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Sous le vent du monde |
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Auteur Pierre
Pelot LA DEDICACE D'UN AUTEUR : Je vous invite à partir en voyage, le billet à mes frais, si vous en avez l'envie, la curiosité, peut-être le courage. Destination moins un million d'années, quelque part dans ce qui est devenu la Birmanie. J'y suis allé, j'ai eu cette chance, et j'en reviens il n'y a pas si longtemps - je ne vous dirai rien du décalage horaire ! J'ai relevé la piste, tracé l'itinéraire. J'ai été emporté par des fleuves de merveilles, j'ai traversé des forêts d'émotions inconnues. J'ai rencontré des hommes et des femmes - car ils l'étaient déjà, et ô combien, quoiqu'encore simplement "erectus", à la racine si lointaine et si proche du "sapiens". Ils se nommaient les Xuah, ou bien ne se nommaient pas. Et ils marchaient, traversant les rivières furieuses et les forêts d'arbres jamais vus peuplées d'animaux inconnus. Car ils venaient d'ailleurs, ils étaient voyageurs, eux aussi. Ils allaient à la rencontre du soleil, vers le lieu où il se lève chaque matin, pour en retrouver le nom perdu. Je les ai rencontrés, j'ai vécu à leur côté cette aventure, faite de terreurs et d'émotions terribles, au bout de quoi ils ont trouvé un étrange et nouveau sentiment - que plus tard, après eux, d'autres ont nommé "espoir". Je ne suis pas revenu de là-bas indemne. Si vous le voulez bien, c'est ce que je vous souhaite, en partage. (Pierre Pelot) Il y a un
million d'années, quelque part dans l'immensité des montagnes
de l'actuelle Birmanie. Ceux-là s'appellent les Xuah. Jour après
jour, depuis longtemps, les vents trop froids ont tué nombre de
leurs enfants. Alors, la mémoire du plus âgé d'entre
eux parle : Avant de s'arrêter, les Xuah marchaient vers le lieu
d'où monte, chaque matin, un nouveau soleil. Et les Xuah se lèvent
pour reprendre la marche interrompue, à la recherche du nom perdu
du soleil. Ils vont, de rivière furieuse en forêt d'arbres
jamais vus peuplée d'animaux inconnus - comme ce géant,
ni homme ni animal, que craignent même les grands tigres -, jusqu'à
la rencontre avec ces autres hommes qui, eux, s'ils ne savent pas attraper
le feu, connaissent le nom du soleil... De l'aventure commune, faite de
terreurs et d'émotions mêlées, va naître un
étrange et nouveau sentiment partagé : ce qui sans doute
s'appelle l'espoir. " Vous allez dévorer un vrai roman, mais
un roman qui, s'offre le luxe de se dérouler ailleurs et avant
- une paléofiction exotique - il y a un million d'années
en Extrême-Orient ", Yves Coppens. Les Xuah
marchaient depuis qu'ils étaient des Xuah. Mais un jour, ils s'étaient
arrêtés. Le Nouvel observateur, N° , 29 janvier 1998. Jean-Louis Ezine : Pierre Pelot et Yves Coppens sont unis pour nous raconter nos débuts dans la vie. Voici le deuxième tome de leur saga préhistorique. Dans le genre dit "à travers les âges", Pierre Pelot est le champion toutes catégories : non content de s'être montré à son avantage dans la science-fiction et l'anticipation, il est un beau jour passé avec armes et bagages dans le roman préhistorique, si bien que l'œuvre plurielle de cet écrivain singulier, riche de cent soixante titres, balaie désormais tous les âges humains, passés, présents et à venir. La raison de cette volte-face ? Une rencontre fortuite avec Yves Coppens, le découvreur de Lucy, longtemps tenue pour la grand-mère de l'humanité (depuis, on a appris que Lucy pourrait bien s'appeler en réalité Lucien, mais cela est une autre histoire). Le fameux paléontologue, nonobstant la fantaisie avec laquelle il lui arrive de brocarder sa discipline, n'a pas son pareil pour chatouiller les fossiles et faire parler la poussière. Pierre Pelot l'écoute, les poings dans les joues. Se met à frotter des silex. A cueillir des baies et à chasser l'escalope par les moyens les plus athlétiques. C'est tout juste s'il ne s'habille pas de peaux de bête en plein hiver vosgien, dans sa quête fébrile des vérités premières et des commencements