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Je lis actuellement un roman publié en octobre 2006 aux éditions {Les petits matins} , intitulé Contretemps, de Bernardo Toro. Premier roman de cet auteur Chilien vivant à Paris.
Cet ouvrage m'a été signalé par un visiteur d'Un Monde A Lire que je remercie... Il faut parler des livres qu'on aime !
La presse est tellement occupée à écrire sur les derniers prix littéraires qu'elle en oublie un peu... les romans importants de cet automne 2006. Et Contretemps en fait partie. A lire, à découvrir... et à garder tout près de soi. |
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| Sept romans, un recueil de nouvelles... |
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| Voici ma petite moisson estivale pour une rentrée toute en livres... |

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Francis Dannemark évoque ces choses que l'on dit la nuit entre deux villes...
Chantal Thomas fait ses Adieux à la Reine...
Sophie Chauveau brosse le portrait étonnant de Filippo Lippi, peintre de la Renaissance qui va changer tout dans le rapport entre les artistes et le commerce de l'art.
Luis Sepúlveda nous raconte l'histoire du vieil homme qui aimait les romans d'amour et qui "savait" la vie en forêt amazonienne.
Pat Conroy explore encore le mal être de l'adulte qui porte en lui une enfance silencieuse...
Haruki Murakami nous entraîne dans ses mystérieux labyrinthes.
Colum Mc Cann égrenne quant à lui des nouvelles plutôt sombres dont pourtant émane une lumière imprévue... et émouvante.
Je lis actuellement Bonne nuit doux prince de Pierre Charras... Il figurera in extremis dans ma séléction de l'été puisqu'il est un des romans de cette rentrée littéraire... |
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Choses qu'on dit la nuit entre deux villes
Francis Dannemark |
"Je n'arrive plus à m'entendre même superficiellement avec des gens qui jouent un rôle, qui vivent dans des images. Ils me font peur, ils m'angoissent. Ils me fichent une sensation de solitude terrible. L'année passée, j'ai revu l'éditeur de mes poèmes. [...]. Une chose qu'il m'a dite alors m'a terriblement frappé : "Vous le verrez en veillissant, mon cher, la plupart des gens sont des stéréotypes, on leur prête une vie intérieure qu'ils n'ont pas. C'est pour ça qu'on a tellement besoin de littérature. Si vous avez ce talent, continuez à écrire. Les écrivains offrent aux gens une vie que sans leurs livres ils n'auraient pas. Et cette vie-là est plus riche, plus belle, plus variée que ce qu'on appelle la vraie vie. Plus précieuse aussi" "
Une histoire va se tisser sous le ciel "gris clair dont on fait de si beaux regards"... Un amour comme une parenthèse qui ne se referme pas vraiment. La délicatesse de l'écriture, une juste distance aussi qui ressemble à... de l'élégance. Cela fait du bien un tel livre... c'est un moment rare et précieux parce qu'il ne se conclut pas par une rupture, mais ouvre un chemin différent. Et si le bonheur résidait précisément dans cette différence ?
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Chroniques de l'oiseau à ressort
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C'était peut-être le début de quelque chose de bien plus grave et qui serait vraiment fatal. C'était une porte? Un porte derrière laquelle s'étendait le monde d'une Kumiko que je ne connaissais pas. J'imaginai une immense pièce toute sombre. Je me promenais dans cette pièce seulement armé d'un minuscule briquet, qui ne me permettait d'en voir qu'une infime partie. Est-ce que j'arriverais un jour à la distinguer en entier ? Ou est-ce que je vieillirais, puis mourrais sans en avoir fait le tour ? Si c'était le cas, quel sens avait la vie conjugale ? Quel sens avait ma vie, si je vivais et partageais le lit d'une inconnue ?
Roman labyrinthe qui reprend les thèmes chers à Murakami ou réel et imaginaire se cotoient sans cesse, se mêlent au point de faire perdre aux personnages et au lecteur tout repère. Le héros nous entraîne dans un parcours initiatique, riche de rencontres incroyables et de situations insolites... Certaines scènes sont très dures, certains passages très graves. Toutes les clés ne sont peut-être pas données, mais faut-il vraiment ouvrir toutes les portes ? J'ai aimé cette manière de perdre pied, de s'égarer parfois pour mieux se retrouver. Un livre extraordinaire ! Lire Murakami, c'est forcément traverser les miroirs et pénétrer dans des mondes inconnus et pourtant presque familiers... |
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Beach Music
Pat Conroy
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Je ne sais pas pourquoi je suis toujours plus heureux lorsque je pense à un endroit où je suis allé ou bien où j'ai envie de me rendre, plutôt qu'à l'endroit où je me trouve. Il m'est difficile d'être heureux au présent.
