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Fiche
:
Auteur David Payne
Editeur 10/18
Collection 10/18 Domaine Etranger, numéro 3675
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2264035919
Résumé
:
Présentation
de l'éditeur :
En Caroline
du Nord, en 1954, deux jeunes gens s'aiment à la folie : May Tilley
et Jimmy Madden. Pour eux, chaque seconde reconduit l'euphorie d'être
ensemble. Seulement, un jour, la belle histoire s'effrite : May tombe
enceinte et la morale de leur petite ville exige qu'ils se marient. Leur
vie bascule brutalement, chacun devant composer avec l'abandon de ses
rêves d'adolescent libre et tumultueux. En épousant tour
à tour les voix de May, de Jimmy et celle de leur fils, Joey, David
Payne compose ici une magnifique fugue sur la mort de l'amour...
__________________
Dix ans après,
un jeune homme tente de comprendre ce qui a conduit ses parents à
la séparation. Un roman grandiose et tragique, marqué par
une profonde connaissance du Sud des États-Unis.
Ils voulaient
se marier. Mais ils désiraient avant tout la liberté. En
Virginie du Nord, en 1954, May et Jimmy ignoraient-ils qu’ils condamnaient
leur amour en cédant à l’urgence ?
La belle May Tilley, issue d’une famille de riches producteurs de
tabac, et Jimmy Madden, champion de basket-ball, promis à une brillante
carrière de médecin ou d’écrivain, voient leur
avenir se décider le jour où May se rend compte qu’elle
est enceinte.
Jimmy, encore à l’âge ou l’on rêve de pays
lointains, d’amour et d’eau fraîche, accueille cette
nouvelle comme un emprisonnement. Ce qui n'empêche pas les deux
jeunes gens de bientôt convoler en justes noces. Petit à
petit, le quotidien, allié au sentiment d’être allé
trop vite, va miner leur passion.
Leur fils Joey raconte sa douleur d’enfant qui voit tout dégringoler
autour de lui. Mais aussi, il décrit le paradis qu’il a perdu
: son grand-père maternel, bon vivant et fin homme d’affaires
; sa grand-mère, dame autoritaire qui n’a de cesse de répéter
à sa mère qu’elle ne doit pas « oublier d’où
elle vient ». Les parties de pêche, les somptueux petits déjeuners,
la joie des parents de Joey qui se retrouvent à la fin de la semaine…
Une période bénie qui lui fera dire plus tard : «
si le hasard me donnait une autre chance, je sais ce que je demanderais
: faire que tout cela dure toujours, sans jamais changer ».
Seulement voilà : tout a changé. Et même la tentative
de Joey de retrouver son père dans la caravane où il vit
en reclus se solde par un échec. En se rapprochant de son grand-père
excentrique, le jeune homme parviendra-t-il à se réconcilier
avec le passé ?
Pour expliquer l'échec, May et Jimmy unissent leur voix à
celle de leur fils dans ce somptueux roman sur l'abandon et la séparation.
Outre une sensibilité peu commune à la détresse de
l'enfant qui voit ses parents cesser de s'aimer, David Payne nous plonge
avec bonheur dans sa Virginie natale des années cinquante et soixante.
On croit presque sentir l'odeur du maïs qui cuit, humer les sauces
piquantes ou perdre son regard dans les champs de tabac verdoyants…
Un grand roman sudiste. Fnac.com - Tocade
Extrait
:
Joey :
« Un jour tu es un gamin en culottes courtes, le lendemain tu te
réveilles adulte et père de famille. Tu te frottes les yeux,
et quand tu les rouvres, c’est tes enfants qui ont fait des enfants
à leur tour, et tu te retrouves avec un chenapan de petit-fils,
et tu sais, Joey fiston, tu n’as rien vu passer, les choses te tombent
dessus comme ça, mon petit gars, le temps de faire ouf. »
Pa avait cessé de couper et regardait par la fenêtre en direction
du chêne au fond du jardin tout noir, comme s’il avait perdu
le fil de ses pensées. Je ne crois pas que je l’avais jamais
entendu parler aussi longtemps d’un coup, ce qui était le
signe qu’il avait trop bu, mais moi, ça m’était
égal, j’adorais écouter. Je me sentais, je ne sais
pas, happé vers le haut, comme si Pa et moi, on faisait partie
d’un seul et même gros truc qui existait bien avant nous,
et qu’il cherchait le nom de ce truc pour me le dire, sauf qu’à
mon avis il ne le connaissait pas. Probablement que le nom n’a pas
d’importance, ce qui compte c’est de sentir cette chose, cette
tranquillité qui vous remplit complètement à l’intérieur,
et moi je l’ai sentie à ce moment-là, et je savais
qu’elle remontait à d’autres Noëls passés,
avec d’autres grands-pères qui apprenaient à leur
petit-fils la façon de saler un jambon, comme ça, et pas
autrement. Rien de compliqué, mais pour moi c’était
un trésor qui valait plus cher que de l’or. (Pages 153/154)
Jimmy :
Comment expliquer à quelqu’un qu’autrefois, en se regardant
dans le miroir, on voyait une personne dont la vie contenait plus de chance
que de revers, une personne que l’on admirait et que l’on
arrivait même à aimer, et puis, et puis… et puis il
s’est passé quelque chose, un ressort s’est cassé,
un mécanisme s’est coincé. Il fallait vivre en gardant
foi en la réalité de cette aura qu’on possédait,
qui au fil des années devenait plus lointaine, jusqu’au moment
où l’on se demandait si elle ne relevait pas du rêve.
