqué par sa femme, Edith, écrivain à succès. Pour lutter contre la solitude, le stress qui monte, il part pour les Etats-Unis. Il loge chez son beau-frère, Oli, dans une vaste maison à véranda au bord de l'océan. Ce séjour face au ciel et à la mer sera l'occasion d'un monumental bilan. Djian ne cesse de revenir sur son passé dans une France de Meudon inventée par Céline, avec moutards et tractions avant, grisaille et pauvreté, pavillons de banlieue et fins de mois difficiles. Heureusement, il y a l'Amérique, son bonheur matinal, ses breaks rutilants, ses grandes étendues liquides, ses maisons de bois aux couleurs lie-de-vin, ses joggers fluo. L'Amérique de Djian est lisse, lavée, pimpante. Ce pays-là a des couleurs de cerf-volant qui vibre en plein bleu du ciel. (Mot de l'éditeur)
J'ai rêvé durant des années que je voguais sur un solide vaisseau, qu'aucune tempête ne pourrait inquiéter et que le temps affermissait, et j'ai cru un instant que je pouvais filer sur les récifs et que rien ne saurait m'arriver. Les seuls remparts qu'un homme puisse édifier autour de lui sont à la dimension de son cercueil. Jusqu'à sa mort, ma mère posera sur moi un regard étonné. Serions-nous de ce monde encore cent ans de plus tous les deux, l'un près de l'autre, que ça n'y changerait rien. Jamais elle ne pourra s'en empêcher. Je suis la grande énigme de sa vie, la chose la plus déconcertante qui lui soit advenue. J'ai souri malgré moi car, bien qu'ahurissante, la foi en impose, désarme et brille aux yeux de l'incrédule comme un soleil d'automne, lointain et doux. Je ne cherche pas à me trouver d'excuses. Je me fiche de savoir ce que d'autres auraient fait à ma place. Je sais que j'aurai pu tenir bon si je l'avais voulu. Pour moi, Edith faisait partie de cette
poignée d'écrivains qui me donnaient envie d'acheter un livre et me procuraient une vive émotion quand je l'ouvrais, simplement en regardant leur nom. J'espérais qu'ils allaient vivre encore longtemps et que d'autres allaient apparaître. Et que Dieu les préserve de vouloir être reconnus et de sacrifier leur talent à la norme. Durant de longues années je m'imaginerais que la Femme était le mystère absolu. Aujourd'hui, c'est moi, qu'en tant qu'homme, j'ai du mal à comprendre. J'étais plongé au coeur d'une armée qui marchait au combat, tournoyant sur moi-même au gré de la bousculade et n'ayant ni but, ni repères, ni quoi, ni qui que ce soit qui puisse m'aider pour reprendre ma route. Le jour se levait, puis la nuit tombait, et c'était comme un ruisseau silencieux au bord duquel je serais resté allongé, n'ayant envie de rien. Et ce qui se passait à l'intérieur d'eux-mêmes, ça ne les intéressait donc pas, je veux dire leurs sentiments, leurs désirs, leurs relations vis-à-vis de leurs semblables, je veux dire ce qu'ils avaient au fond du coeur... ? Et aussi bête que cela puisse paraître, j'étais le genre de type à n'avoir qu'une seule femme dans sa vie et il n'y avait pas grand-chose à y faire, chacun doit porter sa croix ici-bas. De mon coté, je n'essayais jamais de le retenir. Je n'avais pas envie de me retrouver avec quelqu'un sur le dos, que ce soit lui ou un autre, et je n'entendais pas développer nos relations davantage, d'autant que la distance qu'il y avait entre nous n'était pas désagréable. Juste je me sentais un peu rêveuse et douce, étourdie par cette ville et attirée par le mystère, un truc sans aucune conséquence. Il n’y avait aucune trace de pas, là où je m’avançais, mais une surface ondoyante, lissée par le vent et sans le moindre défaut. Je l’enviais
