Fiche
:
Titre : :
Les pères ont des enfants
Auteurs : Alain Etchegoyen et Jean-Jacques Goldman
Année : novembre 1999
Editeur : Seuil
Résumé
:
Réflexions
de deux pères, l'un philosophe l'autre chanteur, sur le rôle
primordial des pères dans une société en constante
évolution. Ils abordent différents thèmes qui les
ramènent invariablement à l'éducation et à
la famille. Dans un grand respect mutuel, deux pères dialoguent
à propos de l'éducation et de la paternité.
Sans prétention scientifique, les auteurs nous livrent ici leurs
avis, leurs questionnement sur leur rôle de père.
Au fil des échanges se dessinent quelques pistes de réflexion
qui pourront aider les pères à redéfinir leur place.
Extrait
:
A.
Etchegoyen : Avant, c' était un système où
le père travaillait et pas la mère, et j' ai l' impression
qu' aujourd' hui, je peux sans doute aider plus mes enfants que mon père
ne pouvait m' aider quand j' étais jeune. Parce que je les connais
mieux, parce que je les écoute mieux. Et puis, dans l' évolution
de la société, dans les séparations et les remariages,
le père peut avoir une stabilité ou, à l' inverse,
une absence totale. Donc le rôle change forcément. Et il
y a énormément d' éléments sociaux qui font
changer notre rôle : le nouveau rôle de la femme, l' évolution
des couples.
J.-J
Goldman : J' ai l' impression que le rôle de la femme a
essentiellement changé vis à vis de nous et pas tellement
en ce qui concerne les enfants ou, du moins, pas tant que ça finalement.
La maternité est toujours là. Elle s' impose. Pour la paternité,
on a fait ce qu 'on pouvait. On a beaucoup improvisé ! Je le disais
des jeunes, mais c 'est vrai aussi pour les pères aujourd' hui
: nous sommes en face de choix qui n 'existaient pas. Auparavant, «
c' était comme ça ». C' est tout. C' était
l' ordre des choses.
Alain
Etchegoyen sur Canalchat
Canalchat.com, le 17 janvier 2000
Alain Etchegoyen
a écrit avec Jean-Jacques Goldman "Les pères ont des
enfants" (Seuil). Le philosophe milite pour un rôle accru des
papas. Messieurs, unissez-vous !
Eric : Pourquoi avez-vous écrit votre bouquin
avec Jean-Jacques Goldman ?
Alain Etchegoyen : Parce que je l'aime !
Nicolas
: Connaissiez-vous Jean-Jacques Goldman avant ? Qu'est-ce qui vous a poussé
à écrire cet ouvrage ensemble ?
Alain Etchegoyen : Je l'ai connu à l'occasion
d'une émission de radio, chez Kriss, sur France Inter. Elle m'avait
demandé qui j'avais envie d'inviter que je ne connaissais pas.
J'ai dit "Jean-Jacques Goldman" en premier. Il est venu. Nous
avons sympathisé et nous nous sommes vus souvent avec nos enfants,
9 au total - 6 chez moi et 3 chez Jean-Jacques Goldman !
Nicolas
: Concrètement, comment se sont passés vos entretiens ?
Etait-ce régulier , chacun travaillait dans son coin ?
Alain
Etchegoyen : Nous avons enregistré des heures et des heures
chez moi, chez lui ou à la campagne, puis nous avons lu et relu…
Jean-Jacques ne voulait pas s'arrêter de corriger !
Zazon
: Quels sont vos points communs ou vos divergences sur le rôle du
père ?
Alain
Etchegoyen : Nous avons beaucoup de points communs en ce qui
concerne l'autorité, le rôle de la sanction, la responsabilité,
mais nous avons des différences notamment sur la distribution des
rôles. Au début, Jean-Jacques considère que le premier
rôle du père est de rendre la mère heureuse; quant
à moi, je suis plus un père "nourricier".
Fred
: Etre père aujourd'hui, est-ce plus dur qu'avant ?
Alain
Etchegoyen : Oui, c'est à la fois plus difficile et plus
exaltant. Je crois que les hommes peuvent retrouver des plaisirs dont
on les avait privés.
