SAINT-MARCELLIN
(38 - Isère)
 
Saint-Marcellin - Table d'orientation
Saint-Marcellin depuis Joud
Saint-Marcellin - Montée de Joud
Photos personnelles - Régine Foucault
 

"Est-ce que je peux dire que dans le classement de nos petites villes de l’Isère, c’est Saint-Marcellin qui occupe la première place, celle d’un joyau ? Certes, je connaissais son passé et son fromage. Et je savais que l’une des favorites de Louis XV y était née ainsi que le sieur Boissieu qui, sous la Révolution, sut éviter de se compromettre. Je savais beaucoup de choses sur Saint-Marcellin, ville fermée, qui ne dormit guère pendant les guerres de religion. Mais il est un personnage de la ville qui m’a toujours séduit, peut-être parce que, comme lui, je suis un touche à tout. Je veux parler de François Buisson qui naquit à Saint-Marcellin le 16 mai 1810.

J’ai oublié de demander à mes amis s’il avait une place au cimetière et une rue dans la ville. Curieux Buisson ! Il a rêvé toute sa vie d’inventions, cheminant nuit et jour son parapluie sous le bras et des plans dans la main. (…)

C’est en pensant à lui qu’un mercredi du milieu de semaine et pas un jour de marché, j’ai parcouru les rues de Saint-Marcellin où le Moyen Age s’entend fort bien avec les pulsions de la modernité. L’auto est ailleurs, la ville n’est pas morte comme tant de nos cités du Grésivaudan, les ruelles sont propres comme des sous neufs. Saint-Marcellin l’ancienne est rasée de près. Et quand on veut à tout prix la rajeunir avec la fontaine « saucisson », elle sourit. Hier lui va tellement mieux. Et elle ne dort pas, elle rêve et vous avec."

Gilbert DALET Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné - 11/11/1994

 
 

De juillet 1943 à octobre 1945 Barbara vécut à Saint-Marcellin
avec sa famille.

En 1968 Barbara est revenue à Saint-Marcellin. Rentrée à Paris elle compose Mon enfance en souvenir du temps de sa jeunesse qu'elle a passé dans cette ville. Elle relate cette période de sa vie dans son livre paru après sa mort, Il était un piano noir - Récit inachevé.

En 1998, la municipalité a décidé de donner le nom de Barbara à un square de la ville. Puis a germé l'idée d'organiser une série de manifestations autour de Barbara.

En 2002, Marie-Paule Belle est venue interpréter les chansons de Barbara.

En 2004, ENZO ENZO a participé au festival Barbara et a donné un concert le Samedi 5 juin à 20h45 au Forum

En 2005, Hubert-Félix Thiéfaine était en vedette au festival Barbara.

En 2006, Maxime Le Forestier est venu proposer son 2ème cahier des chansons de Brassens et Romain Lemire, le lendemain, a interprèté ces chansons qui nous avaient charmées l'an dernier, lors de la première partie de Thiéfaine.

 

Extrait de Il était un piano noir :

« Nous allons quitter Chasseneuil pour nous rendre à Grenoble ; très bref séjour durant lequel mes parents cherchent un collège pour mon frère ; ce sera le même que pour moi.

C’est ainsi qu’à l’été 43, nous débarquons à Saint-Marcellin, à proximité du Vercors, haut lieu de la Résistance.

C’était difficile de passer inaperçus lorsque nous arrivions dans une nouvelle localité. Nos parents nous recommandaient de ne rien dire de notre vie.
Ne rien dire, avec cette différence physique et l’arrogance avec laquelle je disais, justement, que j’étais juive…

« - Oui et alors… ? »

Et alors ? je n’avais ni honte ni fierté particulière d’être juive, mais le fait de lire ma singularité dans le regard des autres me rendait agressive. (…)

Nous habitons pour l’heure Saint-Marcellin. C’est joli, Saint-Marcellin, avec cette longue grande rue, lieu de rassemblement et de déambulation de toute la jeunesse, une longue artère montée et descendue avant et apèrs les heures de cours.

C’est joli, Saint-Marcellin, le dimanche, à la sortie de la messe, quand nous allons nous gaver de petites barquettes aux cerises chez Monsieur Rivol, le pâtissier.

Nous nous installons très vite dans une villa dotée du premier jardin dont je me souvienne. Il y a des dahlias géants, fauves.

Face à la ville, de l’autre côté du chemin, un coteau. Au milieu du coteau, un immense noyer, puis, plus haut sur la gauche, des sarments de vigne.