d’être libre, sans attaches, il me paraissait invincible tandis
que je me sentais enchaîné et vulnérable. Je saisissais pourtant la stupidité de mon malheur, je haïssais la manière dont mes pensées déviaient et me conduisaient vers elle comme un enfant qu’on tire par la main. Jamais je n’avais mesuré à quel point j’avais dispersé mes forces, sur combien de fronts il me fallait me tenir à la fois. Parfois, nous nous comprenions avec une telle intensité que je sentais quelque chose me dépasser. Ou bien quelque hasard nous séparait un instant et je l’observais, elle était une suffocante apparition, j’en étais ébloui, elle représentait tant de choses pour moi que mon esprit n’appréhendait ce prodige qu’avec difficulté. Je le regardais et j’étais étonné de ce que j’avais trouvé en venant ici. Ce n’était pas ce que j’étais venu chercher, mais c’était tout ce dont j’avais besoin. Qui se complique la vie, dis-moi ? Je ne suis pas en train de livrer un combat sans merci, je n’essaye même pas de mêler ma propre folie à celle d’un autre et je sais d’avance qu’elle finira par m’abandonner... C’est la première fois que je sors de chez lui en claquant la porte. Il faut un commencement à tout. J’avais envie d'être seule, de toute façon. Ca peut sembler idiot, mais c’était sa beauté qui m’empêchait de me jeter sur elle. Ca la rendait mystérieuse et la tenait hors d’atteinte, il y avait comme un écran qui vous faisait hésiter. Le monde autour de moi se volatilisait et ces petites tortures qu’elle m’infligeait de temps à autre n’étaient vraiment rien à payer pour l’avoir auprès de moi. Lorsque j’avais parfois des éclairs de lucidité, je sentais des choses qui se tordaient dans tout mon corps ou se tendaient, comme prêtes à céder. J’avais l’impression que ma peau allait se déchirer, qu’un être nouveau cherchait à voir le jour. J’avais beau y être habitué, tant de nudité me paralysait, toute cette blancheur me submergeait durant quelques secondes et je sentais cette chose qui m’étouffait, cette chose qu’elle m’avait inoculée et qui me subjuguait, m’ôtait toute espèce de volonté et me livrait à sa merci. Je crois qu’elle ne comprenait pas que je ne cherchais plus rien. Mais l’art n’effraie plus personne, aujourd’hui, tu n’as plus besoin d'être enragé pour te faire entendre. J’imagine que les choses doivent rencontrer une certaine résistance pour se développer, sinon tout se liquéfie avant d’avoir le temps de mûrir. Nous vivons à présent dans un monde si avide de nouveauté qu’il absorbe tout ce qui se présente. Il y avait toujours quelque chose qui m’échappait, chez moi ou chez n’importe quel type que j’examinais, quelque chose d’insaisissable que faute de pouvoir mieux appréhender j’associais à du vide. Malgré tout, je demeurais incapable de changer la vie que je menais. Lorsque je regardais autour de moi, j’avais l’impression que la plupart des gens étaient eux aussi pris au piège. Sans bien m’en rendre compte, je m’étais habitué à la solitude et au silence. Jour après jour, je m’étais renfermé sur moi et j’avais fini par tout encaisser, par ne plus y voir clair, du moins pas plus que je ne le désirais. Et c’était vrai que certaines choses me dépassaient durant ces moments-là, que je n’étais qu’une pauvre créature incapable de saisir la force et l’étendue de mes sentiments. Elle m’en
avait voulu pendant des mois. Et elle m’en voulait encore, mais