Richard
: Quels sont les plaisirs dont on avait privé les pères
?
Alain
Etchegoyen : On les avait privés de la proximité
avec les enfants, du temps passé avec eux, par exemple ?
Kilo
: Un père, à quoi ça sert ? :-))))
Alain
Etchegoyen : Le père a un rôle beaucoup plus important
aujourd'hui : Les femmes travaillent, les couples se font et se défont,
le père représente donc une stabilité essentielle.
De plus, c'est aujourd'hui un véritable choix. De ce fait, quand
un père ne s'occupe pas de ses enfants après une séparation,
ceux-ci en souffrent car ils sont convaincus que c'est un choix et
que leur père ne les aime pas…
Max
: L'IVG fête ses 25 ans. Que pensez-vous de son bilan ? Et en quoi
est-ce que cela a modifié le rôle des parents, des relations
ado-parents…?
Alain
Etchegoyen : Ce n'est pas tant l'IVG que la régulation
des naissances en général. La génération de
Jean-Jacques et de moi-même a certainement été la
génération la plus en rupture avec la génération
précédente. Vous avez un symptôme clair dans nos connaissances
musicales : Nous ignorions tout ce qu'écoutaient nos parents dans
les années 50 alors que nos enfants
connaissent très bien les Beatles, les Rolling Stones ou même
Claude François.
Laurent
: Avez-vous abordé la religion dans vos entretiens, car elle affecte
des rôles différents aux parents ?
Alain
Etchegoyen : Nous en parlons assez peu. Nous parlons davantage
de l'alcool, de la drogue, de la politique, des études, du sport
et aussi de l'ennui.
Samy
: Avez-vous eu des soucis avec vos enfants pour écrire un ouvrage
sur ce sujet ?
Alain
Etchegoyen : Non, au contraire, nous avons tous les deux plutôt
de la chance. En fait, nous avons commis des erreurs dont nous nous sommes
rendus compte en discutant entre nous. Vous savez, c'est très rare,
trop rare, que deux hommes discutent entre eux de la paternité
alors que les femmes parlent sans cesse entre elles de la maternité.
Fadeway
: Est-il plus facile d'être un père avec un ou plusieurs
enfants ?
Alain
Etchegoyen : Il est plus facile de l'être avec plusieurs
évidemment ! On perd ses angoisses, on écoute moins les
conseils des médecins et autres psy. Les enfants aiment être
nombreux.
Detiny
: Que pensent vos enfants ainsi que ceux de Jean-Jacques de votre bouquin
?
Alain
Etchegoyen : Ils étaient très inquiets jusqu'à
la sortie du livre. Nous avons gommé leurs prénoms (sauf
une coquille !). Ils nous ont plutôt bien reconnus. Il n'y a pas
eu trop d'indignation.
Rémy
: Parlons de la drogue : Quelle est la meilleure position à prendre
quand votre enfant se drogue ? Enfin quand je dis meilleure, j'entends
celle qui vous paraît la plus juste à vos yeux…
Alain
Etchegoyen : D'abord, nous pensons tous deux qu'il faut leur
faire d'autres propositions pour qu'ils évitent la drogue; ensuite
il faut suivre leurs fréquentations en invitant leurs amis chez
nous - ça fait un peu ringard mais c'est essentiel…Quand
la drogue a commencé, il faut, je crois, être ferme, et surtout
prendre des mesures financières pour éviter la fuite en
avant.
Marc
: L'alcool est, je pense, le problème le plus important des jeunes
aujourd'hui. Qu'en pensez-vous ?
Alain
Etchegoyen : Il s'agit toujours de faire d'autres propositions,
de passer du temps avec eux. Comme nous ne sommes pas alcooliques, et
Jean-Jacques encore moins que moi, nous avons du mal à livrer notre
expérience sur la question.
Richard
: Est-ce que vos femmes ont lu votre livre ? Qu'en pensent -elles ?
Alain Etchegoyen
: C'est une terrible question ! La mienne a trouvé que les femmes
étaient très absentes de mes propos. La mère des
enfants de Jean- Jacques l'a bien reconnu.
