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LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH
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Liste des livres
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Auteur Philippe
Claudel
Présentation de l'éditeur : Monsieur Linh est un vieil homme. Il a
quitté son village dévasté par la guerre, n’emportant
avec lui qu’une petite valise contenant quelques vêtements
usagés, une photo jaunie, une poignée de terre de son pays.
Dans ses bras, repose un nouveau-né. Les parents de l’enfant
sont morts et Monsieur Linh a décidé de partir avec Sang
Diû, sa petite fille. Après un long voyage en bateau, ils
débarquent dans une ville froide et grise, avec des centaines de
réfugiés.
Extrait : Six semaines. C’est le temps que dure le voyage. Si bien que lorsque le bateau arrive à destination, la petite fille a déjà doublé le temps de sa vie. Quant au vieil homme, il a l’impression d’avoir vieilli d’un siècle. Parfois, il murmure une chanson à la petite, toujours la même, et il voit les yeux du nourrisson s'ouvrir et sa bouche aussi. Il la regarde, et il aperçoit davantage que le visage d'une très jeune enfant. Il voit des paysages, des matins lumineux, la marche lente et paisible des buffles dans les rizières, l'ombre ployée des grands banians à l'entrée de son village, la brume bleue qui descend des montagnes vers le soir, à la façon d'un châle qui glisse doucement sur des épaules. Le lait qu’il donne à l’enfant coule sur le bord de ses lèvres. Monsieur Linh n’a pas l’habitude encore. Il est maladroit. Mais la petite fille ne pleure pas. Elle retourne au sommeil, et lui, il revient vers l’horizon, l’écume du sillage et le lointain dans lequel, depuis bien longtemps déjà, il ne distingue plus rien. Enfin, un jour de novembre, le bateau parvient à sa destination, mais le vieil homme ne veut pas en descendre. Quitter le bateau, c’est quitter vraiment ce qui le rattache encore à sa terre. Deux femmes alors le mènent avec des gestes doux vers le quai, comme s’il était malade. Il fait très froid. Le ciel est couvert. Monsieur Linh respire l’odeur du pays nouveau. Il ne sent rien. Il n’y a aucune odeur. C’est un pays sans odeur. Il serre l’enfant plus encore contre lui, chante la chanson à son oreille. En vérité, c’est aussi pour lui-même qu’il la chante, pour entendre sa propre voix et la musique de sa langue. (Pages 11-12)
Petite remarque perso : Beaucoup de poésie dans le livre de Philippe Claudel. Un bruissement d'âme, la nostalgie d'un vieil homme décidé à sauver sa petite fille. Il fuit son pays, fuit la mort... Pour lui insuffler l'élan de vie ? Et puis une amitié improbable, tissée de souvenirs mêlés. Puissante et douce. Une amitié de toujours qui regarde au delà des apparences, entend au delà des mots, comprend au delà des langages... Pays rêvé, pays vécu... L'espoir revêtu de soie rose tenu dans les bras d'un vieil homme... L'espoir d'emporter un peu d'Orient en Occident ? L'espoir d'une aube nouvelle à laquelle on ne croirait pas s'il n'y avait l'enfant... Un roman émouvant, d'une infinie délicatesse.
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