Aucune histoire ne se déroule en ligne droite. La géométrie de la vie humaine est trop imparfaite et complexe, trop déformée par le rire du temps et les stupéfiantes complications du destin pour admettre la ligne droite dans son système de lois.
Pat Conroy chante le Sud, ce Sud de l'Amérique qui s'imprime si fort au coeur des êtres qui en sont issus. Un Sud profond, rigide, conventionnel, mais d'une beauté fulgurante aussi. L'auteur explore bien sûr l'être humain, toujours en quête d'une enfance perdue ou bafouée ou d'un silence qui s'étend à l'infini jusqu'à étouffer complètement l'adulte qui la porte en lui comme un trop lourd secret... Belle évocation de l'Histoire de l'Amérique contemporaine, de ses grandes tragédies... J'ai je l'avoue été un peu "gênée" par la grande scène de réconciliation à l'américaine, mais quelle écriture et quel roman !
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Les Adieux à la reine
Chantal Thomas |
Ils s'enfuyaient. Ils prenaient à peine le temps de boucler des bagages. Ils laissaient tout derrière eux. Tout et rien. Ces pièces exiguës pour l'obtention desquelles ils s'étaient tant battus n'étaient que des lieux où ils changeaient d'habits. Quatre fois par jour. Sans avoir rien vu venir, ils se trouvaient sous le toit d'un roi vaincu, du côté d'un parti anéanti. Ils voulaient mettre entre cette défaite et eux-mêmes la plus grande distance. Ne pas sombrer dans la catastrophe. Ils désertaient, sans aucun égard pour leurs hôtes. Mais ce n'était peut-être pas si simple. Certains étaient peut-être plus divisés qu'il n'y paraissait.
Versailles et la cour les 14, 15 et 16 juilet 1789 où comment cette cour, loin, si loin des événements est soudain confrontée à une réalité brutale. D'abord incrédule elle va se laisser gagner par un vent panique jusqu'à en oublier le protocile et les bonnes manières. La narratrice, lectrice de la reine, évoque ici la Révolutin française sous un angle différent... avec une grande délicatesse, une vive émotion aussi, une nostalgie ? Un temps révolu pour lequel elle garde cependant une sorte de tendresse puisqu'il a été pour elle un temps de vie... de vie à tenter de faire partager à la Reine son goût pour les livres...
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La Passion Lippi
Sophie Chauveau |
Lippi découvre que, tout dans la vie, les rapports avec les gens comme l'approche d'un panneau, relève d'une seule question : chercher la bonne distance. S'ajuster au sujet, au climat qui doit envelopper la scène, le panneau et l'âme de qui contemple le travail !
La peinture est-elle autre chose qu'une incessante quête de la bonne distance, d'une juste distance ?
Grâce à Masaccio, l'homme remplace Dieu au centre du motif. Donc du monde.
Pour parvenir à cette révolution, il a suffi de changer de perspective ! Dociles, les perspectives se sont laissées faire, se sont pliées à tous les changements de point de vue qu'on leur a infligés pour bousculer la vision des Grecs et des gothiques. Ravies d'ouvrir grand portes et fenêtres pour voir au loin, plus loin, encore plus loin... Et là ? L'homme, l'enfant, la femme, un certain art de vivre, une nouvelle piste vers le bonheur se dessine. Tout ça grâce à un changement de perspectives ? Simplement.
Sophie Chauveau s'est documentée pendant 4 ans pour écrire ce livre. Sans doute l'une de mes plus belles découvertes de l'été. Florence, les Médicis... et l'art. Filippo Lippi, peintre.
