Fiche
:
Auteur Véronique Olmi
Editeur Actes Sud
Collection Babel, numéro 648
ISBN 274275136X
Résumé
:
Présentation
de l'éditeur :
La famille Delbast est catholique. Cinq frères et sœurs précèdent
Fanny, qui est arrivée bien après les autres, sans qu'on
l'attende et sans qu'on la souhaite. Petite fille solitaire, Fanny adore
son père, mais il ne la voit pas. Trop de choses les séparent,
trop de vie, de retenue aussi. A cinquante ans, Fanny lit les lettres
envoyées du front par son père, qui lui dévoilent
un jeune poilu pétri d'angoisse très différent de
l'homme autoritaire qui l'a élevée. A la lumière
de cette découverte, elle tente alors de trouver, auprès
du veuf centenaire dont elle prend soin désormais, une place qui
ne lui sera plus contestée. C'est avec une sensibilité remarquable
que Véronique Olmi aborde le thème de l'amour filial comme
prétexte à une critique subtile de la bourgeoisie catholique,
et de l'insidieuse violence dont est capable ce monde bien-pensant.
Extrait
:
Toi, tu es entré tout
doucement dans la vieillesse, comme dans une nouvelle peau. Ca a été
une mue lente, insidieuse. De temps à autre, la liaison interrompue
entre ton cerveau et ton corps, des ratés dans la transmission,
dans la circulation de ton sang mal oxygéné… Au début,
tu te battais. Tu allais à contre-courant de ces trahisons. Tu
avalais des médicaments de plus en plus nombreux, des cachets de
toutes les couleurs qui rythmaient tes journées. Le jour où
maman est morte, tu as baissé le rideau. Tu as éteint ta
vie. Oui, tu as beau me demander où elle est, me faire répéter,
depuis qu’elle est partie tu as lâché prise. C’est
à elle que tu tenais, pas à la vie. Moi, quand elle est
morte, j’ai pensé que c’était mon tour. J’allais
te redonner le goût de vivre, nous allions avoir notre temps. J’étais
prête pour le début de notre histoire.
Tu n’étais déjà
plus là. (Page 59)
Critique/Presse
:
Véronique
Olmi réussit un tour de force; écrire l'amour fou d'une
fille à son père alors que tout dans son comportement aurait
pu le rendre haïssable à ses yeux; lucide, elle sait que cet
homme était entier, raciste, colonialiste; mais elle avoue et on
la croit "je t'aime, même réactionnaire". Ce qu'elle
aime, au fond, c'est ce qu'il a été et qu'elle n'a pas connu;
en relisant ses lettres de soldat, elle se souvient du frère de
son père mort à la guerre, sous ses yeux, elle revoit les
éclats d'obus qui ont troué la tête de son père,
d'où ses nombreuses migraines. Et elle pardonne le regard qu'il
n'a jamais posé sur elle, enfant. L'écriture reste dans
la distance, loin du sentiment; pas de larmes; Autant le théâtre
de Véronique tombe parfois dans le drame bourgeois un peu trop
joliment ciselé, autant son roman parle juste, dans une émotion
de chaque instant. France inter
Entre évocations
métaphoriques des moments charnières de son existence et
récit d’événements vécus, on retrouve
ici cette mer si présente dans Bord de mer, son premier roman,
qui ouvre et referme le roman familial comme le siècle passé,
et délimite cette ligne d’horizon, un entre-deux entre la
vie et la mort. Une référence plus cachée à
la religion catholique est peut-être également suggérée
: les limbes des patriarches, séjour des âmes justes avant
la rédemption. Véritable
dispositif de mise en scène de la parole, ce long monologue intérieur
interroge, d’un point de vue sociologique, les problèmes
de générations, de filiation et d’identité.
A travers l’idée de ce couple idéal fille-père,
on voit alors émerger, non sans une certaine ironie, un questionnement
sur cette femme d’aujourd’hui, dont l’actuel célibat,
derrière l’apparence d’un choix, est peut-être
le résultat d’une incapacité à se détacher
de ce père, incarnation des valeurs traditionnelles de la famille
et de la patrie. Fnac.com Tocade
Dans Numéro Six, Véronique Olmi, dramaturge et dont le premier
roman, Bord de Mer, va faire l'objet d'une adaptation au cinéma,
parle de l'amour filial, mais de cet amour filial obsessionnel et pathologique
qui ne dit jamais son nom et ne s'exprime que dans les actes désespérés
d'une enfant qui cherche la voie, n'importe quelle voie, pour exister
aux yeux de son père. Un roman à l'écriture dépouillée
et juste qui raconte la douleur des sentiments quand ceux-ci sont tus.
http://www.axelibre.org/litterature.php?var=veronique_olmi
Petite
remarque perso
: L'écriture
de Véronique Olmi est précise et dépouillée.
Ce livre laisse une étrange impression. Fanny aime son père
d'un amour absolu qui fait presque peur. Elle voudrait capter son regard,
son attention, mais lui est trop occupé, par son travail de médecin,
par ses activités, par ses cinq autres enfants et par sa femme.
Fanny est le numéro six, la petite dernière. Matériellement,
elle a tout ce dont une petite fille a besoin, mais il lui manque l'essentiel.
Elle aime ce père
qui ne la voit quasiment pas. Ses frères et soeurs ont déjà
connus ses soucis, fait ce qu'elle doit faire, appris ce qu'elle doit
apprendre. Pour elle, rien n'est inédit. Elle ne pourra jamais
surprendre. Cinquante ans séparent Fanny de son père. Lorsqu'il
fête ses 100 ans, elle est auprès de lui, elle veille sur
lui, elle lui porte cette attention qu'il ne lui a jamais donnée.
Elle prend sa revenche d'amour. Après Bord de mer, où Véronique
Olmi avait évoqué les problèmes d'une mère
en perdition livrée à la solitude et à l'angoisse...
Numéro six traduit le malaise d'une relation qui n'en a jamais
été une, en tout cas, jamais comme Fanny l'aurait souhaitée.
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