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alphabétique
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Auteur Patrick
Modiano
Présentation de l'éditeur : Qu'est-ce qu'un livret de famille ? C'est le document officile rattachant tout être humain à la société dans laquelle il vient au monde. Y sont consignés avec la sécheresse administrative que l'on sait, une sairie de dates et de noms : parents, mariages, enfants, et, s'il y a lieu, morts. Patrick Modiano fait éclater ce cadre administratif à travers un livre où l'autobiographie la plus précise se mêle aux souvenirs imaginaires. Mais l'auteur apporte aux souvenirs imaginaires un caractère de vérité quelquefois plus convaincante que celle de la réalité. Quatorze
récits. L'auteur peint aussi bien une soirée de l'ex-roi
Farouk que son père traqué par la Gestapo, les débuts
de sa mère, girl dans un music-hall d'Anvers, les personnages équivoques
dont le couple est entouré, son adolescence, et enfin quelques
tableaux de son propre foyer. Tout cela crée peu à peu un
"livret de famille".
La rue Léon-Vaudoyer et quelques autres petites rues toutes semblables à elles forment une enclave incertaine entre deux arrondissements. Vers la droite commence l’aristocratique septième, vers la gauche, c’est Grenelle, l’Ecole militaire et jadis le vacarme des brasseries à soldats de La Motte-Piquet. Ma grand-mère a habité cette rue Léon-Vaudoyer. A quelle époque ? Au cours des années trente, je crois. A quel numéro ? Je l’ignore, mais les immeubles de la rue Léon-Vaudoyer ont tous été construits sur le même modèle, vers 1900, de sorte que les mêmes entrées, les mêmes fenêtres, les mêmes encorbellements forment de chaque côté une façade monotone d’un bout à l’autre de la rue. Dans la trouée, on voit la tour Eiffel. Sur le premier immeuble à droite, une plaque indique : « Propriété des rentiers de l’avenir ». Elle vivait là, peut-être. D’elle, je ne sais presque rien. Je ne connais pas son visage car toutes les photographies –s’il y en avait– ont disparu. Elle était la fille d’un tapissier de Philadelphie. Mon grand-père, lui, avait passé son enfance et une partie de sa jeunesse à Alexandrie, avant de partir pour le Venezuela. Par quels hasards s’étaient-ils rencontrés à Paris et avait-elle échoué, à la fin de sa vie, rue Léon-Vaudoyer ? J’ai suivi, à mon tour, le chemin qu’elle devait prendre pour rentrer chez elle. C’était un après-midi ensoleillé d’octobre. J’ai arpenté toutes les rues avoisinantes : rue César Frank, rue Albert-de-Lapparent, rue José-Maria-deHeredia… Dans quelques magasins avait-elle ses habitudes ? Il y a une épicerie rue César-Frank. Existait-elle déjà ? Rue Valentin-Haüy, un vieux restaurant porte encore sur sa vitre l’inscription en arc de cercle : « Vins et liqueurs ». Ses deux fils l’y ont-ils emmenée, un soir ? Je me suis engagé dans la rue Léon-Vaudoyer, d’abord en revenant de l’avenue de Saxe, ensuite par la rue Pérignon, m’arrêtant devant chaque entrée d’immeuble. Dans les cages d’escaliers, des ascenseurs tous semblables, et l’un d’eux était celui qu’elle prenait. Elle avait connu des fins d’après-midi paisibles comme celle-là, lorsqu’elle rentrait chez elle sous le même soleil et le long du même trottoir. Et l’on oubliait la guerre qui venait. (Pages 43-44) Au bout de quelques jours, que m'arriva-t-il en écoutant cette émission . Etait-ce parce que mon ouïe s'affinait, mais je crus discerner un léger grésillement sous le flot de la musique. Je supposai d'abord qu'il s'agissait des bruits de parasites que l'on entend lorsqu'on capte un poste étranger, mais j'eus bientôt la certitude que c'était le murmure de plusieurs conversations entrecroisées, murmure confus d'où se détachait parfois une voix qui lançait un appel au secours ou un message indistinct, comme si plusieurs personnes profitaient de cette émission pour échanger des messages entre elles ou se retrouver à tâtons. Et comme si leurs voix, vainement, tentaient de percer l'écran de la musique.Certains soirs, ce phénomène ne se produisait pas et les morceaux qu'annonaient Gerbauld ou Courtine se déroulaient d'un bout à l'autre avec une nettete de son cristalline. (Pages 125-126)
Sur ses vingt ans, son mariage et son premier enfant, Modiano nous a donné un récit parfait, Livret de famille. Lire Petite remarque perso : Entrer dans un livre de Modiano, c'est retrouver une atmosphère familière. Les rues de Paris, ou d'ailleurs, le foisonnement de noms, de personnages aussi bien que de lieux. Ne pas chercher à tout retenir, mais le suivre dans ses dédales. Petit à petit, les noms s'estompent, ne demeure que l'impression. Beaucoup de thèmes abordés dans ce Livret de famille. Le puzzle se construit au fil des évocations. J'aime Modiano, depuis l'époque où je le regardais et l'écoutais dans les émissions de Pivot. J'aime sa manière de décrire, de dire, de mêler imagination et souvenirs... qu'importe l'exactitude d'un fait ou d'un lieu, c'est l'émotion qui compte et parfois inventer un souvenir, c'est se livrer davantage. Toujours une sorte de fragilité, d'adolescence aussi dans l'omniprésence du doute... des questions... cette quête qui semble se poursuivre de livre en livre. J'aime Modiano, voilà !
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