inconnus. Sous la houlette du professeur Coppens, il devient le conteur le mieux éclairé des âges farouches. L'association du romancier et du savant a rallumé le feu primordial. A Pelot l'écriture. A Coppens le savoir. A eux deux, le délire dans l'exactitude. Résultat : une extraordinaire saga, Sous le vent du monde, dont ils nous donnent aujourd'hui le deuxième volume. Au début du siècle, Rosny aîné n'avait guère que ses fantasmes pour alimenter La Guerre du feu, quand la science préhistorique est désormais une véritable machine à remonter le temps. D'où l'original dessein qui gouverne le tandem. D'un côté, Pierre Pelot "scénarise" les acquis de la paléontologie ; de l'autre, Yves Coppens permet à certaines intuitions encore irrecevables dans le dogme "préhistorique" de faire leur chemin dans les esprits. C'est ainsi que le premier tome relatait l'aventure inouïe de la naissance du langage, il y a un million sept cent mille ans. Le Nom perdu du soleil, deuxième volet de la tétralogie, est nettement plus proche de nous puisque cette paléofiction se déroule il y a un petit million d'années seulement. L'homme est déjà beaucoup moins archaïque dans sa facture et son enveloppe. Pour un romancier, il est certes plus commode de faite bouger dans le cadre d'une intrigue des erectus bien campés sur leurs bases que des rudolfensis ou des habilis apeurés et confus. C'est donc une population sensiblement dégrossie du point de vue suborbital et même intellectuel que brasse ici le narrateur, sans jamais se départir, ni de la "poésie", ni de la "plausibilité", qui, de l'aveu même d'Yves Coppens, font tout le charme et l'intérêt de l'entreprise. Les personnages de Pelot connaissent la pierre et les techniques de la taille. Par exemple, ils font quatre fois plus de longueurs de tranchant au kilo de caillou que leurs ancêtres du premier tome. Depuis cinq cent mille ans, ils fabriquent des outils symétriques, mais ils n'ont pas encore la maîtrise du feu : ils l'utilisent parfois, mais s'efforcent de l'entretenir, par crainte de le voir disparaître à tout jamais. En somme, on nage encore dans la pensée magique, et dans ce contexte, Pelot est aujourd'hui un conteur indépassable, sans rival aucun. La rencontre des Xuah et des Loh, des nomades et des sédentaires, au milieu du pléistocène inférieur, quelque part dans ce qui deviendra la Birmanie, n'est pas seulement une hypothèse dans la lente marche en avant de l'humanité. C'est de toute façon un moment inoubliable. La
Liberté de l'Est, 4 février 1998. Raymond Perrin
: Au cœur de la saga des origines de l'homme, voici une passionnante et tragique "paléofiction exotique". C'est ainsi que la nomme Yves Coppens, conseiller scientifique et tuteur de l'expédition Pelot. Yves Coppens a esquissé "le cadre sévère de la plausibilité" avant de laisser le romancier entreprendre seul le voyage, "dans ces autres lieux, en ces autres temps", avec pour uniques outils des mots travaillés et lentement mûris. Le deuxième épisode de Sous le vent du monde plonge, il y a un million d'années en arrière, au cœur de ce que nous appelons aujourd'hui la Birmanie, pour entraîner le lecteur dans un monde végétal et parfois quasi aquatique, décrit avec autant de précision que de poésie sensuelle et violente, et où se rencontrent des hommes différents, embarqués dans une aventure en commun mais fort peu commune. Deux groupes humains occupent montagnes et vallées bordant un fleuve en furie quand il est gonflé par la pluie des moussons. Celui des Xuah est venu il y a longtemps d'Afrique. Fuyant les vents rigoureux et mortels, ses membres conduits par le vieux Notlra, marchent vers l'est "à la recherche du nom perdu de la lumière du ciel", pour s'en faire un allié contre le froid. Ils savent attraper le feu qu'ils transportent dans une coupe de fruit dur où il sommeille, mais ils craignent son départ car ils ne savent pas le créer. Les Lob, sortes d'autochtones, vivent en clans réunis en aval des fleuves, au début de la saison des pluies, qu'ils viennent des "montagnes rondes", des "très