Fiche
:
Auteur : Yves Beauchemin
Collection : Collection «QA Compact»
Nombre de pages : 616
Année : 2002
Editeur : Québec Amérique
Paru en France chez France-Loisirs
(épuisé)
Résumé
:
"Une
telle histoire ne se résume pas. Disons qu'il s'agit d'un vieux
roublard, millionnaire, qui devrait reposer au cimetière depuis
longtemps, et nommé Ratablavasky (ce nom constitue déjà
tout un programme, puisqu'il contient: rat, rata, blabla, etc. c'est le
Rat mythique dont le matou seul viendra à bout...), un vieillard
donc s'amuse à lancer un jeune homme dans les affaires en le poussant
à acheter un restaurant appelé «La Binerie»,
et cela afin de revivre sa jeunesse par procuration - semble-t-il. Car
il s'avère bientôt que c'est plutôt dans le but de
voir celui qu'il croit devenu sa créature se débattre avec
des problèmes qu'il n'hésitera pas à accroître
de manière à augmenter la qualité du spectacle. Un
enfant, «monsieur Émile», négligé par
sa mère, se réfugie dans le restaurant, y trouve de nouveaux
parents, en compagnie d'un matou qui incarnera le destin et finira par
régler son compte à un Ratablavasky devenu si puissant et
malin que les personnages le prennent pour le diable.
Or la passion
du récit n'est pas le seul intérêt de ce livre dont
l'intrigue nous conduit par le bout du nez jusqu'aux dernières
lignes, comme dans un roman d'espionnage. Il y a aussi l'écriture
qui est bien particulière....Yves Beauchemin y montre un art consommé
de la narration et un entrain époustouflant." Article de Noël
Audet dans Le Devoir, 4 juillet 1981.
En plus
d'être traduit en 17 langues et d'être récipiendaire
de nombreux prix, Le Matou sera porté à l'écran par
Jean Beaudin, en 1985 et tourné dans les Cantons de l'Est. Ce film
représentera le Canada au 9e festival des films du http://felix.cyberscol.qc.ca/LQ/auteurB/beauch_y/matou_yb.htmlmonde
Extrait
:
Vers huit
heures un matin d'avril, Médéric Duchêne avançait
d'un pas alerte le long de l'ancien dépôt postal «C
» au coin des rues Sainte-Catherine et Plessis lorsqu'un des guillemets
de bronze qui faisaient partie de l'inscription en haut de la façade
quitta son rivet et lui tomba sur le crâne. On entendit un craquement
qui rappelait le choc d'un oeuf contre une assiette et monsieur Duchêne
s'écroula sur le trottoir en faisant un clin d'oeil des plus étranges.
Florent Boissonneault, un jeune homme de vingt-six ans au regard frondeur,
se trouvait près de lui quand survint l'accident. Sans perdre une
seconde, il desserra la ceinture du malheureux, défit son col et
se précipita dans une boutique pour alerter la police. Déjà,
une foule de badauds s'amassait autour du blessé qui perdait beaucoup
de sang. Cela ne l'incommodait aucunement, d'ailleurs, car il était
occupé à revivre une délicieuse partie de pêche
qu'il avait faite à l'âge de sept ans sur la rivière
l'Assomption.
Florent revint près de lui et s'efforça de disperser les
curieux. Un de ceux-ci était remarquable. Il s'agissait d'un grand
vieillard sec à redingote noire dont le visage se terminait par
un curieux menton en forme de fesses. Il observait Florent depuis le début
avec un oeil admiratif.
- Voilà un jeune homme de gestes sûrs et d'un bel sang-froid,
dit-il à voix haute avec un accent bizarre. C'est un trésor
à notre pays.
Florent ne l'entendit Pas, Occupé qu'il était à répondre
aux questions des policiers. Au bout de quelques minutes, il put s'en
aller. Son auto l'attendait à deux coins de rue. Il arriva bientôt
chez MusiPop, la compagnie de distribution de disques qui l'employait
comme représentant depuis trois ans.
- Late as usual, remarqua monsieur Spufferbug en levant vers lui son front
dégarni, qui reflétait désagréablement la
lueur des néons.
Florent haussa les épaules, fit un clin dceil à son collègue
Slipskin et abattit sa journée de travail avec le même entrain
que d'habitude.
Le lendemain matin, à son arrivée au bureau, il reçut
des mains de mademoiselle Relique, l'antique secrétaire de Muslpop,
un colis enrubanné d'où s'échappait une forte odeur
de musc. Il déchira l'emballage et demeura silencieux pendant quelques
secondes. Un énorme C en bronze luisait au fondd'une boîte
doublée de velours bleu.
- Quel est le farceur qui vous a remis ça ? demanda-t-il à
la secrétaire.
- Ce n'est pas un farceur, c'est le concierge, répliqua l'autre
sèchement. Il l'a reçu à sept heures ce matin.
Le surlendemain, Florent recevait un deuxième colis, tout aussi
odorant, contenant cette fois-ci un B.
- C'est un vieux monsieur à barbiche, lui apprit mademoiselle Relique
d'un air désapprobateur. Il s'est d'abord moqué du concierge,
puis lui a donné une bouteille de vin. La Sainte Vierge elle-même
ne m'en ferait pas boire une goutte.
Au troisième colis, qui contenait la lettre A accompagnée
d'un bout de papier où l'on avait griffonné: «Patience,
un message existe», les secrétaires commencèrent à
jaser avec des airs mystérieux.. Sur les entrefaites, Florent dut
s'absenter pour un voyage de trois jours dans la région du lac
Saint-Jean. À son retour, les let tres R, M et H l'attendaient,
ernpilées sur son bureau. Made!noiselle Relique se plaignait de
violents maux de tête causés par l'odeur du musc.
- Qu'est-ce que je vais faire de tout cet alphabet? se demandait Florent,
de plus en plus intrigué.
- Va la vendre dans un magasin d'antiques, lui suggéra Slipskin
et il lui fournit sur-le-champ l'adresse de l'établissement de
son père.
Deux jours passèrent. la générosité de son
bienfaiteur ne donnait pas de signes de fatigue. Florent résolut
d'aller au fond de l'affaire et de recevoir lui-même son prochain
colis. Il se leva à l'aube et s'installa à son bureau devant
une tasse de café.
À six heures vingt, il entendit une auto stopper devant Musipop.
Bondissant de sa chaise, il courut ouvrir la porte et se retrouva nez
à nez avec un infirme loqueteux, à la barbe hirsute, au
visage creusé, qui le regardait d'un air stupide, la bouche béante.
- Mo... mo... mossieu Bwazono, bafouilla-t-il en lui tendant un colis,
pendant que l'auto démarrait avec fracas.
Florent le considéra un instant, puis se retira dans le bureau.
L'infirme déposa le colis par terre et s'avança au milieu
de la rue, tournant la tête de tous côtés, complètement
désemparé. (Pages 11 à 13).
Critique/Presse
:
Or la passion
du récit n'est pas le seul intérêt de ce livre dont
l'intrigue nous conduit par le bout du nez jusqu'aux dernières
lignes, comme dans un roman d'espionnage.
Yves Beauchemin y montre un art consommé de la narration et un
entrain époustouflant. Noël Audet - Le Devoir - 4 juillet
1981.
Un formidable
conteur. Drôle, énouvant, picaresque. Une révélation
! Bernard Pivot
Petite
remarque perso : L'écriture deYves Beauchemin est purement
géniale et son livre est un régal de vivacité et
d'humour, de sensibilité...
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