LE PINGOUIN

Andreï KOURKOV

 

 

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L'existence est une route, et si on prend la tangente, elle est plus longue. Et là, le processus compte plus que le résultat, puisque l'aboutissement est toujours le même : la mort. A. Kourkov

 

Fiche :

Auteur Andreï Kourkov
Traduction Nathalie Amargier
Editeur Seuil
Date de parution 02/2005
Première parution française : Editions Liana Levi - 2000
Collection Points, numéro 842
Nombre de pages 288 pages
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2020477815

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Victor Zolotarev a recueilli chez lui un pingouin que le zoo de Kiev, au bord de la faillite, n'avait plus les moyens de nourrir. Micha est comme tous les animaux grégaires: sans ses congénères, il est perdu, désorienté et plonge dans la neurasthénie. Dépressif, Victor l'est aussi. Journaliste au chômage, c'est à peine s'il a de quoi survivre. Et nourrir deux personnes n'est pas une mince affaire dans un pays déboulonné. Lorsqu'un patron de presse lui propose d'écrire des "petites croix", des nécrologies pour des personnalités pourtant encore en vie, Victor ne se pose aucune question et fonce. C'est un boulot tranquille et lucratif. Il rédige avec fougue des notices fleuries, jusqu'au jour où les "petites croix" se mettent à mourir, de plus en plus nombreuses.

S'agit-il de crimes commandés par la mafia ? De réglements de comptes politiques ? Malgré les ballets de limousines, les visites nocturnes dans son appartement, les enterrements somptueux où Micha parade, Victor reste le témoin passif d'un monde déboussolé et sans règles, où domine la loi du plus fort, métaphore de l'ex-Union soviétique.

Le Pingouin est un roman à suspense, qui manie avec légéreté l'humour tragique, fait de l'absurde une norme et du sordide un univers comique.

Faites vous œuvre de témoignage sur les égarements de votre pays ?
A.K. : j'ai écrit mon premier livre, Le pingouin au milieu des années 90, la situation était alors pire à cause de la corruption, du crime organis
é. Maintenant, les gens de cette génération criminelle sont devenus des gens importants et légaux, des entrepreneurs, des hommes politiques. Cela ressemble au Chicago des années 30 ! Mais d'un autre côté, la vie est plus civilisée. Je l'écris dans ce roman : "Cette rencontre subite, la vie courante l'emplit de nostalgie. Ce n'était pas l'URSS qu'il regrettait, mais la cohésion de ce monde enfui, et la possibilité qu'il offrait d'être soi-même cohérent".

Comment vous est venu l'idée des "petites croix", ces notices nécrologiques que votre héros rédige pour un quotidien ?
A. K. : je voulais d'abord écrire deux romans, l'un sur un homme adoptant un pingouin, l'autre sur un rédacteur de chroniques nécrologiques. J'ai fondu les deux en un. Je trouve en fait beaucoup d'absurdité dans la vie courante, mais ce qui est drôle c'est lorsque j'écris, la vie semble encore plus développer ce côté absurde.

Pourquoi le pingouin ? C'est d'évidence une métaphore de l'homo sovieticus mais tout de même...Etes-vous devenu un spécialiste de la biologie de cet animal ?
A.K. : le pingouin est un animal collectif. Dans un groupe, il existe comme un organisme. Quand vous essayez de séparer un pingouin de son groupe, il est désorienté. La même chose s'est passée en URSS. Tout était organisé par le Parti communiste, il fallait rester passif. Mais au début des années 90, la structure était cassée, les habitants étaient finalement dans la même situation que les pingouins !

À côté de cela, je me suis effectivement spécialisé dans la vie des pingouins, j'ai cherché quantités d'informations, même sur Internet.

http://www.conversations-strasbourg.com/04061.htm

 

Extrait :

Le dégel était de retour. Début mars, il était plus que temps.

