Synopsis
: 1660. Pour aider sa famille, Griet, jeune fille introvertie et
disciplinée devient servante dans la maison des Vermeer à
Delft. Le peintre Johannes Vermeer vit et travaille presque en reclus
dans son atelier tandis que sa femme aidée de sa mère
se chargent de l'intendance et des finances. Il se lie peu à
peu d'amitié avec Griet car il perçoit chez elle un
don d'appréciation pour les couleurs, les lumières
et les proportions. L'oeil sûr, elle prépare en cachette
de sa femme les liants et les pigments de ses peintures et le seconde
en silence à l'atelier. Van Ruijven, mécène
richissime et dévergondé, commande officieusement
un portrait de Griet à Vermeer...
Critique
: L'adaptation à l'écran du roman de Tracy Chevalier,
succès littéraire de l'année 2000, a fait l'objet
de plusieurs projets, qui sont passés entre les mains de
nombres de réalisateurs ou acteurs, de Mike Newell à
Ralph Fiennes en passant par Samantha Morton. Il a fini par échouer
à un jeune cinéaste à peine sorti des téléfilms,
Peter Webber, et à une actrice d'à peine dix-neuf
ans en pleine ascension de l'Olympe dont le visage frais et gracieux
orne désormais les couvertures des magazines les plus pointus
grâce à son rôle dans "Lost in Translation"
: Scarlett Johansson.
Le
roman, très introspectif, décrivait le sentiments
d'une jeune femme, Griet, qui tombe petit à petit amoureuse
du peintre Vermeer sans que rien ou presque ne transparaisse de
cette idylle, ni entre eux, ni au dehors du monde. Rien sauf un
tableau, d'une grâce absolue : "La jeune fille à
la perle".
Peter
Webber a donc fait le pari d'un film peu bavard, sans voix-off,
un film qui s'attarde sur les visages en gros plans comme pour mieux
les lire, en prenant le risque de lasser ou d'énerver. A
l'opposé d'une production vaniteuse et tape-à-l'oeil,
les décors et les costumes existent simplement sans voler
l'attention qui peut alors se centrer sur les acteurs, tous exceptionnels
jusqu'au seconds rôles. Et si la lumière ciselée
d'Eduardo Serra rejoint parfois celle qui fit la gloire du peintre
- un soleil d'or filtré qui tombe de la gauche du cadre -
elle file la plupart du temps le long d'une obscurité travaillée
mais simple, au service des sentiments des personnages plutôt
que située dans un esthétisme vain. Peter Webber fait
ici ses armes de mise en scène en cinéma. Il s'en
sort plutôt bien et construit les scènes au diapason
de la sensibilité à fleur de peau des personnages
en utilisant par instants de belles métaphores visuelles.
Par exemple, deux images entourent le récit d'un symbole
énigmatique : Griet, perdue dans Delft, s'arrête au
milieu d'une place pour retrouver sa route. Vue de haut, elle vient
sans le vouloir d'entrer dans un cercle dessiné au sol en
pierre. A la fin de l'histoire, Griet part, s'arrête un instant
au bord du même cercle puis en sort. Le cercle d'une destinée
qui l'a enfermée et libérée d'un même
mouvement secret.
Delphine Valloire - ARTE
Petite
remarque perso : J'avais déjà beaucoup
aimé le roman. Il est rare que j'aille voir un film après
avoir lu le livre. La peur d'être déçue, la
crainte aussi de "perdre" mes personnages, car une fois
l'image vue, il est difficile d'en faire abstraction. Un livre est
une magie, une alchimie de mots, qui par le talent d'un auteur,
nous ouvre les portes de l'imaginaire. Alors qu'un film fige. S'il
est réussi nous y prenons plaisir, mais jamais plus nous
ne pourrons retrouver les personnages du roman tels que nous les
avions créés...
Pourtant,
ce film est une réussite de finesse, de suggestion, de pudeur
dans l'expression des sentiments. De sensualité aussi, tout
passe par un regard appuyé, un geste appliqué, un
frôlement... Quel bonheur de retrouver ces intérieurs
hollandais que Vermeer savait si bien peindre, ou encore ces superbes
paysages tout en ombre et en lumière... Les costumes, les
couleurs...
La
magie a opéré et je n'ai pas vu le temps passer...
Emue et émerveillée, j'ai passé cet après-midi
là, un moment fort agréable avec la jeune fille à
la perle..
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