LIZKA ET SES HOMMES

Alexandre IKONNIKOV

 

 

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"Comment pouvait-on vivre au nom d'objectifs aussi misérables, alors qu'il y avait un ciel, de l'eau, et, là-dessus, des étoiles ! Et comment avait-elle pu rester si longtemps sans comprendre cela !" Alexandre Ikonnikov

 

Fiche :

Auteur Andreï Ikonnikov
Traduction Antoine Volodine
Editeur Seuil
Date de parution 09/2005
Collection Points
Nombre de pages 192 pages
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2020826127

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

À dix-sept ans, Lizka décide de vivre sa vie, loin de sa mère et des mesquineries de son village. Elle part à G., la ville voisine, et s'inscrit à l'école d'infirmières. Mais là non plus rien n'est facile : elle atterrit dans un foyer et doit travailler comme concierge dans un immeuble pour financer sa chambre. Excédée par un locataire qui jette ses ordures par la fenêtre, elle lui lance une cannette de bière et se retrouve en prison pour agression. Dans la cellule, elle tombe amoureuse de Micha, qui se révèle être un fieffé menteur, alcoolique et joueur.
Lizka cherche le bonheur, elle rencontre des hommes : à Micha, succèdent Viktor, un fonctionnaire du parti, Arthur, qui l'épouse et la trompe, Max, qui a perdu son âme et sa jambe à la guerre, et Kostia, un poète qui aime regarder la télévision, et qui pourrait bien être le narrateur de ce roman picaresque.
Les « hommes » de Lizka, mais aussi ses camarades, appréhendent leur destin avec un sens aigu de la fatalité - une fatalité joyeuse. « Mon thème, c'est l'humain, et la recherche du bonheur », dit Alexandre Ikonnikov qui fustige au passage le système politique et social de la Russie d'aujourd'hui, et pose un regard impitoyable sur le quotidien de sa province.

 

Extrait :

Un vrai appartement pour eux tout seuls ! Voilà ce qu’elle désirait. Mais, d’ici à l’an 2000, il fallait attendre encore onze longues années… Encore que, pour deux cœurs réunis par l’amour, onze ans ne représentent pas grand-chose !

Après avoir été licenciée du Comité de ville, Lizka s’était remise à lire les journaux comme autrefois, en réfléchissant à l’emploi qui lui conviendrait le mieux. Elle cherchait un travail. Elle se débrouillait magnifiquement pour mener sa maison, et tous les soirs un excellent repas attendait Arthur, mais elle sentait que leurs moyens étaient limités et elle ne voulait pas vivre à ses crochets. En outre, maintenant qu’elle avait accédé à l’indépendance, elle s’était transformée en profondeur et aurait voulu trouver à utiliser son énergie. Elle avait envie d’agir, de créer quelque chose, de rendre son mari heureux, et elle avec.

– A ton avis, Arthur, les gens vivent pour quoi ?
– Comment tu veux que je sache . Les gens vivent, nous on fait comme eux. C’est la nature.
– J’ai toujours l’impression qu’il me manque quelque chose. C’est normal ?
– C’est pour tout le monde pareil, on en veut toujours plus. Pourquoi que ça s’est mis à te travailler tout d’un coup ?
– Je ne sais pas. Au début, j’avais rien, et maintenant, au fond, j’ai tout, mais j’ai envie de plus. Je voudrais que les gens soient plus gentils, plus romantiques…
–On voudrait tous ça. Allez, faut qu’on dorme.

Arthur tournait le dos à Lizka et il s’endormait aussitôt, et elle, sans le vouloir vraiment, elle se remémorait Viktor Mikhaïlovitch. Sur des sujets de ce genre, il aurait pu s’étendre pendant des heures, en particulier quand il était assis dans son fauteuil préféré, avec à côté de lui une bouteille de bon vin. (…) Lizka le comprenait, à sa manière. Et elle appréciait aussi que le vice-secrétaire du Comité de ville bavarde avec elle, lui confie ses pensées et ses sentiments, et qu’il soit un homme puissant, mais qui une fois au lit se soumettait à elle. Tandis que celui-là : Allez, faut qu’on dorme.

Est-ce qu’elle n’avait pas agit de façon irréfléchie ? Est-ce qu’elle n’avait pas commis une terrible erreur en remettant Viktor entre des mains féminines étrangères, et en remplaçant Viktor par un joli garçon amoureux d’elle ? D’un autre côté, Viktor ne lui aurait jamais proposé le mariage. Elle l’avait remplacé non par un garçon, mais par un mari.

Allez, faut qu’on dorme. Oui, pourquoi pas ? C’est une activité tout à fait nécessaire. (Pages 97-98)

 

Critique/Presse :

Touchant, simple et juste sont les trois adjectifs qui viennent à la bouche lorsque l'on referme cet ouvrage. On ne peut de toutes les façons être resté insensible aux pérégrinations affectives de Lizka. Vicky Chahine EVENE

Son second livre, «Lizka et ses hommes», nous présente un Ikonnikov assagi, bien que cette épopée picaresque brosse un tableau encore sombre de ces foyers de travailleuses où l’on doit faire la queue pour prendre une douche et où, les toilettes étant constamment bouchées, on va se soulager dans la cour, en comptant sur la neige pour enfouir les souillures sous un manteau de blancheur miséricordieux.
Qu’elle semble loin, la province décrite par Tourgueniev, Tchekhov ou Bounine! Quand je me promène dans un de ces villages aux maisons de bois peintes, entourées de palissades disjointes, je puis m’imaginer que rien n’a changé de l’ancienne Russie romantique, maternelle et cordiale. Les poules et les oies se dandinent sous les tilleuls, les vieillards fument la pipe sur un banc vermoulu devant l’église qui a perdu sa croix. Certains films m’avaient déjà mis en garde contre cette image idéalisée. Les romans confirment la férocité de la vie quotidienne au fond des campagnes les plus paisible. Dominique Fernandez, pour le Nouvel Observateur N°2105 du 10 au 16 mars 2005

Dix hommes, 10 portraits d'une société en décomposition sur laquelle Alexandre Ikonnikov pose un regard impitoyable.
Anna Topaloff - http://www.marianne-en-ligne.fr/archives/e-docs/00/00/10/9A/document_article_marianne.phtml

Petite remarque perso : Chacun des hommes de Lizka, à sa manière et dans sa relation à la jeune femme, offre une facette de la société russe. Portrait multiple et sans concession de cette Union Soviétique qui vient d’être démantelée et qui s'interroge.
Les hommes de Lizka se suivent et ne se ressemblent pas ! Difficile de se faire une place pour une jeune femme qui arrive dans cette grande ville, pleine d’illusions et de rêves. Un destin au fil des rencontres. Lizka lentement appréhende « le monde ». Dans sa province elle était perdue d’avance. Une sorte de roman initiatique; difficultés, pauvreté, errances sentimentales… Mais la jeune femme est bien ancrée dans la réalité. Indépendante, elle prend sa vie à bras le corps.
Lentement, à travers chaque « épisode », une personnalité forte se construit.

Et le livre s’ouvre sur l’espoir !

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