Sortie 3 mars 2004

La jeune fille à la perle

Girl with a Pearl Earring

(Grande-Bretagne / Luxembourg, 2003, 95 mn)

De Peter Webber
Avec Scarlett Johansson, Colin Firth, Judy Parfitt, Tom Wilkinson...

   

Synopsis : 1660. Pour aider sa famille, Griet, jeune fille introvertie et disciplinée devient servante dans la maison des Vermeer à Delft. Le peintre Johannes Vermeer vit et travaille presque en reclus dans son atelier tandis que sa femme aidée de sa mère se chargent de l'intendance et des finances. Il se lie peu à peu d'amitié avec Griet car il perçoit chez elle un don d'appréciation pour les couleurs, les lumières et les proportions. L'oeil sûr, elle prépare en cachette de sa femme les liants et les pigments de ses peintures et le seconde en silence à l'atelier. Van Ruijven, mécène richissime et dévergondé, commande officieusement un portrait de Griet à Vermeer...

 

Critique : L'adaptation à l'écran du roman de Tracy Chevalier, succès littéraire de l'année 2000, a fait l'objet de plusieurs projets, qui sont passés entre les mains de nombres de réalisateurs ou acteurs, de Mike Newell à Ralph Fiennes en passant par Samantha Morton. Il a fini par échouer à un jeune cinéaste à peine sorti des téléfilms, Peter Webber, et à une actrice d'à peine dix-neuf ans en pleine ascension de l'Olympe dont le visage frais et gracieux orne désormais les couvertures des magazines les plus pointus grâce à son rôle dans "Lost in Translation" : Scarlett Johansson.

Le roman, très introspectif, décrivait le sentiments d'une jeune femme, Griet, qui tombe petit à petit amoureuse du peintre Vermeer sans que rien ou presque ne transparaisse de cette idylle, ni entre eux, ni au dehors du monde. Rien sauf un tableau, d'une grâce absolue : "La jeune fille à la perle".

Peter Webber a donc fait le pari d'un film peu bavard, sans voix-off, un film qui s'attarde sur les visages en gros plans comme pour mieux les lire, en prenant le risque de lasser ou d'énerver. A l'opposé d'une production vaniteuse et tape-à-l'oeil, les décors et les costumes existent simplement sans voler l'attention qui peut alors se centrer sur les acteurs, tous exceptionnels jusqu'au seconds rôles. Et si la lumière ciselée d'Eduardo Serra rejoint parfois celle qui fit la gloire du peintre - un soleil d'or filtré qui tombe de la gauche du cadre - elle file la plupart du temps le long d'une obscurité travaillée mais simple, au service des sentiments des personnages plutôt que située dans un esthétisme vain. Peter Webber fait ici ses armes de mise en scène en cinéma. Il s'en sort plutôt bien et construit les scènes au diapason de la sensibilité à fleur de peau des personnages en utilisant par instants de belles métaphores visuelles. Par exemple, deux images entourent le récit d'un symbole énigmatique : Griet, perdue dans Delft, s'arrête au milieu d'une place pour retrouver sa route. Vue de haut, elle vient sans le vouloir d'entrer dans un cercle dessiné au sol en pierre. A la fin de l'histoire, Griet part, s'arrête un instant au bord du même cercle puis en sort. Le cercle d'une destinée qui l'a enfermée et libérée d'un même mouvement secret.


Delphine Valloire - ARTE

Petite remarque perso : J'avais déjà beaucoup aimé le roman. Il est rare que j'aille voir un film après avoir lu le livre. La peur d'être déçue, la crainte aussi de "perdre" mes personnages, car une fois l'image vue, il est difficile d'en faire abstraction. Un livre est une magie, une alchimie de mots, qui par le talent d'un auteur, nous ouvre les portes de l'imaginaire. Alors qu'un film fige. S'il est réussi nous y prenons plaisir, mais jamais plus nous ne pourrons retrouver les personnages du roman tels que nous les avions créés...

Pourtant, ce film est une réussite de finesse, de suggestion, de pudeur dans l'expression des sentiments. De sensualité aussi, tout passe par un regard appuyé, un geste appliqué, un frôlement... Quel bonheur de retrouver ces intérieurs hollandais que Vermeer savait si bien peindre, ou encore ces superbes paysages tout en ombre et en lumière... Les costumes, les couleurs...

La magie a opéré et je n'ai pas vu le temps passer... Emue et émerveillée, j'ai passé cet après-midi là, un moment fort agréable avec la jeune fille à la perle..

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