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Présentation la revue d'histoire du XIXème siècle : 1857. Mettez dans un vaisseau un équipage gaélique de l'île de Man (située entre l'Angleterre et l'Irlande), sous la houlette du capitaine Kewley, qui fait dans la contrebande d'alcool et de tabac, navigue sans cartes et n'a jamais fait de voyage au long cours. Ajoutez-y un pasteur, le révérend Wilson, en croisade contre les "géologues athées", convaincu d'avoir localisé en Tasmanie le jardin d'Eden, et entendant --pour faire taire les railleries-- le prouver, au prix d'un voyage sur place. Rajoutez à cet équipée déjà mal assortie le docteur Potter, un médecin anglais qui rédige un traité sur la hiérarchie entre les types nationaux et les races, et entreprend, pour étayer son propos, de collecter des corps de "sauvages". Tels sont les principaux ingrédients de l'expédition qui se dirige, à travers mille péripéties, vers la Tasmanie. Un peu d'hisoire : Cette île grande comme l'Irlande, située au sud de l'Australie, avait été découverte en 1642 par le navigateur hollandais Abel Tasman. À partir de 1803, les Anglais l'occupèrent. Ils y établirent une colonie pénitentiaire et y exterminèrent progressivement les quelque 4 000 Mélanésiens qui peuplaient l'île à leur arrivée. Parmi les forçats, les nationalistes irlandais côtoyaient les déportés de droit commun. Jusqu'en 1856, l'île était encore appelée "terre de Van Diemen", du nom du gouverneur général des îles néerlandaises au moment de sa découverte, avant que les Anglais n'en changent le nom, tant la réputation de la colonie était déplorable. C'est un des autres points de vue de ce roman historique érudit : à travers le regard de Peevay, un Aborigène, on voit les Anglais s'installer, développer l'élevage du mouton, enclore les terres, parquer les Mélanésiens dans une réserve crasseuse, et les massacrer quand ils offrent une résistance. Les Anglais bienveillants ne se comportent pas mieux que les criminels endurcis. La rencontre entre les deux groupes est la ligne de fuite du roman. « Vraiment, c’était
un drôle de mystère qu’ils avaient jamais pu tuer tous
les miens pour voler le monde, et même pourquoi ils avaient voulu
le prendre, puisque c’était pas un endroit qu’ils pouvaient
supporter. Ils pouvaient même pas vivre là tout seuls mais
devaient transporter ici et là des morceaux de la ville de Hobart
avec eux. Chaque soir les muletiers montaient les tentes pour dormir dessous,
malgré qu’on était en été maintenant
et qu’il faisait chaud. Ils avaient des tables et des chaises pour
s’asseoir, des tasses pour boire du cognac, et les muletiers allumaient
de grands feux pour faire cuire dessus leur nourriture d’hommes
blancs qui venait de boîtes de conserve, de la viande gluante et
salée aussi répugnante que d’habitude. Les nôtres
ne portaient jamais que des brandons, les étuis de nos morts chéris
pour porter bonheur et des histoires à raconter. On pouvait trouver
ou fabriquer tout le reste en chemin. Mais qui était le chef maintenant
? Pas moi, le seul Palawa, mais eux, qui savaient rien. Ils avaient des
fusils et étaient nombreux, alors que moi j’étais
seulement un serviteur. Et ils riaient quand je vivais comme on doit le
faire, dormant près du feu, sous les étoiles que je connaissais
et trouvant la bonne nourriture, les racines, le gibier, etc…
Matthew Kneale s'est immergé dans les conceptions religieuses, philosophiques et (pseudo-) scientifiques de l'époque. Grâce au contact de sources primaires, il a échappé aux anachronismes fréquents de ce type d'ouvrage. Kneale est parvenu à restituer le point de vue de chacun des principaux protagonistes : le roman est en effet composé d'extraits de journaux privés et de lettres de plus de 20 personnages différents, avec des préoccupations, des styles, des points de vue divers et souvent contradictoires. Nourri d'une réflexion sur la colonisation, sur le racisme, sur la religion, le récit tient en haleine le lecteur de la première à la dernière page ; l'humour et la verve de l'écriture, rendus avec fidélité et talent par le traducteur, s'ajoutent à ces qualités pour faire des Passagers anglais un grand roman historique. Sources de cette page (Résumé et critique) : Fabrice Bensimon - Revue d'histoire du XIXème siècle (Extrait d'article mis en ligne le 04/06/2003) Passionnant, inspiré, érudit, récit épique autant que conte moral, "Les Passagers anglais" a la saveur des grands romans d'aventures d'antan, des réminiscences de Stevenson et de Jules Verne, des accents conradiens. Mais le plus réussi est sans doute la performance littéraire et l'invention linguistique. Roman polyphonique, ce livre donne à entendre une vingtaine de personnages. Michel Abescat, Télérama, 12/06/2002 English passengers est assurément
un grand roman, dans la double lignée des épopées
picaresques du XVIIIe siècle et des récits d'aventures et
de voyages maritimes qui mènent au bout du monde. L'auteur y mêle
talentueusement farce, tragédie et humanisme, et donne aussi voix
à des personnages aussi disparates que rocambolesques. Sitartmag Petite
remarque perso : L'histoire tragique des aborigènes de
Tasmanie. J'ai particulièrement aimé la réflexion
sur la colonisation et cette réalité évidente : quelques
soient les intentions, bonnes ou mauvaises, les "colonisateurs"
n'ont fait qu'aggraver la condition des aborigènes, parce qu'ils
les prenaient pour des sauvages et voulaient leur apporter la "civilisation".
Deux univers s'affrontent sans jamais être capable de se rencontrer
autrement que par la violence ou l'incompréhension. Le livre est
construit sur la juxtaposition de nombreux narrateurs. Des récits,
des journaux intimes, des lettres, ou encore des notes pour un ouvrage
pseudo-scientifique sur les races qui fait froid dans le dos. Un homme
d'église assez fou pour vouloir localiser le "jardin d'Eden"
et partir en croisade contre les hérétiques de tout poil. |