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PETITE MUSIQUE DES ADIEUX

Jennifer JOHNSTON

 

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Fiche :

Editeur(s) :10/18
Collection : DOMAINE ÉTRANGER N°3679
Genre : ROMAN CONTEMPORAIN
Date de Parution : 06/08/2004

Présentation : format poche Broché - 170 g - 10 cm x 18 cm
ISBN : 226404019X - EAN : 9782264040190

 

Résumé :

Lorsqu'ils se croisent par hasard sur les hauteurs de Dublin, Clara et Lar sont deux êtres meurtris, éprouvés par l'existence. Pour le reste, tout les sépare : la politique, la religion, leurs tempéraments respectifs. Instinctivement, chacun se méfie du miroir que le malheur de l'autre lui tend. Pourtant, la rencontre aura lieu, pleine de tensions, d'incompréhension, mais aussi d'espoir. Une de ces rencontres qui, insensiblement, modifient le cours de nos destinées... Dans un style limpide, Jennifer Johnston, considérée comme l'un des plus grands écrivains irlandais contemporains, nous offre avec Petite Musique des adieux une magnifique composition à deux voix.

 

Extrait :

«Pourquoi avez-vous dit que l’Histoire vous avait vidés de vos tripes ?

– Il me semble que c’est la vérité. Nous n’avons rien dans le ventre, pas seulement ma famille, qui reste muette, mais un paquet d’entre nous. Nous nous sommes laissé collectivement malmener. C’est peu courageux, franchement, admettez-le. Honteux, quand on y pense. Nous avons souscrit sérieusement à la philosophie du : « Quoi que vous disiez, ne dites rien. » Nous n’avons pas élevé la voix contre la conduite insensée des unionistes et maintenant nous sommes incapables d’élever nos voix contre la conduite insensée des républicains. Nos voix ont disparu il y a des années avec nos tripes, nous nous sommes vidés comme des lapins. Pardon.

– De quoi vous excusez-vous ?

– Des mots excessifs.

– Des pensées excessives peut-être, dit-elle, mais les mots paraissent très banals »

Elle avala une gorgée de thé, se brûla le fond de la gorge. Elle fit une grimace et porta ses mains à son cou.

«Nous ne valons pas bien cher non plus par ici, à dire vrai.» Elle reposa la tasse sur la table et la regarda avec colère. « Je recommence chaque fois. Je m’étonne qu’il me reste encore un bout de peau, des amygdales ou autre chose à l’intérieur. D’ailleurs, je n’ai plus d’amygdales. On me les à ôtées lorsque j’avais onze ans. C’était la mode en ce temps-là, qu’elles vous causent des ennuis ou non. Médecine préventive. Enlevez les amygdales et les végétations avant qu’elles ne commencent à se manifester. Une expérience plutôt désagréable. Nous y sommes tous passés. Un rite obligé de la classe bourgeoise. »

Il la fixait d’un air sombre.

« Bon, dit-elle en agitant la main vers lui. Ne me dévisagez pas ainsi. Je ne veux pas entendre parler du Nord, c’est tout. Pas de Nord dans cette maison. Vous pouvez me parler de votre femme, de votre enfant, de votre mère, de vos espoirs et de vos criantes, de vos rêves perdus, mais pas du Nord. Pas de ces conneries de « vidés de nos tripes par l’Histoire ». Ne polluez pas ma maison avec ça. Quand vous aurez envie de ce genre de conversation, nous irons au pub. Ou marcher sous la pluie. »

Elle sortit une clé de sa poche et la lui tendit. (Pages 100-101)

 

Critique/Presse :

"La romancière dublinoise née en 1930, lauréate du prix Whitbread pour Une histoire irlandaise (Denoël, 1983), se rappelle à nous par sa divine Petite musique des adieux (10/18). Elle y porte à une sorte d'incandescence mélodieuse et fugace les petits riens de l'existence; déjà le deuil, le souvenir, l'ambivalence des sentiments, déjà cette manière légère, rapide et fluide de frapper à l'essentiel. Ses romans, qui tous parlent du réapprentissage de la vie, sont d'une maîtrise impressionnante; leur déroulement, d'une implacable douceur." Magazine Lire - Michel Grisolia - Septembre 2004

Jennifer Johnston, pilier des lettres irlandaises, réussit une oeuvre superbe. Son héroïne, drôle et sensible, secoue le cocotier des convenances, entre dans le lard de tous ceux qui l'empêchent d'avancer, s'accroche à la vie comme à un arbre plein d'épines. ... Remarquable entomologiste des sentiments, Jennifer Johnston excelle à composer des héros cabossés, des personnages en crise, agrippés comme ils peuvent à ce qui leur reste de vie. (Christine Ferniot, Télérama, 10/09/2003)

Petite remarque perso : Si je dis : "deux êtres soignent leurs blessures", –leurs déchirures serait un terme plus approprié– immédiatement on va penser à une histoire affligeante, un peu mélo... Pourtant, c'est tout le contraire. Oh la vie n'a pas été tendre avec ces deux êtres-là. L'une, Clara, dit sans détour ce qu'elle pense et se soigne à grand renfort d'autodérision, l'autre, Lar, s’arrime à sa douleur et craint de perdre ses souvenirs en perdant le mal qu’ils lui font… Chacun ses techniques, l’une pour vivre, l’autre pour ne pas se laisser déposséder de sa mémoire. Une ode à la liberté d'éprouver et de réagir face au drame. Au diable les convenances, les bons sentiments et les conseils « avisés ». J’ai aimé cette manière de laisser aux êtres leur « libre arbitre ». Face à eux-mêmes puis l’un en face de l’autre, ils se sont reconstruits sans se renier. Ils ont fait "deuil" commun... Quelle belle approche de vie. J'ai failli dire leçon, mais c'est tout le contraire. Jennifer Johnston évoque l'Irlande du Nord à petites touches discrètes, non en décrivant des scènes de violence, mais en les plaçant au coeur des hommes et des femmes qu'elles touchent... et qui doivent "vivre avec".

 

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