Fabien
: Pensez-vous que les parents jouent bien leur rôle ?
Alain
Etchegoyen : Leur rôle n'a jamais été aussi
difficile qu'aujourd'hui car les enfants sont soumis à des influences
très diverses qu'on ne connaissait pas auparavant : "vidéo",
" télé", "Internet", "radios",
"jeux"," pubs", "copains", etc. Cela dépend
des cas, mais on constate que la plupart des sportifs qui ont réussi,
comme Zidane ou Anelka par exemple, étaient très intégrés
dans une famille qui s'occupait d'eux , quel que soit leur milieu d'origine.
Molly : La paternité, c'est une valeur qui va
s'affirmer selon vous ?
Alain
Etchegoyen : Certainement. Elle correspond à de vrais
choix aujourd'hui. Avant, le "père absent" c'était
normal. Mais il y a encore du chemin à faire. Voyez les trente-cinq
heures : Les premières enquêtes montrent que les femmes dégagent
du temps pour leurs enfants et les hommes pour la pêche ou…
autre chose. Honte aux hommes ! Mais ça évolue quand même.
L'autre jour à l'école de mes derniers, l'instit avait organisé
un petit déjeuner avec les parents : Il y avait une majorité
de pères…
Jeremy
: Avez-vous quelques conseils à nous donner pour devenir "plus"
père?
Alain
Etchegoyen : Alors j'y vais : Il faut s' en occuper très
tôt… tant mieux si la mère ne nourrit pas ! On peut
tout faire dès le début, leur donner le biberon, des potages.
On peut tout faire quoi. Profitons de l'absence des femmes qui travaillent
!
H20
: Ne pensez-vous pas que les problèmes sociaux dans les quartiers
dits difficiles proviennent dans la majorité des cas d'une absence
d'autorité parentale ?
Alain
Etchegoyen : C'est vrai. C'est un travail de l'école.
C'est ce qu'on a essayé de faire avec ce dialogue : donner envie
aux pères de parler entre eux de la paternité sans rougir,
sans fausse honte, avec plaisir.
Laurie:
Mon mari ne voit pas beaucoup ses enfants pour des raisons professionnelles.
Il éprouve un manque certain. Comment le combler ?
Alain
Etchegoyen : C'est presque toujours un choix que l'on fait aujourd'hui.
Faites-lui lire nos entretiens…
Richard
: Comment Jean-Jacques est-il en tant que père : autoritaire,
souple ?
Alain
Etchegoyen : Il est ferme, très ferme et affectueux à
la fois. Il l'explique très bien dans ce livre quand il parle du
rapport à l'argent ou du travail insuffisant d'un de ses enfants.
Jérôme
: Le rôle des pères a-t-il évolué aujourd'hui
?
Alain
Etchegoyen : Il évolue, il doit évoluer et il évoluera
encore; puisque la famille évolue, se décompose, se recompose,
puisque les femmes travaillent, puisque la régulation des naissances
est comprise, puisqu' il y a plus de temps libre.
Dan
: Pourquoi Jean-Jacques n'est-il pas venu chatter avec vous ?
Alain
Etchegoyen : Vous connaissez son principe de discrétion
dont il ne démord pas. On en a cent exemples. Il n'a fait aucune
interview pour le livre puisqu'il s'agit déjà d'un entretien.
De plus, il ne voulait pas que la presse réagisse en fonction de
sa notoriété mais du contenu. Un magazine célèbre
nous a proposé toute sa couverture s'il y avait un entretien…
Et je ne parle pas des demandes de photos avec tous nos enfants !
Al
Tot : Est-ce que les pères ne vont pas devenir les nouvelles
"mères" des années 2000 ?
Alain
Etchegoyen : Un père qui s'occupe de ses enfants devient
une mère ! Pourquoi ? Chacun a son rôle et les enfants n'ont
pas trop de deux piliers !
Vivian
: Y a-t-il une façon idéale d'éduquer ses enfants
?