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Le vieux qui lisait des romans d'amour
Luis Sepulveda |
Maintenant représentez-vous la scène. La femelle a dû partir à la chasse pour se remplir la panse et pouvoir allaiter tranquillement pendant les premières semaines de pluie. Les petits n'étaient pas sevrés et la mâle est resté à les garder. C'est comme ça chez les bêtes, et c'est à ce moment que le gringo a dû les surprendre. Maintenant, la femelle rôde, folle de douleur. C'est l'homme qu'elle chasse. Elle n'a certainement pas eu de mal à suivre la piste du gringo. Elle n'avait qu'à flairer l'odeur de lait qui collait au malheureux. Elle a déjà tué un homme. Elle a senti et goûté le sang humain, et pour sa petite cervelle d'animal tous les hommes sont les assassins de sa portée. Pour elle, nous avons tous la même odeur.
Le vieil homme qui lisait des romans d'amour sait aussi comment vivre en forêt amazonienne et quelles "règles" respecter. Depuis longtemps, il se contente de sa vie dans le village, seul, avec ses romans d'amour qu'il déchiffre à la lampe... le soir. Mais le voilà de nouveau contraint d'accompagner un groupe en forêt... De son passé, il n'a rien oublié. De la nature de l'homme non plus.
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La rivière de l'exil
Colum McCann |
Regarde-toi, avec ton sourire ébréché. On dirait le vase que maman gardait dans le placard de la cuisine, celui avec des fleurs. Fêlé vers le bas, comme un sourire à l'envers. Des marguerites, je crois que c'était, avec des petites figurines jaunes qui couraient entre elles. Un poète, une fois, a écrit un poème à propos d'un vase, ou d'une urne, quelque chose sur la beauté et la vérité. On en était loin de la vérité, ces soirs-là, hein ? Mais on valait le coup d'oeil.
Les personnages de Colum McCann sont des exilés... de terre, de coeur... d'âme. L'athmosphère de ces nouvelles est relativement sombre, et à première vue, sans espoir. Pourtant ici et là quelques éclats lumineux laissent le lecteur émerveillé, parfois surpris par une fin posée comme un point d'interrogation. Une énigme... Est-ce une humanité singulière ? Est-ce un regard ? Ou simplement la vie qui heurte, broie, mais laisse aussi filtrer l'unicité d'un destin... Un destin ? Non, simplement une succession de moments souvent tragiques. Vivre pourquoi ? Vivre pour "ça" ? Oui, pour ce regard-là, pour la richesse de ce silence, pour cette solitude soudain partagée. Pour cette vie ici et maintenant. Pour ce désarroi. Colum McCann est aussi l'auteur de Danseur, un superbe "roman" sur la vie de Noureïev.
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Bonne nuit, doux prince
Pierre Charras |
Pourtant, je ne le connais pas. Je ne sais rien de lui. Ou si peu. Et puis il s'éloigne, dirait-on. Le temps s'use. Il se rétrécit. Lorsqu'il est mort, mon père avait trente-quatre ans de plus que moi. Depuis, nous nous rapprochons. Je comble le retard. Plus que quinze ans, dix bientôt cinq. Et puis rien. J'aurai son âge. J'entamerai une période de vie qu'il n'a pas connue.
C'est un visiteur d'Un Monde A Lire qui a conseillé ce roman dans le Livre d'Or et m'a donné envie de le lire. J'avais lu Dix-neuf secondes du même auteur... Ici, un fils brosse le portrait de ce père à qui il n'a pas su dire qu'il l'aimait. Ce père aujourd'hui décédé. Le temps passe et le fils lentement comble l'écart qui le séparait du père. L'écart en temps, certes, mais aussi l'écart en vie, en émotion, en sentiments partagés mais pourtant si mal exprimés. L'écart en choix. Les refus ressemblent parfois déjà à un deuil. Deuil d'un espoir, d'un avenir... Pourquoi savons-nous si mal dire "je t'aime" à nos êtres chers. Pourquoi toujours cette distance silencieuse. Il suffirait de quelques mots, de quelques gestes... Très beau livre sur cette terrible distance... et pourtant cette "communion" au-delà du temps et des êtres. Rapprochement tragique cependant, puisque la question demeure : ne saurons-nous donc jamais véritablement "partager" en temps et en heure ? En vie ? Faut-il toujours la mort pour enfin oser s'adresser à ceux qu'on aime ? Oser ainsi se dévoiler ? Et le regret alors de n'avoir pas su le faire avant ? Et d'être passé à côté d'un essentiel. L'émotion serre la gorge... Le dit et le non dit. La vie et la mort... L'amour.
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| Rentrée 2005 |
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