LES JOURS FRAGILES

Philippe BESSON

 

 

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"Plus tard, dans une sorte de semi-délire, alors qu'il ne paraît pas conscient, il murmure qu'il a écrit avec la sensation du vertige. pendant de brefs et lumineux instants, il a inventé des mondes. Aussitôt je me rappelle une de ses poésies, qui s'intitulait, je crois, Le Bateau ivre : il n'avait jamais vu la mer" Philippe Besson

 

Fiche :

Auteur Philippe Besson
Editeur Pocket
Editions Julliard 2004
Date de parution Pocket 09/2005
Collection Pocket, numéro 12028
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2266136089

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Elle a grandi dans l'ombre de son frère aîné, surdoué scandaleux. Lorsqu'il a choisi de s'enfuir, elle a appris l'absence et le manque. Aujourd'hui, l'exilé volontaire est de retour de ses lointains voyages et il la réclame. Il ne lui propose que des jours fragiles, fébriles. Elle accepte sans réfléchir. Empêtrée dans ses frayeurs, guidée par un infatigable espoir, Isabelle Rimbaud est enfin prête, à trente ans, à cheminer aux côtés d'Arthur vers l'irréparable.

 

Extrait :

C’est quoi, être un homme, Arthur ?
Que me répondrait-il si je lui adressais cette question ? Détournerait-il son visage pour me signifier un refus ? Lèverait-il les yeux au ciel pour me faire toucher du doigt combien cette interrogation est absurde ? Ou bien dirigerait-il son regard vers le sol, comme pour chercher en lui-même ? Ou enfin m’observerait-il, droit, immobile, désemparé, désarmé ? Quoi ? A quoi ressemblerait sa face, en cet instant de vérité ? Y aurait-il une grimace, un soupir d’exaspération ? Un silence de recueillement ? Un air triste et hébété ? Alors qu’il gît comme ne gisent que les cadavres, avec son masque de cire, impénétrable, ses traits épuisés, ses orbites creusées, ses membres d’enfant, son corps disloque, que m’apprendrait-il à propos de ce qu’est un homme ?

Evoquerait-il la figure triomphante de l’adolescent, cette grâce tranquille et magnifique, cette assurance sans arrogance, l’éclat de ses seize ans ? Devient-on un homme lorsque l’armature se déploie, et que la sensualité soudain déborde ?
Me dirait-il les torses qui s’emboîtent, les mains qui effleurent les paupières closes, les doigts qui se nouent, les jambes qui s’enroulent autour de la taille de l’autre ? Est-on un homme quand on fait l’épreuve de la chair ?
Accepterait-il de parler de sa poésie, de ses vers qui éclaireront les siècles à venir, de ses mots si bien trouvés, si bien agencés qui aveuglaient les bien-pensants, qui stupéfiaient les voyants ? Un homme, est-ce son œuvre ?
Raconterait-il la peau qui affronte le soleil, les muscles dans l’effort, la carcasse qui résiste, les bras qui cognent contre la pierre ? Oui, faut-il avoir surmonté l’adversité ?
Nommerait-il le temps qui façonne, la sagesse qui forge, les épreuves qui polissent, les années qui sculptent, jusqu’à ce que nous ressemblions, à s’y méprendre, à ces statues de marbre, posées dans les jardins, et que le lierre enlace ? Etre un homme, est-ce seulement vieillir ?

Un homme est-ce ce qu’il laisse, ce qu’il lègue ? (…)

Est-on la somme de ses peurs, de ses rancunes, de ses chagrins, de ses souffrances ? Ou celle de ses étreintes, de ses abandons, de ses désirs, de ses plaisirs ? Ou les deux ? (Pages 123-124)

 

Critique/Presse :

Avec Les jours fragiles, le romancier Philippe Besson poursuit son œuvre sensible, comme elle vibrait entre les pages de L'arrière-saison ou de Son frère. Prêtant voix à Isabelle Rimbaud pour dire l'agonie d'Arthur rentré d'Afrique, il cisèle les relations entre les êtres, sonde les abîmes d'incompréhension de la sœur face aux amours garçonnières d'Arthur, à son insatiable liberté, et à ses fulgurances. Les derniers jours du poète s'effritent donc entre les pages du journal intime d'Isabelle, qui suit, de loin, l'amputation de son frère à Marseille, avant que celui-ci ne la rejoigne sur sa terre natale, ne lui confesse son existence, n'expire à ses côtés. Et ce filet de vie qui s'épuise donne lieu à un intense récit, âpre et maîtrisé. Clémence Boulouque Lire, septembre 2004

Petite remarque perso : Après Un garçon d'Italie : Les jours fragiles.

Isabelle accompagne son frère avec un amour de toujours et une abnégation totale. Elle l'accompagne jusqu'au seuil de ce dernier voyage. Elle n'a jamais quitté sa maison natale, n'a jamais connu d'hommes. Son frère lui, a vécu... mille vies déjà, mille tourments... Il a 37 ans et il va mourir. Il s'appelle Arthur Rimbaud. Elle est ombre, il est lumière. Elle est retenue, il est expression.Elle est prévisible, il est insaisissable. Elle l'aime et le craint. Il la met à mal avec ses confidences. Il ouvre devant elle des précipices. Et puis la mère, intransigeante, montrant si peu ses sentiments. Elle est là. Elle "tient" la ferme. Un seul geste d'elle aurait pu tout changer. Il ne viendra jamais.

Philippe Besson "façonne" un corps souffrant, mutilé déchu. Les mots quittent le simple registre de la description et la chair meurtrie d'Arthur, le corps asséché d'Isabelle, dans leurs solitudes rassemblées, se rapprochent. Ces deux corps qui portent des blessures différentes, se penchent l'un vers l'autre. Maladroitement parfois, mais le lecteur comprend très vite que seule la mort finira par les séparer dès lors qu'ils se sont retrouvés pour cheminier ensemble vers ce crépuscule où le petit jour ressemblera trop à la nuit.

Vies brisées sur lesquelles pourtant se pose une lumière étrange qui aurait presque pu ressembler à de l'espoir.

L'auteur n'affirme rien, souvent, il questionne, à travers Isabelle. Il ne perce aucun mystère, il s'approche un peu, il tend sa main... et Isabelle la pose sur le frond fiévreux du poète...

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