Aquarelle Hiver - Cécile Morneau Pelletier© - Le Grenier de Bibiane

 


 

Il y avait une fois au Royaume des Fées

Une Reine d’une très grande beauté.

Sa longue chevelure dorée, ainsi que sa robe tissée d’or

Etaient parsemées de pierres précieuses.

Avec sa baguette magique de Reine des Fées,

Elle était la seule à pouvoir tout transformer en or.

Les Fées, ses sujets, étaient à l’écoute de ses moindres désirs.

Elles la chérissaient et prenaient grand soin d’elle.

Mais sur son trône en or, la très belle Reine se sentait bien seule.

Jusqu’au jour où une Fée, essoufflée, accourut brandissant un petit bout de papier.

La Fée du protocole avait sa tête des mauvais jours.

Etait-ce «des manières » de se présenter ainsi devant la Reine.

Mais la petite Fée criait tout excitée :

« Un poème, un poème ! »

La Reine intriguée, se pencha en avant, soudain attentive.

Alors, la jeune Fée se mit à lire d’une voix mélodieuse.

Et la musique des mots fit même frissonner de plaisir

Les voilages d’or de la grande salle du trône.

La Reine, ravie, ferma les yeux, dégustant chaque syllabe.

Elle ne se lassait pas de l’écouter jusqu’à le savoir par cœur.

Questionnant la petite Fée sur la provenance de ce poème charmeur,

Elle apprit que le vent, venant de la terre, l’avait déposé devant le palais.

La Reine voulut savoir si tous les habitants de la terre étaient des poètes,

Mais aucune Fée ne sut lui répondre.

Alors elle décréta qu’elle se rendrait elle-même sur la terre

Pour y trouver la réponse et écouter d’autres poèmes.

Les Fées, catastrophées, voulaient toutes l’accompagner pour la protéger,

Elles, qui l’avaient toujours soigneusement préservée de tout,

N’ignoraient pas combien le monde des humains regorgeait de dangers

Mais la Reine ne voulut rien entendre. Elle irait seule. Il restait à lui obéir.

Il faisait nuit quand elle arriva sur terre, et les rues étaient désertes.

Seul un vieil homme, recroquevillé sous un tas de journaux et cartons,

Somnolait sous le porche d’un immeuble.

Faisant fi de l’étiquette et du protocole du palais, elle s’adressa à lui :

« Bonsoir, Monsieur, permettez-moi de vous demander si vous êtes poète.

Je me présente, je suis la Reine des fées. »

L’homme ouvrit un œil, il y avait bien longtemps que plus rien ne l’étonnait.

« Si tu savais comme je m’en fous, en tout cas tu es drôlement bien sapée.

Et moi je me présente, je suis le roi des SDF. »

Il partit d’un grand éclat de rire, se rendit compte qu’il y avait bien longtemps qu’il

n’avait pas ri ainsi.

« SDF cela devait vouloir dire «sans diamants ni fils d’or »

Se dit la Reine, lui proposant de changer ses habits en or.

« Cause toujours ma belle, rien ne t’empêche d’essayer ! » il riait toujours.

La Reine effleura le vieil homme de sa baguette magique,

Transformant ses habits en or, les parsema de pierres précieuses.

Incrédule, le SDF se gratta la tête, ce qui eut comme effet de faire

Tomber quelques diamants, qui se mirent aussitôt à briller

De mille feux sous la lumière du réverbère tout proche.

L’homme se hasarda à faire quelques pas dans ses chaussures en or,

Puis se rassit par terre, perplexe.

Son imagination lui jouait-elle des tours?

Il regardait la Reine des Fées comme s’il la découvrait seulement maintenant.

Son regard allait de ses habits en or à la Fée, visiblement il réfléchissait.

Soudain il parut soulagé. Sa décision était prise.

« Si tu es vraiment une fée, alors rends-moi mes vieux habits,

Vois-tu, je suis trop vieux pour tout ce tralala.

Tout ce que je veux, c’est qu’on me laisse en paix. Merci quand même ! »

Il retrouva instantanément ses anciens vêtements.

La Reine se baissa, ramassa les diamants tombés par terre, les tendit

Au vieillard qui les serra sur son cœur :

«Je les garderai en souvenir de toi» dit-il,


Avec une petite larme au coin de l’œil.

« Si tu cherches un poète, alors regarde là haut. Vois-tu la fenêtre éclairée?

La lumière reste souvent allumée toute la nuit.

Pour trouver ton poète, c’est très simple.

Tu prends l’escalier à droite, tu montes.

Quand tu apercevras de la lumière

Filtrer sous la porte, tu sauras que tu es arrivée. »

La Reine prit l’escalier que lui avait indiqué le vieillard.

L’escalier était étroit, elle avait du mal à avancer avec sa longue robe en fils d’or.

Arrivée à la porte éclairée, elle frappa. La porte s’ouvrit comme si on l’attendait.

« Bonsoir, je me présente : Je suis la Reine des Fées. Etes-vous poète. »

« Je vis dans mes rêves et j’essaie de survivre très modestement de ma plume. »

En guise de plume il lui désigna un petit écran allumé parsemé de lettres.

« J’écris sur mon ordinateur et quand la solitude me pèse de trop, je me connecte

sur Internet et je suis en contact avec le monde entier. »

Intriguée la reine voulut voir à travers cette lucarne magique qu’elle ne

connaissait pas.

