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Quelle jolie moisson depuis la dernière lettre d'info ! Diverse et riche...
Ô Verlaine, Ô poète maudit, dont les vers peuvent passer du sublime au vulgaire, voire au pornographique d'un seul trait... Très belle évocation de Jean Teulé. Tout est exacerbé chez Verlaine, ses penchants pour les hommes, les femmes, les enfants, l'absinthe qui le détruit... et ses écrits... nul ne pourra le haïr dès lors qu'il aura lu ses poèmes... Paris, ses odeurs de misère, ses couleurs gris zinc... la fumée, le froid, la faim... "Je ne demeure pas, je loge à la nuit".
La notion de responsabilité hante l'oeuvre de Bernhard Schlink. Dans Le retour, il pose la question, comment vivre, comment aimer ce père absent, retrouvé à travers quelques lignes d'un roman populaire, et construit en imagination depuis des années... comment confronter cette image à la réalité brutale... comment aimer ce père malgré ce qu'il a été, ce qu'il a fait, ou plutôt comme vivre avec cela. Peter est fasciné par l'homme qu'il découvre, fasciné et horrifié. Aucune réponse n'est apportée, seule l'interrogation demeure, lancinante.
Un voyage dans le temps et dans les lieux, la Grèce Antique, L'Univers, les dieux, les hommes racontés par Jean Pierre Vernant, historien récemment décédé. Je vous conseille d'aller visionner ses conférences en ligne, l'homme, sa présence, sa passion ne vous laisseront pas indifférents et vous donneront forcément envie d'en savoir plus !
Autre lieu, autre époque : La vie silencieuse de Marianna Ucria de Dacia Mariani . Où comment le silence dans lequel est enfermée Marianna devient une porte ouverte sur le monde et les idées nouvelles qui soufflent sur l'Europe en ce siècle qui deviendra le siècle des Lumières...
Enfin, le Rire de l'ogre de Pierre Péju. Un livre où il est question d'art, de cet art qui plonge son inspiration dans le passé et où l'artiste semble n'être que la main qui sculpte et révèle puisque lui-même n'a pas véritablement vécu cette période qui le hante. Il n'en a connu que "l'après", le poids des silences, les cris étouffés, les récits terribles quand il a été enfin possible d'en parler.
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"Amants qui n'êtes qu'à vous-mêmes, aux rues, aux bois, à la poésie ; couple aux prises avec tout le risque, dans l'absence, dans le retour, mais aussi dans le temps brutal ; dans ce poème il n'est question que de vous." |
Enfin de la poésie, un cadeau des étoiles... "Stellaires amitiés" !
Il s'agit d'un poème magnifique de René Char : Lettera Amorosa, thème du printemps des poètes cette année puisque 2007 est l'année du centenaire de la naissance du poète. Je m'étais rendue à Paris pour le salon du livre... La journée était au printemps et Paris au soleil !
L'ouvrage paru chez Gallimard est illustré des oeuvres de Braque et de Apt. " Je ne puis être et ne veux vivre que dans
l’espace et la liberté de mon amour..." Il n'est pas encore en ligne sur un Monde A LIre, je vous en reparlerai donc dans une prochaîne lettre, mais d'ors et déjà, si vous croisez le chemin de cette oeuvre, laissez là vous envahir...
Il faudrait inventer un autre verbe que le simple lire pour la poésie... il s'agit tellement plus de s'émouvoir... Lire est trop vaste... On ne lit pas un journal, comme un poème |
Je voudrais également signaler aux amateurs la sortie en librairie le 8 mars 2007 des Oeuvres complètes de Georges Brassens, aux éditions du cherche midi.
De nouveaux poèmes ont été mis en ligne dans mes Mots d'Elle...
| La lecture... Extrait de Le Retour de Bernhard Schlink |
| Petit rappel aux nouveaux inscrits : dans chaque lettre d'info je place un extrait concernant la lecture, le livre, l'écriture que je choisis de préférence dans l'un des livres présentés... |
Quand la table du dîner était débarrassée, la vaisselle faite et les fleurs du jardin arrosées, mes grands-parents se mettaient au travail : à la rédaction des « Romans pour le plaisir et le divertissement de qualité ». Ils s’asseyaient à la grande table, baissaient le plafonnier, et lisaient et corrigeaient les manuscrits, les grands placards de premières épreuves et les épreuves en page au format des futures brochures. (…)
Lorsque je n’ai plus été obligé d’aller au lit après le chant du merle, j’ai eu le droit de rester à la table avec eux. La table bien éclairée sous la lampe basse, la pièce dans l’ombre tout autour : J’aimais cette atmosphère et je m’y sentais à l’abri. Je lisais ou apprenais un poème, ou bien j’écrivais une lettre à ma mère ou notais quelque chose dans mon journal de vacances. (…)
Par moments je levais prudemment la tête sans me faire remarquer et je les regardais : mon grand-père, dont les yeux sombres pouvaient fixer attentivement le travail posé devant lui, mais aussi regarder dans le vague ; et ma grand-mère qui faisait tout avec légèreté, lisait en souriant, écrivait et corrigeait d’une main alerte. Pourtant, ce travail devait lui coûter plus qu’à lui ; alors qu’il n’aimait que les ouvrages historiques et qu’il abordait les romans dont ils s’occupaient avec une indifférence de technicien, elle aimait la littérature, les romans comme la poésie, elle avait un sens très sûr de la qualité littéraire, et s’occuper de ces textes banals ne pouvait que la faire souffrir.
Moi, je n’avais pas le droit de les lire. Une fois ou l’autre, ma curiosité était piquée en les entendant parler. On me disait alors que je n’avais pas besoin de lire ce roman ; que sur le même sujet il existait un roman meilleur, une meilleure nouvelle de Conrad Ferdinand Meyer ou Gottfried Keller, ou de tel autre classique. Ma grand-mère se levait et allait me chercher le livre en question.
Quand ils me donnaient, pour les emporter chez moi comme papier de brouillon, ce qu’ils avaient en trop comme exemplaires déjà brochés d’épreuves en pages, c’était en m’interdisant absolument de les lire. Ils auraient préféré ne pas me les donner. Mais le papier était cher, et ma mère gagnait peu. C’est ainsi que, pendant des années, tout ce que je n’avais pas à remettre ou à présenter à mes enseignants, je l’ai écrit au dos de ces épreuves : vocabulaire latin, anglais et grec, exercices d’arithmétique et de géométrie, brouillons de rédactions, de résumés de textes ou de descriptions de tableaux, capitales, rivières et montagnes, dates ou messages pour des camarades, garçons ou filles, assis quelques bancs plus loin. Ces épreuves étaient tirées sur du gros papier, et les brochures avaient près d’un centimètre d’épaisseur ; elles devenaient de plus en plus minces, au fur et à mesure que j’arrachais les pages noircies, mais les agrafes maintenaient la liasses des talons qui restaient. J’aimais ces blocs de papier robuste. Et comme j’était un enfant docile, pendant des années je me suis interdit de lire ce qui était écrit au verso.
(Pages 37 à 39) |
J'espère que vous trouverez ici quelques idées de lectures et qu'elles vous raviront autant qu'elles m'ont ravies...
A bientôt pour de nouveaux itinéraires littéraires...
Régine

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