Un Monde A Lire
Ô VERLAINE
 
Jean TEULÉ
 
Aux éditions Pocket
Edition originale : Julliard - 2004
Paru en octobre 2006
337 pages
ISBN : 2-266-15730-2
 
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"Tu nous fuis, comme fuit le soleil sous la mer,
Derrière un rideau lourd de pourpres léthargiques,
Las d'avoir splendi seul sur les ombres tragiques
De la terre sans verbe et de l'aveugle éther..."

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Natif de Béziers, Henri-Albert Cornuty habitait la ferme de ses parents quand son oncle lui offrit pour son quinzième anniversaire les Poèmes saturniens de Paul Verlaine. Cette lecture le troubla si fort que, sans prévenir qui que ce soit, il partit pour Paris rencontrer son idole. Il fit la route à pied et rencontra Verlaine au premier jour de l’automne 1895. Il ne le quitta plus jusqu’à sa mort trois mois plus tard.

Les derniers mois de la vie de Verlaine : alcoolique grandiose, amant frénétique et désordonné (« J’ai toujours été amoureux d’un sexe ou deux… »), bigame maltraité par ses deux compagnes, il tituba jusqu’au tombeau entre l’ignominie et le sublime…
La vie de Verlaine fut extravagante mais les derniers mois de sa vie touchèrent au surréalisme. Il n’avait que cinquante et un ans, perclus de maux : syphilis, altération sanguine, diabète, souffle au cœur, cirrhose du foie, erysypèle infectieux, hydarthrose, pneumonie (il fallut ajouter une seconde pancarte au pied de son lit d’hôpital pour en dresser la liste complète). Et c’est au moment où il ne lui restait qu’une poignée d’admirateurs inconditionnels (dont le préfet Lépine qui interdit aux policiers du Quartier latin d’arrêter Verlaine quelles que soient ses frasques), au moment de la pire déchéance matérielle et morale, au moment où les gloires de l’époque l’accablaient de leur mépris, qu’une vague de sympathie naquit chez les étudiants qui, en quelques mois, en firent leur idole. Ils aimaient sa liberté de ton, la force de ses anathèmes, le désordre de sa vie, le génie de sa poésie. Ils se battaient pour l’écouter dans les cabarets, étripaient les mauvais esprits qui ne partageaient pas leur passion, encombraient sa chambre d’hôpital pour l’écouter déclamer et lui assurèrent à sa mort des funérailles grandioses. Ce jour-là, le Destin poussa la générosité jusqu’à faire tomber le bras de la Poésie après que le corbillard fut passé sous la statue de Carpeaux qui orne la façade de l’Opéra.

Tous les faits sont exacts. Le reste est inventé.

 

"Elle est en peine et de passage,
L'âme qui souffre sans colère..."

 

Extrait :

Vacillant, se cognant à des roues de calèches garées, lui qui n'avait jamais eu de logement –Je ne demeure pas, je loge à la nuit– ne savait où aller. Dans la même journée, il avait été refusé par une giletière, une putain, un irréductible hétéro, peut-être un chien... le souvenir irradiant d'un "fils du Soleil".

Perdu dans la rue, il vomit sa solitude, son absinthe, ses amis disparus, Villiers de L'Isle-Adam –Tu nous fuis, comme fuit le soleil sous la mer–, ses amants, ses maîtresses, J'ai toujours été amoureux d'un sexe ou deux. A la vue de son pitoyable spectacle, les bourgeois se tordirent de rire. (...)

Dans l'ancien frigidarium des Thermes du Nord, les pauvres venaient maintenant dormir à la corde. A un mètre cinquante du sol, Guignard tendait une ficelle le long des murs, en guise de balustrade, et les indigents alignés y posaient leurs avant-bras, debout, une joue au creux d'une épaule. Quand l'un d'eux bougeait, tous les autres ondulaient comme des barques sur la mer... A l'aube, Guignard dénouait la corde et les pauvres tombaient sur les pavés couverts de paille où couraient la vermine et la gale. Un seau commun au centre des thermes pour les ablutions puis tout le monde dehors !

Et Verlaine était là, visage sur la corde comme on lui en avait souvent prédit une enroulée autour de son cou. Dans les grognements, les plaintes de ses frères de misère, il regarda l'architecture des hautes voûtes romaines humides de la cave empestée aussi par ce relent de chou-fleur que soufflaient les vieux plombs du soupirail.

Il en était là.

Lui, né dans la bourgeaoisie de Metz, n'en revenait pas de sa dégringolade : " Ah! quand même c'est emmerdant la misère lorsqu'on a su ce que c'est d'être un peu à son aise..." Un pou courut sur son nez, qu'il chassa des doigts : "Va-t-en, Coppée."

Entre les pierres du plafond, l'eau de la neige des rues s'infiltrait, formait des stalactites de glace qui gouttaient sur son crâne, jouant une petite musique : toc, toc, toc...

Ecoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire.
Elle est discrète, elle est légère :
Un frisson d'eau sur de la mousse ! (Pages 243-245)

 

Critique/Presse :

Jean Teulé, qui avait déjà chaussé les semelles de vent de Rimbaud, se glisse dans l'ombre de Verlaine. Il en offre une belle version désordonnée dans un Paris puant. Un voyage au pays des mauvais esprits par un romancier amoureux des mots. Magazine Lire

Petite remarque perso :

Ce livre, c’est d’abord l’atmosphère de Paris, ses rues bruyantes, ses odeurs, ses fumées, ses ouvriers, ses couleurs aussi, les gris sombres, les rouges éclatants. Et puis Verlaine. Jean Teulé a magnifiquement « croqué » le poète, comme cette série de dessins qui illustrent le livre. Entre ses poèmes sublimes et ses poèmes pornographiques, il fût ce clochard céleste… tout est paradoxe chez cet homme que nul ne sait haïr dès lors qu’il a lu ses écrits. A l’image de ce curé révulsé par la confession du Pauvre Lélian et qui tombe presque à genou en lisant son recueil… La vie de ce petit peuple de Paris, indigent, criant, buvant…
L’originalité de ce roman biographie tient en la perspective ouverte par cet enfant inventé venu voir son idole à Paris. A travers lui, Paul Verlaine prend corps et âme de manière différente.
Lui qui fût si pauvre qu’il ne savait où dormir certains soirs, si ce n’est dans les limbes de quelques fées vertes, aura des funérailles de grand homme. Sa poésie fleurit, merveilleuse, et s’épanouit sur le  sordide d’un quotidien complètement démuni.

 
"Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure
Quoi ! Nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison
"
 

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