grands arbres sans beaucoup de lumière" ou de "la terre de petite herbe plate" ! L'événement extraordinaire perturbant les deux groupes, c'est l'agression perpétrée par un monstre gigantesque et griffu qui écrase un Moh contre un arbre et ôte la vue à Sintshu, une femme Xuah. Dans chacune des bandes, des hommes, aussi observateurs et curieux qu'ils sont courageux, vont se mettre en marche. C'est le Xuah Sheïan, pourtant gravement blessé par ses bâtons en fuyant la bête géante aux "poils roux et noirs". C'est le Loh Aaknah qui, ayant repéré les "attrapeurs" de feu, et surtout accompagné du jeune fougueux Ni'Ata, n'hésite pas à enlever des jeunes femmes de son clan pour approcher les "autres" hommes et progresser dans la connaissance. La rencontre fragile, mêlant les plus fortes émotions aux terreurs surgies du sentiment de l'inconnu, se fera aux abords d'un fleuve en colère, d'une "rivière sans retour". Nul mieux que l'auteur de La Drave, de Quand la rivière gronde (retrouvée ici, avec son "long ventre rempli de grande pluie"), ne pouvait évoquer la dangerosité naturelle des fleuves, aggravée par les pluies diluviennes des moussons et charriant, dans un même élan dévastateur, les troncs, les bêtes ou les hommes. Qui pouvait mieux évoquer la dérive des embâcles, îles flottantes périlleuses chargées de survivants, que le romancier de L'Île aux enragés ou du récit intitulé Les Îles du vacarme, dans lequel il évoque déjà des éléments climatiques en furie. Loin d'être bridé par les contraintes scientifiques qui écartent à jamais le récit du flou chronologique de La Guerre du feu, Pelot réussit le tour de force d'impliquer fortement sa thématique la plus intime, la plus personnelle, tout en offrant au lecteur le roman le plus universel puisqu'il permet à chacun d'être au milieu de ses lointains ancêtres, de partager leurs frissons, leurs émotions, leurs angoisses ou leurs joies. En fait, tout semble se passer comme si, au bout de 150 récits préparatoires, après plus de trente ans d'écriture quasi quotidienne, Pelot plus que jamais doté d'un souffle épique et poétique, mais d'un lyrisme maîtrisé, pouvait enfin donner la vraie mesure de son talent d'écrivain dans une sorte de chef-d'œuvre dont l'originalité et la puissance créatrice s'imposent d'emblée. Cette fois encore, pour rendre ses personnages plus vrais, plus proches, plus sensibles, il a senti la nécessité de créer un langage réduit mais plausible, compte tenu de l'évolution anatomique de "l'homo erectus", révélée par la paléoanthropologie. Si Pelot s'immerge aisément, avec une empathie communicative, au sein de ces groupes dont il restitue les émotions, les conflits, mais aussi les gestes solidaires et les espoirs, sa façon d'être si naturellement au milieu d'eux exclut toute complaisance car il allie, à l'objectivité d'un documentariste, la force évocatrice d'un écrivain sensible et visionnaire. Ce n 'est sans doute pas un hasard si, au bout de la dérive, plus amoureuse que tragique, d'un esquif tournoyant et ivre, comme une éternité rimbaldienne retrouvée, surgit "la mer alliée avec le soleil", ce soleil au nom enfin retrouvé, éclairant "de sa clarté de feu le bord du ciel qui joignait le bord de l'eau".
Quand un romancier et un scientifique se rencontrent, le résultat est formidable. Pierre Pelot et Yves Coppens nous content une histoire située voilà un million d'années. Décimé par des pluies incessantes, un groupe d'Homo erectus se met en marche vers le soleil en portant le feu dans une coque de fruit. Le yeti et d'autres hommes redoutables se dresseront sur leur route… Un roman fabuleux. Petite remarque perso : Un voyage dans le temps, à la rencontre de ceux qui nous nont précédés sur la planète, il y a bien longtemps. Ces hommes et ces femmes qui, de si loins qu'ils nous viennent, ont sans doute laissé au plus profond de nous des traces indélébiles. Ils sont partis vers le soleil, plein d'espoirs. Nous partageons la rudesse de leur vie, leurs combats, leurs émotions.
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