le gros de l’orage était derrière nous. La vie est comme elle est, j’ai pas besoin de me traîner un sac d’illusions pendant cent sept ans, je préfère y voir clair... Et ça me rend pas malheureux, ni amer, tu te trompes, je trouve que c’est très bien comme ça. J’avais envie de regarder Edith, mais il semblait que ça la gênait lorsque je posais les yeux sur elle, et les coups d’oeil que nous échangions étaient comme des supplices chinois. Il y avait également, et cela aussi reposait peut-être sur une illusion momentanée, cette impression que ma chute prenait fin. Que battant des pieds et des bras dans le noir, je venais d’accrocher quelque chose du bout des doigts, juste avant de m’écraser au fond. Non, Heissenbüttel n’était qu’un imbécile de plus. C’était presque une espèce supportable dans un monde rempli de fous et d’assassins. J’avais l’impression de me glisser dans une caisse qui n’était pas à mes dimensions et tout en moi gémissait et je me découvrais la nuit, à force de gesticuler, je me réveillais et je regardais les quatre murs qui s’étaient resserrés sur moi. Ne t’occupe pas de ce qu’on écrit sur toi, que ce soit bon ou mauvais. Evite les endroits où l’on parle de livres. N’écoute personne. Si quelqu’un se penche sur ton épaule, bondis et frappe-le au visage. Ne tiens pas de discours sur ton travail, il n’y a rien à en dire. Ne te demande par pour quoi ni pour qui tu écris mais pense que chacune de tes phrases pourrait être la dernière. Nourris ce qu’il y a dans ton esprit et ce qu’il y a dans ton coeur, et ne laisse pas l’un dévorer l’autre. Ainsi tu ne seras jamais prisonnière. Jouer avec les sentiments, c’était tresser la corde pour se pendre. Au mieux, c’était clouter les lanières du fouet et remonter sa chemise. Ca ne m’empêche pas de me sentir joyeuse car j’écris ces mots dehors, dans une nuit magnifique, et je sens le ciel m’aspirer. J’enrageais en silence, mais ce n’était pas une colère froide et lumineuse et libératrice. C’était exactement l’inverse. La route n’est pas si longue, mais elle ne finit jamais. Eviter un obstacle, c’est aller au-devant d’un autre. Il n’y a rien de solide sous nos pas. Et moi non plus, je ne savais pas ce que je ressentais. C’était tout blanc. Ni dégoût, ni colère, ni tristesse. Comme ce vide avant la douleur quand on se blesse quelque part, sauf que ça durait. Je fouillais
mon esprit pour essayer de comprendre ce qui n’allait pas mais ça
ne servait à rien, il y avait toujours un moment où tout
s’éteignait. LENT
DEHORS C'est dire qu'une phrase de Djian est toujours un exercice périlleux, avec sa part de risque, ses audaces, son côté sportif, son léger tremblement de crainte. On songe immédiatement à Flaubert _ même si la référence fait autant bondir Djian qu'elle scandalise ses détracteurs ; même si la constellation littéraire de l'auteur de 37º2 le matin se situe aux alentours des planètes John Fante, Jim Harrison ou Ernest Hemingway. Il s'agit à chaque instant de résoudre un problème en découvrant la seule manière possible d'écrire le plus justement, le plus simplement, le plus fortement ce que l'on veut dire. Le risque majeur dans cet affrontement, c'est le métier, c'est l'expérience. Surtout lorsque vos livres ont commencé à rencontrer le succès. Djian a mesuré le danger qu'il courrait à " faire du Djian ", à se poser, de livre en livre, des problèmes qu'il se saurait en état de résoudre, presque machinalement. Peut-être aussi a-t-il senti que, dans certains passages de ses romans précédents, il n'avait pas évité les pièges de l'auto-caricature. Lent dehors apparaît, de ce point de vue, comme un défi lancé à son propre exercice de la littérature. Il a tenté ce qu'il n'avait jamais osé jusqu'à présent : sortir de la stricte veine autobiographique et de l'histoire d'un écrivain