Un Monde A Lire
La Perte en héritage
La perte en héritage
 
Kiran DESAI
 
Traduit de l'anglais (Inde) par Claude et Jean Demanuelli
Aux éditions des Deux Terres
Paru en 2007 pour l'édition française (2006 édition originale)
400 pages
ISBN : 978-2-84893-043-5
 
Liste des livres
Liste des auteurs
   

"Il se réfugia dans une solitude de jour en jour plus pesante. Solitude qui devint bientôt une habitude, habitude qui finit par définir l'homme et le réduire à l'état d'ombre. "(Page 84)

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Orpheline à seize ans, Sai, qui a passé plusieurs années sous la férule des bonnes sœurs, se retrouve chez son grand-père, juge de district à la retraite, dans le nord de l'Inde. Elle vit les enchantements et désenchantements du premier amour, sous l'œil distrait du cuisinier de son grand-père, le père de Biju. Biju, lui, attiré par le mythe américain, s'est expatrié à New York. Sa quête d'identité passe par la solitude, le dépouillement, l'exploitation des sans-papiers, et finalement, le retour au pays. La Perte en héritage est l'histoire d'êtres dépouillés de leur culture, déçus par l'Occident, et qui cherchent tant bien que mal à recouvrer leur dignité.

 
"La vie était passé à côté d'elle et, à cette époque, il fallait que les choses aillent vite pour une fille, sinon il ne se passait rien. " (Page139)
 

Extrait :

Les livres la rendaient fébrile. Elle s'était mise à lire, plus vite, et toujours plus, jusqu'à pénétrer au coeur du récit, à sentir le récit vivre en elle, les pages filant sous ses yeux, son pouls s'accélérant tant et si bien... qu'elle ne pouvait plus s'arrêter. C'est ainsi qu'elle avait lu Ne tires pas sur l'oiseau moqueur, Cider with Rosie et Notre Père et nous, empruntés à la bibliothèque du Gymkhana Clyb. Et puis il y avait ces photos dans le National Geographic : l'amazone chocolatée, l'âpre Terre de Feu, escargot aux transparences de papillon plongé dans la mer, et même une vieille marison japonaise assoupie sous la neige... Elle découvrit que ces images l'affectaient souvent au point de la rendre incapable de lire les légendes, si fort était le sentiment qu'elles généraient, si douloureux le désir. Elle se rappelait ses parents, l'espoir qu'avait nourri son père de voyager un jour dans l'espace. Elle examiniait les photographies prises par satellite d'un nuage rouge soulevé par un orage à la surface du Soleil, éprouvait une terrible nostalgie pour ce père qu'elle n'avait pas connu, et s'imaginait qu'elle aussi devait sûrement avoir en elle cette même soirf de quelque chose au-delà de l'ordinaire.

Elle avait alors l'impression que la vie à Cho Oyu et les habitudes du juge lui rognaient les ailes.

"De temps en temps, je me dis que j'aimerais vivre au bord de la mer, soupira Noni. Là-bas, au moins, il y a toujours le mouvement des vagues"

Il y avait très longtemps de cela, quand elle était encore une toute jeune femme, à digha, elle avait découvert ce que c'était que d'être soulevée par le mystrieux océan. elle regarda les montagnes, leur immobilité parfaite.

"Le massif de l'Himalaya était sous les eaux autrefois, dit Sai, qui le savait pour l'avoir lu. On a trouvé des ammonites sur l'Everest." (Page 140)

 
"Il appartenait à une génération pour laquelle, partout dans le monde, il était plus facile d'oublier que de se souvenir, et plus leurs enfants les pressaient de questions, plus ces gens perdaient la mémoire. " (Page 182)
 

Petite remarque perso :

L'Inde est au centre du roman, l'Inde multiple, toujours tiraillée entre le colonialisme pas si lointain, la tradition forte encore, le désir de partir gagner de l'argent aux Etats Unis, celui de revenir au pays, celui cruel de ne jamais rentrer. Les amours sont contrariés, entre douceur et brutalité, vie domestique et appel de l'histoire en marche. Les soulèvements, la guérilla... Une Inde que l'on connaît si mal, exotique à souhait pour les amateurs de grands espaces mystiques aux flancs de l'Himalaya mais simplement quotidienne pour les indiens.

Je suis entrée doucement dans ce roman, les personnages sont pétris de ces brumes qui enveloppent la montagne. Ils se dessinent petit à petit, puis, au fil de l'histoire, prennent forme et puissance.

Une vraie réussite que ce roman, la réflexion est impressionnante de sagesse et de justesse... Partir de chez soi, s'exiler, changer de pays, devenir un étranger ici et là-bas, étranger à son propre reflet, reflet de plus en plus transparent sur le miroir, la vie se retire de celui qui part, se retire de ceux qu'il laisse derrière lui... ne reste qu'une réalité que l'on n'ose plus regarder en face. Réflexion aussi sur l'engagement politique, ces jeunes en marche vers la violence, l'action qui soudain semble échapper à chacun pour se terminer dans un bain de sang.

 
"Dix quinze ans passaient et un beau jour arrivait le télégramme ou l'appel téléphonique : le père ou la mère était mort et l'enfant arrivait trop tard. Ou bien il rentrait pour découvrir qu'il avait manqué le dernier quart d'une vie et que ses parents avaient l'air de négatifs de photos. "(Page444)
 

Haut de la page

Laisser un commentaire sur le Livre d'Or

Retour accueil