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NOS ADIEUX

Timothy Findley

 

 
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Fiche :

Nos adieux
Auteur :Timothy Findley
Traduit de l'anglais (Canada) par Isabelle Maillet
Editions : Le Serpent à plumes
297 pages.

Résumé :

Un avenir prometteur s’offre à Mi quand elle épouse Graeme Forbes, jeune homme de la bonne société de l’Ontario. Le tableau d’une famille en route pour le bonheur se met en place avec la naissance de Matthew, puis celle de Bonnie. Puis vient 1939. Les forces de la destruction entrent en action : elles vont faire leur œuvre, toucher les points vitaux de cette jeune famille, en hâter la désagrégation et la mener à la déroute.

Comme dans Le Dernier des Fous, c’est par les yeux résignés d’un enfant que le roman progresse et que se brise un monde, sur fond de guerre mondiale et du vrombrissement des avions où montent les héros.

 

La vie privée des grandes personnes
par Lili Braniste - Lire, novembre 1998

"«Le dimanche ils prenaient le thé chez Ellen.» On rêve aussitôt d'un thé de Chine à Toronto dans le salon suranné d'Ellen Forbes, la grand-mère du petit Matthew. Il y a là son père, le beau Graeme, qui n'a rien à dire à son fils, Michael, sa mère, le charme fait mère, qui s'identifie à la fois à Bette Davis et Rita Hayworth, la petite sœur Bonny, un délice dont tout le monde raffole. Sur la cheminée d'Ellen, une rangée de photographies: celles des morts vénérés de la famille. En particulier le frère de Graeme, héros de la Grande Guerre, fièrement posté devant son avion. «Tant qu'elle ne vous met pas là vous n'existez pas», ironise Tante Isabel. C'est vrai, Graeme existe-t-il? On dirait que sa mère lui en veut d'être vivant...

1939. Par une belle journée de septembre, le Canada entre en guerre. Le beau Graeme s'engage joyeusement dans l'armée de l'air. A lui de jouer maintenant. Grand consommateur d'alcool et de femmes, il s'éloigne lentement de la sienne malgré ou à cause d'un malheur qui les frappe. Avec la dernière coiffure de Rita Hayworth juchée sur le sommet du crâne et le recours fréquent à un monologue intérieur très animé, Michael se battra bravement pour reconquérir son mari. Sous les yeux grands ouverts du petit Matthew qui ne se lasse jamais de la vie privée des grandes personnes."

Extrait :


Critique/Presse :

"Il faudrait d'abord parler du charme dont ce livre profondément mélancolique est tissé, et sans en savoir plus sur sa formule magique, il accompagne, enveloppe, éclaire chacun des épisodes, réussissant l'exploit de projeter sur les moments les plus cruels le halo d'une grâce particulière." Lire - Novembre 1998

"Findley décrit ce naufrage froidement. Pas question d’en faire des tonnes, d’en rajouter. Son style est bitannique, tout en retenue, élégant mais diablement efficace." Le Figaro - Bruno Corty - 12 novembre 1998

"Dans Nos Adieux, le Canadien Timothy Findley fait à nouveau de l'isolement le centre de l'existence humaine. Un cri muet entre guerre et folie. Les familiers de Timothy Findley, dont c'est le neuvième roman et le cinquième traduit en français, ne seront pas surpris. Nos Adieux contient tous les thèmes chers à l'écrivain. Une fois encore, la guerre, la famille et la folie forment le triptyque propice à la solitude chère au Canadien anglophone. Mi épouse Graeme Forbes, jeune bourgeois de l'Ontario. La Seconde Guerre mondiale se profile. Forbes décide de s'engager dans le conflit. Le mécanisme de destruction est enclenché. Le ménage va se disloquer peu à peu. Le couple est séparé. Mi élève le jeune Matthew pendant que Graeme participe à un conflit sans combat. Retenu sur une base aérienne, inactif, l'homme s'éloigne progressivement de sa vie familiale.

On entre dans ce roman par une boîte à chaussures remplie de photos, trouvée au marché aux puces. Elle contient toute la vie des Forbes. Le procédé narratif manque d'originalité, mais l'écrivain sait le rendre efficace. Le lecteur s'y laisse prendre facilement, s'attarde comme Findley sur ces corps immobiles qui deviendront bientôt le matériau de l'histoire. Ces fragments contiennent déjà le signe d'une fêlure. Elle ira en s'élargissant.

Il y a chez Findley une obsession de l'image figée. Les photos traversent Nos Adieux de part en part. Les morts de la famille trônent tous sur la cheminée, dans de petits cadres. Matthew reste fasciné par des images représentant son père adolescent : "Graeme lui paraissait incroyablement jeune, les pieds écartés dans ses chaussures à crampons, un bras le long du corps, l'autre serrant le ballon tel le centre du monde autour duquel gravitaient ses coéquipiers." La photo apporte une dimension visuelle à la psychologie des personnages, souvent trouble, impossible à déceler dans le mouvement. Figé, le visage semble se livrer plus facilement en effet. La communication est toujours plus aisée avec ce qui n'est plus. Elle comporte moins de risques.

Chaque personnage semble clos sur lui_même. Le monde de Findley est un univers d'autistes. L'humain déborde de sensibilité mais il lui est impossible de la transmettre. La folie émerge à cet instant-là, lorsque l'intériorité pousse trop fort pour sortir.

Durant le premier conflit mondial, une partie de la famille Forbes est morte en vol. Logiquement, Graeme s'engagera dans les forces aériennes. De sa base, il ne distingue rien. En pénétrant dans la guerre, Graeme devient un fantôme déjà, identique aux membres disparus trônant sur la cheminée : "Son père attendait quelque part au milieu de tout ça, caché, même pas mentionné. C'était comme s'ils venaient d'arriver dans un pays étranger où Graeme n'existait pas, où l'on n'avait jamais entendu parler de lui. Où il était mort." La guerre, même lorsqu'elle est immobile, absorbe définitivement. Son absurdité ne laisse aucune échappatoire.

Timothy Findley ne décrit presque jamais l'extérieur. L'écrivain, en humaniste, s'attache à l'être, à sa souffrance. Ainsi l'italique parcourt-elle le roman entier. Par fines touches, elle matérialise la voix intérieure, ce flot de paroles prononcées pour nous_mêmes, impossible à partager. Tous ces mots forment un cri muet, rentré. Le plus poignant reste la pensée de l'enfant. L'écrivain avait déjà utilisé dans d'autres textes cette possibilité de regard naïf et froid. Matthew ne juge pas. Il se contente toujours d'observer sans comprendre.

Si ce roman est moins déroutant que ne l'était son Chasseur de têtes, il peut être une belle introduction à son oeuvre déjà importante. Le romancier atteint son but. Il écrit parfaitement la solitude de nos corps.

Le Matricule des Anges - Benoît Broyart janv/fév 1999

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