aux prises avec les fièvres de la vie _ le rôle de l'écrivain, cette fois, est tenu par une femme, et le narrateur est professeur de musique _, s'échapper du récit linéaire pour mettre en scène des temporalités et des points de vue différents, jouer sur la confrontation des lieux, sur la multiplicité des milieux ; bref, donner à son récit de l'ampleur et de la profondeur sans qu'il perde de cette force de frappe qui a fait la réputation de Djian. A coup sûr, les habituels contempteurs du romancier ne désarmeront pas. Ceux qui mesurent la valeur d'une oeuvre à sa conformité avec des critères linguistiques définis au siècle dernier et auxquels ils accordent valeur d'éternité continueront à se boucher le nez devant ce qu'ils considèrent comme une manifestation agressive et vulgaire de la modernité. Ils continueront à énumérer avec mépris les entorses que Djian inflige à la grammaire et à la bienséance stylistique. Et il est vrai que, parfois, dans ce qui n'est pas du laisser-aller mais tout au contraire une recherche acrobatique pour donner à l'écriture à la fois densité et vitesse, transparence et impact, Djian perd l'équilibre et se retrouve bêtement le nez par terre. On ne pardonnera pas _ inutile de toujours accuser les correcteurs : " Le spectacle était prêt, mais Georges avait un peu les jetons bien qu'il bouillât d'impatience et répétât à longueur de journée qu'un échec serait le sien et une réussite la récompense du Ballet tout entier ", pas plus que des concordances des temps qui vous obligent à relire trois fois la phrase avant de la comprendre ou des fantaisies de ponctuation que la fantaisie ne justifie pas. Mais ces quelques scories, ces naïvetés, ces emportements gamins ne devraient pas occulter l'essentiel. En premier lieu, des pages magnifiques sur l'enfance, sur l'Amérique, sur l'art, sur la paternité, sur l'amitié, sur le sentiment moral. Des choses parfaitement vues, fortes, justes, sensibles et qui paraissent directement passées de l'oeil à la main qui tient le stylo tant elles éclatent d'immédiate vérité ; tant Djian parvient à nous transfuser son émotion, la forme de son idée, le goût de son bonheur ou de sa colère. Les puristes peuvent ricaner ; demain, les enfants des écoles, s'ils lisent encore, apprendront chez Djian ce que nombre des meilleurs jeunes écrivains d'aujourd'hui y ont déjà trouvé : une leçon de style. Parcours du combattant En second lieu, Lent dehors est un roman très beau et très grave sur les relations entre les hommes et les femmes. Sur un thème qui n'est pas précisément neuf _ il est difficile à un homme d'être durablement lui-même avec une femme, mais il est aussi difficile de l'être sans elle _ Djian a construit une série de variations qui tiennent à la fois du parcours du combattant et de la méditation métaphysique. C'est, dans la même minute, drôle et déchirant, sauvage et raffiné, sarcastique et fleur bleue. On effleure des peaux et on plonge dans des abîmes, on se débat dans des contradictions et des cas de conscience à la Dostoïevski et l'on en émerge sur la vague d'un gag des Marx Brothers. Entre-temps, on a voyagé, à fond de train ou en lente promenade, à travers le paysage mouvementé d'une vie d'homme que la femme qu'il aime vient de quitter et qui se demande comment il a serré ce noeud qui l'étrangle. Livre de
moraliste, donc, autant que de styliste, l'art d'écrire et l'art
de vivre finissant toujours chez Djian par fêter leurs retrouvailles
: " Bien sûr qu'ils vont compter tes adverbes, tes malgré
que, et mesurer la taille de tes ellipses... c'est leur métier...