Alain
Etchegoyen : Pour les pères ? Il faut passer du temps
avec eux d'abord, faire des choses avec eux et pour eux, leur indiquer
les limites avant que ce ne soit le gardien d'immeuble ou le flic qui
le fassent. Il faut leur apprendre à s'ennuyer surtout : nous passons
trop de temps à vouloir occuper nos enfants. Ils ne deviennent
libres que s'ils apprennent à ne pas être trop ccupés.
D'ailleurs en français, "libre" est toujours le contraire
d'"occupé" (cf. : le téléphone, les toilettes,
les rendez-vous ou les zones durant la guerre !!)
David
: Vous êtes professeur, non ? La situation est-elle aussi
explosive que nous la décrivent les médias ?
Alain
Etchegoyen : Je suis prof au lycée Louis Le Grand (peu
de cas sociaux !!!) et au lycée Galilée en ZEP à
Gennevilliers. La situation n'y est pas explosive car les patrons n'ont
pas d'états d'âme. Ils savent indiquer des limites. Mais
c'est vrai que c'est moins fatiguant d'enseigner dix heures de suite à
Louis Le Grand (ce que je faisais avant) que trois heures de suite en
ZEP…
Jean-Claude
: Le rôle des grands-parents est-il important ?
Alain
Etchegoyen : Il l'est de plus en plus du fait des décompositions
et recompositions familiales.
Hélène
: Pensez-vous que l'école a aussi un rôle à jouer
dans l'éducation des jeunes ?
Alain
Etchegoyen : Bien sûr, pour la civilité, pour le
civisme, pour la citoyenneté, mais elle ne peut jamais remplacer
le rôle continu des parents et notamment du père.
Marc
: Y a-t-il des formations pour aider à devenir "parent"
? Moi, ça me fout la trouille : au fond, on n'y connaît rien
avant d'avoir eu des enfants, non ?
Alain
Etchegoyen : Je n'y connaissais rien non plus. Je n'y étais
pas préparé. Je crois que ce qui guide le plus, c'est le
principe de responsabilité. A partir de ce principe, on improvise
beaucoup de choses, on ne peut plus seulement suivre des recettes ou répéter
des traditions.
Nathalie
: Vous dites que vous pouvez sans doute plus aider vos enfants aujourd'hui
que votre père avec vous. Concrètement, que faites -vous
en plus ?
Alain
Etchegoyen : Il ne faisait rien ! Concrètement, je suis
un père nourricier, du début à la fin de la journée,
j'éprouve un véritable plaisir à voir un enfant manger
du potiron, des épinards ou du poisson frais. Je suis un adversaire
irréductible du surgelé, du micro-onde et des petits pots.
Et puis il y a tout le reste, le sport, les jeux, le ciné, etc.
Richard
: Est-ce que les femmes sont prêtes à lâcher du lest
au profit des pères ? Est-ce que le poids de notre éducation
ne fait pas obstacle ?
Alain Etchegoyen
: Beaucoup de femmes renoncent à se battre contre des pères
machos. Elles ont tort… mais pas autant que ces pères !
Samou :
Quel accueil votre livre a-t-il reçu auprès des "pros"
des enfants (pédiatres, etc.) ?
Alain
Etchegoyen : Ça m'est complètement égal.
Nous avons voulu éviter tous ces débats en partant de nos
expériences avec nos enfants et aussi de ce que nous voyons autour
de nous comme échecs ou réussites.
Canalchat : Merci beaucoup Alain, le mot de la fin ?
Alain
Etchegoyen : Hommes, unissez-vous pour discuter de la paternité
! C'est un beau sujet de conversation. Il faut dépasser cette pudeur
instinctive qui limite vos conversations au rugby et au foot que JJG et
moi adorons cependant !
Petite
remarque perso : Un dialogue
très intéressant sur l'évolution du rôle du
père dans la famille. Le livre est vivant est bien argumenté.
J'ai cependant parfois été surprise par le côté
assez conventionnel du discours de Jean-Jacques Goldman. Certainement
un a-priori par rapport à l'idée que j'avais de l'auteur
compositeur interprète. Je m'attendais en effet à le trouver
très "cool" sur tous ces sujets et il prend la chose
très au sérieux. Un livre utile et riche d'enseignements.
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