Venue du couvent voisin, de jeunes religieuses glanent, fauchent et prient, légères, à l’heure de l’angélus. Après, nous les regardons se disperser comme un vol de moineaux ; elles regagnent leur couvent.

Mon frère et moi allons au collège situé sur la place du marché. Le collège m’ennuie, les études m’ennuient ! Les jours de marché, pendant la récréation, je fugue ; je traîne entre le marchant de guimauve et le kiosque à musique, puis ; l’heure venue, je reprends le chemin de la maison bordé de grands mûriers chargés de belles mûres sauvages, parfumées. Je reviens les cueillir et en fais provision dans un pot à lait de fer-blanc. (…)

A Saint-Marcellin, un soir de novembre, près de la fameuse fromagerie, devant l’usine, nous serons plusieurs enfants à assister, impuissants, à l’arrestation d’un jeune maquisard descendu de la montagne ; il sera frappé sauvagement, emmené et, nous l’apprendrons peu après, fusillé par les miliciens.

Août 1944 : comme un bouquet de feu d’artifice, la libération de Paris ! Paris libérer ! (…)

Nous restons encore quelque temps à Saint-Marcellin où nous voyons arriver les Américains. Nous quittons Saint-Marcellin en 1945. Je suis triste, j’éprouve une drôle de sensation ; j’ai beau savoir que c’est pour retrouver Paris, pour moi, c’est partir vers l’inconnu. Quand je reviendrai à Saint-Marcellin, vingt-trois ans plus tard, dans ma «belle Mercedes grise à toit ouvran», c’est «Peter» qui conduira. Marie Chaix sera près de moi. Bouleversée, je traverserai la grande rue, puis la place d’armes qui mène au chemin bordé de Mûres. Je retrouverai le coteau, la villa qui, en fait, n’est qu’une modeste maison ; les dahlias fauves seront toujours là…»

 

Mon enfance

J'ai eu tort, je suis revenue
Dans cette ville loin perdue
Où j'avais passé mon enfance.
J'ai eu tort, j'ai voulu revoir
Le coteau ou glissaient le soir
Bleus et gris ombres de silence.
Et je retrouvais comme avant,
Longtemps après,
Le coteau, l'arbre se dressant,
Comme au passé.
J'ai marche les tempes brûlantes,
Croyant étouffer sous mes pas.
Les voies du passé qui nous hantent
Et reviennent sonner le glas.
Et je me suis couchée sous l'arbre
Et c'étaient les mêmes odeurs.
Et j'ai laissé couler mes pleurs,
Mes pleurs.
J'ai mis mon dos nu à l'ecorce,
L'arbre m'a redonné des forces
Tout comme au temps de mon enfance.
Et longtemps j'ai fermé les yeux,
Je crois que j'ai prié un peu,
Je retrouvais mon innocence.
Avant que le soir ne se pose
J'ai voulu voir
Les maisons fleuries sous les roses,
J'ai voulu voir
Le jardin où nos cris d'enfants
Jaillissaient comme source claire.
Jean-Claude, Régine, et puis Jean
Tout redevenait comme hier
Le parfum lourd des sauges rouges,
Les dahlias fauves dans l'allée,
Le puits, tout, j'ai tout retrouvé.
Hélas
La guerre nous avait jeté là,
D'autres furent moins heureux, je crois,
Au temps joli de leur enfance.
La guerre nous avait jetés là,
Nous vivions comme hors la loi.
Et j'aimais cela quand j'y pense
Oh mes printemps, oh mes soleils,
Oh mes folles années perdues,
Oh mes quinze ans, oh mes merveilles -
Que j'ai mal d'etre revenue -
Oh les noix fraiches de septembre
Et l'odeur des mûres écrasees,
C'est fou, tout, j'ai tout retrouvé.
Hélas
Il ne faut jamais revenir
Aux temps cachés des souvenirs
Du temps béni de son enfance.
Car parmi tous les souvenirs
Ceux de l'enfance sont les pires,
Ceux de l'enfance nous dechirent.
Oh ma très chérie, oh ma mère,
Où êtes-vous donc aujourd'hui?
Vous dormez au chaud de la terre.
Et moi je suis venue ici
Pour y retrouver votre rire,
Vos colères et votre jeunesse.
Et je suis seule avec ma détresse.
Hélas
Pourquoi suis-je donc revenue
Et seule au detour de ces rues
J'ai froid, j'ai peur, le soir se penche.
Pourquoi suis-je venue ici,
Où mon passe me crucifie ?
Elle dort a jamais mon enfance.

Barbara

   
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