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Auteur Andreï
Kourkov
Présentation de l'éditeur : Victor Zolotarev a recueilli chez lui un pingouin que le zoo de Kiev, au bord de la faillite, n'avait plus les moyens de nourrir. Micha est comme tous les animaux grégaires: sans ses congénères, il est perdu, désorienté et plonge dans la neurasthénie. Dépressif, Victor l'est aussi. Journaliste au chômage, c'est à peine s'il a de quoi survivre. Et nourrir deux personnes n'est pas une mince affaire dans un pays déboulonné. Lorsqu'un patron de presse lui propose d'écrire des "petites croix", des nécrologies pour des personnalités pourtant encore en vie, Victor ne se pose aucune question et fonce. C'est un boulot tranquille et lucratif. Il rédige avec fougue des notices fleuries, jusqu'au jour où les "petites croix" se mettent à mourir, de plus en plus nombreuses. S'agit-il de crimes commandés par la mafia ? De réglements de comptes politiques ? Malgré les ballets de limousines, les visites nocturnes dans son appartement, les enterrements somptueux où Micha parade, Victor reste le témoin passif d'un monde déboussolé et sans règles, où domine la loi du plus fort, métaphore de l'ex-Union soviétique. Le Pingouin
est un roman à suspense, qui manie avec légéreté
l'humour tragique, fait de l'absurde une norme et du sordide un univers
comique.
Le dégel était de retour. Début mars, il était plus que temps. Victor attendait
la belle saison, comme si la chaleur allait résoudre tous ses problèmes.
Pourtant, lorsqu’il y pensait, il comprenait bien qu’il n’avait
pas de réels ennuis. Il lui restait de l’argent, d’autant
plus que son chef l’avait inopinément remboursé à
l’aide du mystérieux « service postal nocturne »
; dans l’armoire, le sac qui contenait le pistolet recelait aussi
une jolie liasse de billets verts, et même s’ils étaient
à Sonia, il estimait, en tant que tuteur non officiel, avoir un
droit moral sur une partie de ces dollars. Nina continuait à s’occuper
de la petite du matin au soir, à la maison ou dehors, laissant
Victor seul avec lui-même. Les nuits les réunissaient, et
tout en sachant que ce n’était ni de l’amour, ni de
la passion, il attendait que vienne le soir, son corps et ses mains l’attendaient.
Pendant qu’il l’enlaçait, la caressait et faisait l’amour
avec elle, il oubliait tout. La chaleur de sa peau lui semblait être
ce printemps qu’il espérait avec impatience. Au milieu de
la nuit, lorsqu’elle était plongée dans le sommeil,
respirant avec un bruit discret, il gardait les yeux ouverts, empreint
du sentiment étrange et douillet d’une vie bien ordonnée.
Il pensait alors qu’il avait tout ce qu’il faut pour mener
une existence normale : une femme, un enfant, un animal de compagnie.
La fusion de ces quatre éléments restait artificielle, il
en était conscient, mais rejetait cette idée au profit de
son bien-être et de cette illusion provisoire de bonheur. Et de
fait, peut-être que ce bonheur n’était pas aussi illusoire
que le bon sens matinal de Victor l’affirmait. En tout cas, la nuit,
il se fichait de ses réflexions du matin. La simple succession
de la béatitude nocturne et du retour sur terre au réveil,
la simple pérennité de cette succession semblaient démontrer
qu’il était à la fois heureux et lucide. Donc tout
allait bien, et la vie valait la peine d’être vécue.
(Pages 183-184)
« Impossible (et peu souhaitable, la lecture en est si savoureuse !) de résumer les mille et une aventures que partagent un homme naïf et un pingouin mélancolique. » Télérama « Andreï Kourkov nous livre
un vrai roman comique, qui décrit la corruption en Ukraine. Les
personnages sont placés dans des situations déprimantes
mais le livre ne l’est pas, car Kourkov crée un décalage
où l’absurde devient normal et le sordide comique. Polyglotte
et scénariste de cinéma, il a fait un Pingouin triste à
rire. » Le Monde Petite remarque perso : Ce livre, je l'ai commencé et ne l'ai plus lâché. Le suspens ? Certes, mais pas seulement, les personnages de Kourkov sont décalés, le pingouin, avec sa neurasthénie, semble condenser tous les troubles de la société dans laquelle il s'ennuie... Le regard de Victor sur le sordide et l'absurdité du monde qui l'entoure est d'une grande lucidité immanquablement teintée de dérision. Et puis cette atmosphère de grisaille, où les choses importantes, grâves ne le sont pas vraiment ou alors le sont tellement qu'elles en perdent toute gravité pour en devenir presque comiques ! En arrière plan, la mafia joue à la vie à la mort. L'Union Soviétique n'existe plus, toutes les valeurs semblent volatilisées. Victor écrit les nécrologies de personnalités qui étrangement meurent presque aussitôt dans de tragiques accidents pas vraiment accidentels. Il vit au jour le jour, le pingouin, il l'a récupéré dans un zoo qui ne pouvait plus le nourrir, Sonia, elle lui est tombée dessus parce que son père ne savait plus qu'en faire... Les "petites croix" représentent son gagne-pain, ce travail quotidien auquel il s'accroche. Et la vie va, doucement, et Victor suit les enterrements, accompagné de Micha, son pingouin. La dérison, l'humour noir font de ce livre une véritable satire d'une société en dissolution.
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