Il lui montra le site « Ecrits…vains » où il n’y avait que des poètes.

Soudain elle vit un gros homme en rouge gigoter sur l’écran.

Elle regardait fascinée. Elle en avait oublié les poèmes.

« Ce n’est rien, c’est de la pub, c’est Noël, et le Père Noël fait vendre. »

Dit le poète agacé.

Noël ?

Les Fées, ses sujets, en avaient toujours parlé à voix basse.

« De la concurrence » s’étaient-elles bornées à marmonner.

Elle était bien décidée à en savoir plus.

Elle remercia le poète pour son accueil et proposa de transformer son ordinateur

En or. « Surtout pas ! s’écria-t-il, c’est mon outil de travail! »

Alors elle choisit la plume dont il ne se servait plus.

L’idée ravit le poète. Il garderait la plume en or en souvenir d’elle.

Avant de le quitter, elle posa la question qui lui tenait à cœur:

«C’est quoi, Noël?»

« C’est un jour que je déteste. » dit le poète,.

« Ce n’est pas à un solitaire comme moi, qu’il faut demander cela.

« Voyez- vous la fenêtre en face? Là où brillent les petites lampes.

« Ces gens là fêtent Noël!»

Elle se promit d’aller voir de plus près.

Quand elle arriva devant la porte qui correspondait à la fenêtre,

Indiquée par le poète, elle la trouva entrouverte.

Elle entra sur la pointe des pieds et eut juste le temps de se cacher derrière

Un grand arbre qui n’arrêtait pas de clignoter dans un coin du salon.

La pièce lui paraissait bien petite comparée à une pièce de son palais.

Et en plus les humains y avaient planté un arbre. Drôle d’idée.

Deux enfants couraient partout en poussant des petits cris.

Ils avaient l’air bien excités. Une femme et un homme se tenaient près de l’arbre.

Certainement les parents des enfants énervés.

Eux aussi poussaient des grands cris :

 

« Oh ! Regardez ce que le père Noël vous a apporté !. »

 

La Reine des Fées, elle aussi, sentait l’énervement la gagner.

Ce père Noël, décidément, commençait à l’agacer.

Les fées avaient raison, c’était un concurrent redoutable.

Elle toucha de sa baguette magique deux petits paquets cadeaux,

Transformant leur contenu en or.

Il allait voir ce qu’il allait voir, ce Père Noël.

Les enfants commençaient à déballer leurs cadeaux.

Ils étaient de plus en plus excités.

Le petit garçon ouvrait justement le paquet que la fée avait touché.

Et il se mit à pleurer très fort. Du paquet surgit une voiture en or.

Non, il n’avait pas commandé cela, elle ne roulait même pas.

Il voulait une voiture téléguidée. Point.

La petite fille, elle aussi se mit à hurler. Du paquet tombait un ours en or.

 

« Il n’est même pas articulé, il ne parle pas, il n’y pas de piles ! »

 

La Reine était perplexe. Les parents encore bien plus. C’était bien de l’or.

- Demain, c’est promis, les enfants pourront choisir ce qu’ils voudront !-

Phrase magique qui arrêta les pleurs.

Le père ramassa ces singuliers jouets et partit les cacher au fond d’une armoire.

L’Or, dans sa famille, «on ne le laissait pas traîner »

En revenant, il passa si près de l’arbre qu’il buta dans une petite crèche.

Il en tomba un sujet ressemblant à un nouveau-né,

Que la Fée, avec toute cette agitation, n’avait même pas remarqué.

Les enfants se précipitaient, le ramassaient et lui administraient de gros baisers

Sonores sur sa poitrine nue, avant de le reposer délicatement dans la crèche.

Sur ce, toute la famille prit le chemin de la cuisine pour le petit déjeuner.

La fée restée seule, s’approcha, intriguée par ce petit nouveau-né en plâtre.

Elle se mit à genoux pour mieux le voir. Il était si petit.

Il l’interpella directement dans son cœur : « Bonjour, Reine des Fées »

Surprise, elle dut constater que seul son cœur avait perçu ces mots.

« Vous me connaissez ? Qui êtes-vous? »

« Je suis l’enfant qui renaît à chaque Noël au fond de ton cœur »

« Quel est votre nom?»

« L’Espérance »

« L’Espérance? Vous ne parlez qu’a travers votre cœur,

Voulez-vous que je le transforme en or ! »

« Mon cœur contient quelque chose de plus précieux que l’or. »

« Dites-moi ce qui est plus précieux que l’or. »

« L’Amour »


C’est Noël !

Dans la rue, en bas de l’immeuble, s’est formé un attroupement.

Les gens arrivent de partout.

Il paraît que des Fées, oui, oui, des Fées, cherchent leur Reine parmi les humains.

Personne ne remarque la femme, vêtue très simplement.

Celle qui a choisi de suivre un enfant.

Sur le chemin de l’Espérance.

Même les fées ne les ont pas vus.

Il est vrai que le chemin de l’Amour est un chemin intérieur.

Conte de Marie-Jeanne MAES

 

Marie-Jeanne Maes est également vice-présidente du Centre de Liaison national des Visiteurs de Malades en Etablissements Hospitaliers et Maisons de Retraite - VMEH -
dont voici l'URL :

www.vmeh-national.com

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