Un Monde A Lire
Mémoires d'Hadrien
MEMOIRES D'HADRIEN
 
Marguerite Yourcenar
 
Aux éditions Gallimard
Première édition : librairie Plon 1958
364 pages (folio)
ISBN : 078-2-07-036921-8
 
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"Ce m'est toujours une surprise que mes contemporains, qui croient avoir conquis et transformé l'espace, ignorent qu'on peut rétrécir à son gré la distance des siècles" (M. Yourcenar - Carnet de notes de "Mémoires d'Hadrien")

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Cette oeuvre, qui est à la fois roman, histoire, poésie, a été saluée par la critique française et mondiale comme un événement littéraire. En imaginant les Mémoires d'un grand empereur romain, l'auteur a voulu "refaire du dedans ce que les archéologues du XIXème siècle ont fait du dehors". Jugeant sans complaisance sa vie d'homme et son oeuvre politique, Hadrien n'ignore pas que Rome, malgré sa grandeur, finira un jour par périr, mais son réalisme romain et son humanisme hérité des Grecs lui font sentir l'importance de penser et de servir jusqu'au bout. "Je me sais responsable de la beauté du monde", dit ce héros dont les problèmes sont ceux de l'homme de tous les temps : les dangers mortels qui du dedans et du dehors confrontent les civilisations, la quête d'un accord harmonieux entre le bonheur et la discipline auguste, entre l'intelligence et a volonté.

Marguerite Yourcenar trouva un jour cette phrase, dans la Correspondance de Flaubert : " Les dieux n'étant plus, et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été. " Et l'auteur de Mémoires d'Hadrien ajoute : " Une grande partie de ma vie allait se passer à essayer de définir, puis à peindre, cet homme seul et d'ailleurs relié à tout. "

Ce livre a été traduit en seize langues.

 
«Je ne méprise pas les hommes. Si je le faisais, je n 'aurais aucun droit, ni aucune raison, d'essayer de les gouverner ."(Page51)
 

Extrait :

« Ce fut l’une des cimes de ma vie. Rien n’y manqua, ni la frange dorée d’un nuage, ni les aigles, ni l’échanson d’immortalité.

Saisons alcyoniennes, solstice de mes jours… Loin de surfaire mon bonheur à distance, je dois lutter pour n’en pas affadir l’image ; son souvenir même est maintenant trop fort pour moi. Plus sincère que la plupart des hommes, j’avoue sans ambages les causes secrètes de cette félicité : ce calme si propice aux travaux et aux disciplines de l’esprit me semble l’un des plus beaux effets de l’amour. Et je m’étonne que ces joies si précaires, si rarement parfaites au cours d’une vie humaine, sous quelque aspect d’ailleurs que nous les ayons cherchées ou reçues, soient considérées avec tant de méfiance par de prétendus sages, qu’ils en redoutent l’accoutumance et l’excès au lieu d’en redouter le manque et la perte, qu’ils passent à tyranniser leurs sens un temps mieux employé à régler ou à embellir leur âme. A cette époque, je mettais à affermir mon bonheur, à le goûter, à le juger aussi, cette attention constante que j’avais toujours donnée aux moindres détails de mes actes, et qu’est la volupté elle-même, sinon un moment d’attention passionnée du corps ? Tout bonheur est un chef-d’œuvre : la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l’altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l’abêtit. Le mien n’est responsable en rien de celles de mes imprudences qui plus tard l’ont brisé : tant que j’ai agi dans son sens, j’ai été sage. Je crois encore qu’il  eût été possible à un homme plus sage que moi d’être heureux jusqu’à sa mort » (Pages 179-180)

 
"Je me réjouissais que nos religions vagues et vénérables, décantées de toute intransigeance ou de tout rite farouche, nous associassent mystérieusement aux songes les plus antiques de l'homme et de la terre, mais sans nous interdire une explication laïque des faits, une vue rationnelle de la conduite humaine. Il me plaisait enfin que ces mots même d'Humanité, de Liberté, de Bonheur, n'eussent pas encore été dévalués par trop d'applications ridicules. "(Page 126)
 

Critique/Presse :

Petite remarque perso :

Difficile de parler d'un tel monument de la littérature française. Je l'avais lu au lycée, et il m'avait déjà fait forte impression, mais cette relecture aujourd'hui ouvre d'autres perspectives. Forcément, des années de vie se sont accumulées si tant est que les années s'accumulent... des passages que j'avais peut-être négligés à l'époque se sont éclairés d'une lumière différente. Car ce livre est magistral. Le style d'abord éblouit. Une telle finesse, une telle précision dans le choix des mots, dans l'agencement des phrases. Un tel naturel aussi, naturel seulement apparent puisque Marguerite Yourcenar a travaillé sur ces Mémoires d'Hadrien une grande partie de sa vie, a commencé sa rédaction, puis l'a abandonnée, a détruit les pages déjà écrites pour le reprendre encore : "La seule phrase qui subsiste de la rédaction de 1934: "Je commence à apercevoir le profil de ma mort." Comme un peintre établi devant un horizon, et qui sans cesse déplace son chevalet à droite, puis à gauche, j'avais enfin trouvé le point de vue du livre."

Une réflexion sur le pouvoir, sur la vie, l'amour... le bonheur, la maladie, la mort. Merveille d'érudition et de simplicité, sagesse époustouflante... Marguerite Yourcenar brosse le portrait d'un homme étonnament moderne, sincère et lucide. Et si elle s'est appuyée sur un certain nombre de textes et est restée fIdèle aux faits historiques, il s'agit néanmoins d'un roman qui confine parfois à la poésie. Un incontournable, et il est rare que j'emploie ce terme pour les ouvrages que j'ai aimés tant la manière de recevoir une oeuvre peut varier d'un individu à l'autre. Mais il y a dans ces Mémoires d'Hadrien une part d'universalité...

 
«En tout cas, j'étais trop jeune. Il est des livres qu'on ne doit pas oser avant d'avoir dépassé quarante ans. On risque, avant cet âge, de méconnaître l'existence des grandes frontières naturelles qui séparent, de personne à personne, de siècle à siècle, l'infinie variété des êtres, ou au contraire d'attacher trop d'importance aux simples divisions administratives, aux bureaux de douane ou aux guérites des postes armés. Il m'a fallu ces années pour apprendre à calculer exactement les distances entre l'empereur et moi."(M. Yourcenar - Carnet de notes de "Mémoires d'Hadrien")
 

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