Mais le jour où l’on perd cette foi, ce jour-là on
est mort. (page 289)
May :
Mais année après année, j’ai regardé
les nuages sombres s’accumuler, se mettre à gronder, puis
est venu le crépuscule. Quelque chose est arrivé au garçon
que j’avais aimé et épousé, mon prince charmant.
Je lui ai lâché la main, ou bien il a lâché
la mienne ; nous nous sommes trouvés séparés, évoluant
dans des mondes différents, le sien plus sombre et plus terrifiant
que le mien. Même s’il avait esquivé notre mariage,
Jimmy aurait fini par buter contre lui-même, d’une façon
ou d’une autre. On n’y échappe pas, pas à ça,
personne… C’est ça, la vie, la forêt où
nous sommes perdus mais dont aucun chemin n’est le fruit du hasard
et tous mènent à un seul terme, en ligne droite ou après
mille détours, vite ou lentement, et ce terme, c’est soi-même
–voilà ce que je crois.
(…)
C’est là que nous en étions au début de ce
printemps. Nous qui nous étions juré d’être
différents de nos parents, avec leur mariage bâti sur des
compromis et les trêves ravageuses qu’ils avaient appris à
observer, nous étions devenus comme eux, campés dans nos
propres retranchements, à contempler le mystère des plaies
et bosses que nous avions acquis. (pages 294/295)
Critique/Presse
:
Chronique
d'un naufrage familial. Celui des Madden, dans les années 50 et
60, en Caroline du Nord. Jimmy, le père, avait des rêves
plein la tête, des désirs de voyage, de théâtre
et d'écriture qui ont tourné court. May aussi a renoncé
à ses rêves. Puis ils ont eu Joey. Et leur couple a sombré,
tandis que Jimmy se noyait dans l'alcool. Joey se débat pour recoller
les morceaux du passé, et découvre que «même
si l'amour n'est pas assez fort pour empêcher notre monde de se
briser, il donne de l'éclat aux morceaux cassés».
Ce récit à plusieurs voix explore les enthousiasmes et les
désillusions des narrateurs - Lire, avril 1995
" Rarement
on a aussi bien parlé de l'enfance, du désespoir insensé
que c'est d'avoir une famille qui se déchire, de ces brefs moments
où l'on reprend confiance en l'avenir. [...] Le Monde perdu de
Joey Madden est un livre formidable, un des plus beaux romans que l'Amérique
nous ait envoyé depuis longtemps. On le ferme, on le reprend, on
y repense sans arrêt. " Eric Neuhoff, Madame Figaro
Petite
remarque perso : Longtemps après avoir refermé
ce roman, les mots de Joey restent ancrés au plus profond de nous.
Sa manière de raconter, l’acuité de son regard d’enfant
posé sur le monde des « grands ». Ses espoirs et ses
désespoirs successifs, ses larmes et ses sourires, son bonheur
simple et cette compréhension extraordinaire de simplicité
et de vérité.
Deux jeunes gens amoureux soudain confrontés à une grossesse.
Les « responsabilités » à assumer, le questionnement,
les choix possibles. La vie qui n’attend pas, jamais, qui file et
qui s’égare, parfois. Deux jeunes gens qui s’aiment,
mais cette question, toujours posée : et si l’amour ne suffisait
pas ? Et si les rêves, au lieu de libérer, alourdissaient
la marche, jusqu'à l'empêcher. S'il fallait retourner inlassablement
à ce point de départ, où tout a commencé à
aller de travers. Comment "sortir" de ses vieux espoirs, pour
aller de l'avant ?
L’évocation des années 50, cette atmosphère
particulière si bien rendue dans l’écriture de David
Payne. Et puis ces personnages auxquels la dimension psychologique confère
une puissance, une beauté aussi. Les trois voix de May, Jimmy et
Joey qui se mêlent, s’éclairent les unes les autres
pour dresser le tableau d’un naufrage, mais pas seulement…
Toute une vie se tient dans ces pages, toute la beauté, la fulgurance,
la fragilité, le dérisoire, la tragédie, toute la
valeur d’une vie d’homme…Et là, entre nos mains,
ce n'est plus un livre que l'on tient, mais un coeur qui bat, fort.
Les dialogues sont souvent magnifiques, comme celui
de Jimmy et de son beau-père, Pa. Un livre qui nous rappelle
combien l’être humain reste vulnérable au fond de lui,
et combien il peut être difficile de vivre avec ses rêves.
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