NUIT DE L'ORACLE
 
Paul Auster
 
Aux éditions Acte Sud - Collection Babel
Traduit par Christine Le Boeuf
Première parution française avril 2004 - Poche janvier 2006
235 pages
ISBN : 274275833X
 
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"Je ne rédigeais pas encore l'histoire, je ne faisais que l'esquisser à grands traits et je ne pouvais pas me permettre de m'enliser dans le détail de considérations secondaires. Cela m'aurait contraint à prendre le temps de réfléchir et, pour le moment, je ne souhaitais que foncer droit devant moi, découvrir où allaient me conduire les images que j'avais en tête. Il ne s'agissait pas de maîtrise ; il ne s'agissait même pas de faire des choix. Mon boulot, ce matin-là, consistait simplement à suivre ce qui se passait en moi et pour faire cela, j'avais intérêt à laisser courir ma plume aussi vite que je pouvais" Paul Auster (Page 30)

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Après un long séjour à l'hôpital, l'écrivain Sidney Orr reprend goût à la vie. Mais il est accablé par l'ampleur de ses dettes et par l'angoisse de ne pas retrouver l'inspiration. Un matin, il découvre une nouvelle papeterie au charme irrésistible. Il entre, attiré par un étrange carnet bleu. Le soir même, dans un état second, Sidney commence à écrire dans ce carnet une captivante histoire qui dépasse vite ses espérances. Sans qu'il devine où elle va le conduire, ni que le réel lui réserve les plus dangereuses surprises... Virtuosité, puissance narrative, défi réciproque de l'improvisation et de la maîtrise : La Nuit de l'oracle précipite le lecteur au coeur des obsessions austériennes, dans un face à face entre fiction et destin. Comme si l'imaginaire n'était rien d'autre que le déroulement du temps avant la mort. Ou pire encore, son origine.

 

Extrait :

Il se persuada que les mots qu'il avait écrits au sujet d'une noyade imaginaire avaient provoqué une noyade réelle, que sa fiction tragique avait donné lieu à une tragédie réelle dans le monde réel. En conséquence, cet écrivain au talent immense, cet homme né pour écrire des livres fit le voeu de ne plus jamais écrire. Il avait découvert que les mots pouvaient tuer. Les mots pouvaient altérer la réalité et, par conséquent, ils étaient trop dangereux pour être confiés à un homme qui les aimait par dessus-tout. (...)

Dans les cercles littéraires français, ce silence avait fait de lui une figure de légende. (...)

Nous avons parlé assez longtemps de cette histoire, John et moi, et je me souviens de la fermeté avec laquelle je condamnais la décision de l'écrivain comme une aberration, une lecture erronée du monde. Il n'existait aucun lien entre l'imaginataion et la réalité, disais-je, aucun rapport de cause à effet entre les mots d'un poème et les événements de nos vies. L'écrivain pouvait avoir eu cette impression, mais ce qui lui était arrivé n'était qu'une conïncidence affreuse, une manifestation de la malchance sous sa forme la plus cruelle et la plus perverse. (...)

A ma surprise, John était d'un avis opposé ? Je me demandais s'il me faisait marcher ou essayait seulement de se faire l'avocat du diable, mais il affirmait que la décision de l'écrivain lui paraissait tout à fait sensée et qu'il admirait son ami d'avoir tenu sa promesse. "Les pensées sont réelles, disait-il. Les mots sont réels. Tout ce qui est humain est réel et parois nous savons certaines choses avant qu'elles ne se produisent, même si nous n'en avons pas conscience. Nous vivons dans le présent, mais l'avenir est en nous à tout moment. Peut-être est-ce pour cela qu'on écrit, Sid. Pas pour rapporter des événements du passé, mais pour enprovoquer dans l'avenir." (Pages 216 - 217)

 

Critique/Presse :

Mêlant jusqu'au vertige suspense, gravité et interrogations métaphysiques, l'œuvre de Paul Auster est de plus en plus maîtrisée, avec des personnages toujours emblématiques, qui traquent l'absolu dans l'Amérique urbaine. Après le remarquable Livre des illusions, le wonderboy d'outre-Atlantique nous a offert au printemps dernier cette superbe Nuit de l'oracle, où il ramasse toutes ses obsessions au fil d'un scénario qui tient du polar et de la quête spirituelle, de l'atelier d'écriture et de la chorégraphie hitchcockienne. Sidney Orr, le héros, est un jeune romancier new-yorkais qui vient d'échapper à une terrible maladie. On le croit à tout jamais perdu mais un petit carnet bleu, déniché dans une papeterie de Brooklyn, va changer sa vie. Et lui redonner envie d'écrire, sous le signe de Dashiell Hammett, une histoire hallucinante qui ressemble à une machine infernale... Le résultat ? Un des meilleurs romans de Paul Auster: de la haute voltige, au service du mystère. Magazine Lire

Petite remarque perso :

Paul Auster s’impose en maître de la narration dans cette nuit de l’oracle. Le roman est mené à la manière d'un polar : suspens, déductions, pistes... Je me suis laissée entraîner dans cette histoire, comme je m’étais laissée entraîner dans le livre des illusions.
Comment un auteur écrit-il ? Comment marie-t-il le fictif et le personnel, comment mélange-t-il les ingrédients… Dans quelle mesure l'écrit peut-il influer sur le réel ? Le cahier sur lequel le romancier consigne le fruit de son imagination pourrait-il devenir une forme de journal par anticipation ?
Ce roman imbriqué, où réalité et fiction s’entremêlent dans la forme même…l’histoire du héros, écrivain, est enrichie de celle des personnages qu'il créé. Certains personnages du réel semblent tout à fait incongrus et plutôt fruit de l'imagination... à l'inverse, certains personnages fictifs... Mais tout ceci est un roman. Ce dédale est fascinant …et très "austérien" !

 

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