Victor attendait la belle saison, comme si la chaleur allait résoudre tous ses problèmes. Pourtant, lorsqu’il y pensait, il comprenait bien qu’il n’avait pas de réels ennuis. Il lui restait de l’argent, d’autant plus que son chef l’avait inopinément remboursé à l’aide du mystérieux « service postal nocturne » ; dans l’armoire, le sac qui contenait le pistolet recelait aussi une jolie liasse de billets verts, et même s’ils étaient à Sonia, il estimait, en tant que tuteur non officiel, avoir un droit moral sur une partie de ces dollars. Nina continuait à s’occuper de la petite du matin au soir, à la maison ou dehors, laissant Victor seul avec lui-même. Les nuits les réunissaient, et tout en sachant que ce n’était ni de l’amour, ni de la passion, il attendait que vienne le soir, son corps et ses mains l’attendaient. Pendant qu’il l’enlaçait, la caressait et faisait l’amour avec elle, il oubliait tout. La chaleur de sa peau lui semblait être ce printemps qu’il espérait avec impatience. Au milieu de la nuit, lorsqu’elle était plongée dans le sommeil, respirant avec un bruit discret, il gardait les yeux ouverts, empreint du sentiment étrange et douillet d’une vie bien ordonnée. Il pensait alors qu’il avait tout ce qu’il faut pour mener une existence normale : une femme, un enfant, un animal de compagnie. La fusion de ces quatre éléments restait artificielle, il en était conscient, mais rejetait cette idée au profit de son bien-être et de cette illusion provisoire de bonheur. Et de fait, peut-être que ce bonheur n’était pas aussi illusoire que le bon sens matinal de Victor l’affirmait. En tout cas, la nuit, il se fichait de ses réflexions du matin. La simple succession de la béatitude nocturne et du retour sur terre au réveil, la simple pérennité de cette succession semblaient démontrer qu’il était à la fois heureux et lucide. Donc tout allait bien, et la vie valait la peine d’être vécue. (Pages 183-184)

 

Critique/Presse :

« Impossible (et peu souhaitable, la lecture en est si savoureuse !) de résumer les mille et une aventures que partagent un homme naïf et un pingouin mélancolique. » Télérama

« Andreï Kourkov nous livre un vrai roman comique, qui décrit la corruption en Ukraine. Les personnages sont placés dans des situations déprimantes mais le livre ne l’est pas, car Kourkov crée un décalage où l’absurde devient normal et le sordide comique. Polyglotte et scénariste de cinéma, il a fait un Pingouin triste à rire. » Le Monde

Petite remarque perso : Ce livre, je l'ai commencé et ne l'ai plus lâché. Le suspens ? Certes, mais pas seulement, les personnages de Kourkov sont décalés, le pingouin, avec sa neurasthénie, semble condenser tous les troubles de la société dans laquelle il s'ennuie... Le regard de Victor sur le sordide et l'absurdité du monde qui l'entoure est d'une grande lucidité immanquablement teintée de dérision. Et puis cette atmosphère de grisaille, où les choses importantes, grâves ne le sont pas vraiment ou alors le sont tellement qu'elles en perdent toute gravité pour en devenir presque comiques ! En arrière plan, la mafia joue à la vie à la mort. L'Union Soviétique n'existe plus, toutes les valeurs semblent volatilisées. Victor écrit les nécrologies de personnalités qui étrangement meurent presque aussitôt dans de tragiques accidents pas vraiment accidentels. Il vit au jour le jour, le pingouin, il l'a récupéré dans un zoo qui ne pouvait plus le nourrir, Sonia, elle lui est tombée dessus parce que son père ne savait plus qu'en faire... Les "petites croix" représentent son gagne-pain, ce travail quotidien auquel il s'accroche. Et la vie va, doucement, et Victor suit les enterrements, accompagné de Micha, son pingouin. La dérison, l'humour noir font de ce livre une véritable satire d'une société en dissolution.

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