Mais toi, tu n'es pas en train de couper une robe de soirée, tu
écris un livre ! Ne t'occupe pas de ce qu'on écrit sur toi,
que ce soit bon ou mauvais. Evite les endroits où l'on parle des
livres. N'écoute personne. Si quelqu'un se penche sur ton épaule,
bondis et frappe-le au visage... Ne te demande pas pourquoi ni pour qui
tu écris mais pense que chacune de tes phrases pourrait être
la dernière. "
Toujours foldingue d’écriture et de sensations fortes, Djian découvre la délicatesse. Toujours un peu barbare, ce Djian, cuirassé de cuir et de rock, caché derrière des lunettes de soleil, écrivant en tee-shirt troué devant un Macintosh. Pour ses 40 ans, en 1989, il était allé aux États-Unis, selon lui le paradis de la littérature, le lieu magique où vécurent ses idoles : Fante, Bowles, Salinger, mais aussi, sans doute, Melville, Whitman, Faulkner, Carver. Il s’était installé dans une petite île au large de Boston, Martha’s Vineyard. Il avait écrit, bu, voyagé. Aujourd’hui, revenu en France, à Biarritz, port d’attache, il publie un gros livre bien construit qui raconte, en partie, son aventure américaine. Un prof de musique, Henri-John, père de deux grandes filles, est plaqué par sa femme, Edith, écrivain à succès. Pour lutter contre la solitude, le stress qui monte, il part pour les États-Unis. Il loge chez son beau-frère, Oli, dans une vaste maison à véranda au bord de l’océan. Ce séjour face au ciel et à la mer sera l’occasion d’un monumental bilan. Djian, pendant plus de 300 pages, ne cesse de revenir sur son passé dans une France de Meudon inventée par Céline, avec moutards et tractions avant, grisaille et pauvreté, pavillons de banlieue et fins de mois difficiles. Heureusement, pour aérer tous ces épisodes un peu confinés dans l’après-guerre française, il y a l’Amérique, son bonheur matinal, ses breaks rutilants, ses grandes étendues liquides, ses maisons de bois aux couleurs lie-de-vin, ses joggers fluo, ses dunes ouvertes sur des paysages d’avant l’homme, ses forêts aux sourdes pulsions, ses freeways qui montent vers la nuit avec tant de douceur. L’Amérique de Djian est lisse, lavée, pimpante. Ce pays-là, sous la plume de Djian, a des couleurs de cerf-volant qui vibre en plein bleu du ciel. Et là, on retrouve le Djian foldingue d’écriture, de sensations : ce regard nettoyé, un peu cru, primitif, qui a fait sa réputation et qui l’a fait aimer, en France, par plus d’un million de lecteurs qui le découvraient comme on écoute Bob Marley. Il raconte la même histoire : les chamailleries entre un homme et une femme, les grandes mufflées alcooliques qui ressemblent tant à une petite excursion au paradis, mais aussi les mystérieuses ruminations maussades où la jalousie, par une chimie désolante, tourne à la paranoïa, les veilles nocturnes, enfouies dans la maussaderie, l’irruption d’amis " vachement sympas ", les vaisselles à plusieurs. Il aime
– et c’est une nouveauté – les personnages hauts
en couleur. Cette Hélène Folley, qui vient réparer
les vélos, sortie tout droit d’un film de Truffaut. Et l’agent
littéraire en faux jeton est épatant. Et cette Edith, emmerdeuse
aimée, dont la fuite ressemble à un immense caprice. Et
le vieux juge bostonien, un peu sorcier, qui sent à la fois son
évangéliste fou et son homme d’affaire retors. Et
cette Ramona, initiatrice à l’amour, dans une chambre qui
ressemble à une roulotte gitane... Djian les adore, ces créatures,
à la manière d’un Dickens qui n’aimait que les
excentriques, les égarés, les allumés, tous ces orphelins
d’un dimanche de la vie qui tarde à venir. Cette délicatesse d’exerce pour décrire les choses simples de la vie : une pêche dans les premières vagues de l’océan, les ruses à utiliser contre l’ennui, l’approche d’une femme meurtrie. Enfin, Djian sait avoir le regard subitement sobre, changer de ton, imiter Salinger quand il faut parler des enfants. Son livre est un grand éclaboussement de tons, de talents divers, de techniques maîtrisées. Il reste le chroniqueur allègre de sa propre vie, son premier témoin, son juge, son avocat, son metteur en scène. Il aime toujours autant rêvasser : un peu félin aux aguets, un peu hérisson prêt à se mettre en boule devant les imbéciles. Il est à
son aise dans une dimension cosmique – voire mystique- qui n’est
pas la pointure générale dans la littérature française
actuelle. Il épie, il renifle, il halète, bref, il est vivant.
Petite remarque perso : J'ai découvert Djian en vacances. Un kiosque à journaux au bord de la place, dans le Sude de la France. Pas beaucoup de choix, le titre, lent dehors me plaît. Et me voilà repartie ves les flots bleus et le sable doré ! Mais quelle agréable surprise. J'ai été conquise ! Il y a des petits moments de bonheur comme ça, sans qu'on s'y attende, et Djian en fait partie !
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