Un Monde A Lire
On n'y voit rien - Daniel Arasse
ON N'Y VOIT RIEN
 
Daniel Arasse
 
Edition originale : Denoël 2000 -
Folio essais
216 pages
ISBN : 978 2 07 042764 2
 
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«Non, ce qui me préoccupe, c'est plutôt le type d'écran (fait de textes, de citations et de références extérieures) que tu sembles à tout prix, à certains moments, vouloir interposer entre toi et l'oeuvre, une sorte de filtre solaire qui te protègerait de l'éclat de l'oeurvre et préserverait les habitudes acquises dans lesquelles se fonde et se reconnaît notre communauté académique "(Pages11-12)

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Que fait-on quand on regarde une peinture ? A quoi pense-t-on ? Qu'imagine-t-on ? Comment dire, comment se dire à soi-même ce que l'on voit ou devine ? Et comment l'historien d'art peut-il interpréter sérieusement ce qu'il voit un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout ? En six courtes fictions narratives qui se présentent comme autant d'enquêtes sur des évidences du visible, de Velázquez à Titien de Bruegel à Tintoret, Daniel Arasse propose des aventures du regard. Un seul point commun entre les tableaux envisagés : la peinture y révèle sa puissance en nous éblouissant, en démontrant que nous ne voyons rien de ce qu'elle nous montre. On n'y voit rien ! Mais ce rien, ce n'est pas rien.
Écrit par un des historiens d'art les plus brillants d'aujourd'hui, ce livre adopte un ton vif, libre et drôle pour aborder le savoir sans fin que la peinture nous délivre à travers les siècles.

 
"On dirait que tu pars des textes, que tu as besoin de textes pour interpréter les tableaux, comme si tu ne faisais confiance ni à ton regard pour voir ni aux tableaux pour te montrer, d'eux-mêmes, ce que le peintre a voulu exprimer." Daniel Arasse
 

Extrait :

Je vous vois venir : vous allez encore dire que j'exagère, que je me fais plaisir mais que je surinterprète. me faire plaisir, je ne demande pas mieux, mais, quant à surinterpréter, c'est vous qui exagérez. C'est vrai, j'y vois beaucoup de choses dans cet escargot ; mais après tout, si le peintre l'a peint de cette façon, c'est bien pour qu'on le voie et qu'on se demande ce qu'il vient faire là. Vous trouvez ça normal, vous ? Dans le somptueux palais de Marie, au moment (ô combien sacré de l'Annonciation, un gros escargot qui chemine, yeux bien tendus, de l'Ange vers la Vierge, vous n'y trouvez rien à redire ? Et au tout premier plain, pour un peu, on verrait la piste que sa bave trace derrière lui ! Dans le palais de Marie, si propre, si pure, la Vierge immaculée, ce baveux fait plutôt désordre et, en plus, il est tout sauf discret. Loin de le cacher, le peintre l'a mis sous nos yeux, immanquable. On finit par ne plus voir que lui, par ne plus penser qu'à lui, qu'à ça : qu'est-ce qu'il fait là ? (Pages 31-32)

 
"C'est vrai, j'y vois beaucoup de choses dans cet escargot." Daniel Arasse
 

Critique/Presse :

"Ces cinq chapitres consacrés à Mars et Vénus surpris par Vulcain du Tintoret, à L'Annonciation de Cossa, à L'Adoration des Mages de Bruegel, à La Vénus d'Urbin de Titien, aux Ménines de Vélasquez, ainsi qu'un sixième dévolu à la toison de sainte Madeleine procurent un réel plaisir de lecture et nous tiennent en haleine autant qu'une énigme de roman policier en voie de résolution. " Magazine Lire

Petite remarque perso :

Histoire de l’art… changer un peu de registre et quitter les chemins du roman pour lire ces « tableaux » de Daniel Arasse. Des œuvres célèbres que l'on a forcément croisées ici ou là, au détour d'une salle de musée ou d'une simple reproduction. Daniel Arasse s’arrête sur des détails qui deviennent essentiels à la compréhension de l'oeuvre parce qu’ils l’éclairent et la transfigurent.  Il quitte les sentiers battus et rebattus par les historiens d’art, dont le regard parfois s’opacifie du filtre de la connaissance, de la référence. Arasse  observe le tableau avec le regard neuf, vierge d’un amateur, au sens littéral, d’un homme qui aime, surpris encore et encore par un trait, une couleur, une attitude, un détail. Il s'émerveille, se trouble, s'emporte et nous emporte !

Jamais il n’oublie la vie au profit de l’œuvre. Parce que la main qui manie le pinceau est humaine, qu’elle traduit les contradictions et les passions d’un homme de plain-pied avec son époque… 

Une manière assez inédite d’aborder l’histoire de l’art et plus particulièrement de la peinture. J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture, le ton de l'ouvrage, l'humour, les "analyses" qui s'apparentent à de véritables enquêtes tiennent en haleine d'un bout à l'autre ! Un autre ouvrage du même auteur (Histoires de peintures) propose en écoute un cd reproduisant plusieurs émissions réalisées pour France Culture. Ou comment un escargot devient personnage principal d'une Annonciation, comment un arrière plan devient le portrait lui-même, comment le regard, à tant de siècles d’écart brûle encore de l'énergie vitale de l’artiste…

 

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