LA
REPUBLIQUE INTERNATIONALE DES LETTRES
Du côté de Saint-Germain
des Prés
Depuis leur création au début du XXème siècle,
les prix littéraires suscitent à la fois fascination,
dédain et activisme passionné. De fait, en marge des grands
prix Goncourt, Renaudot, Fémina, Médicis, etc, quelque
1150 prix littéraires - 1850 en comptant les distinctions et
résultats de concours littéraires divers - sont régulièrement
attribués chaque année en France et l'actualité
des prix ne s'arrête quasiment jamais, couvrant toutes les catégories
de chaque genre et sous-genre littéraire, chacun d'entre eux
étant âprement défendu par un "parrain"
sponsor.
Chaque année, en automne, les milieux littéraires se mettent
en ébullition dans l'attente de la vague des grands prix qui
déferle généralement la première quinzaine
de novembre : Le Prix Médicis (créé en 1958) est
ainsi remis le 1er mercredi de novembre, le même jour que le prix
Fémina (créé en 1904), puis suivent généralement
l'Interallié (créé en 1930 par des journalistes
qui avaient l'habitude de déjeuner au Cercle Interallié
en attendant les délibérations du Fémina), le Goncourt
(créé en 1903 par testament d'Edmond de Goncourt en mémoire
de son frère), le Renaudot (créé en 1925 également
par des journalistes littéraires qui attendaient le résultat
du prix Goncourt) et enfin le Prix Nobel de littérature (créé
par testament du suédois Alfred Nobel en 1896), décerné
le 10 décembre et clôturant la saison.
Septembre et octobre, du côté de Saint-Germain-des-Prés,
apportent leurs lots de rumeurs qui alimentent les dîners en ville
réunissant éditeurs, auteurs et critiques. Dès
le mois de juin précédent, les maisons d'éditions
ont d'ailleurs déjà commencé à distiller
quelques noms pour le prochain Goncourt en publiant leur avant-programme
de la rentrée. L'enjeu est de taille puisqu'un Goncourt - le
plus "vendeur" des prix - se vend en moyenne à plus
de 400.000 exemplaires. Il peut à lui seul sauver une maison
de la faillite ou du moins lui assurer son bénéfice annuel.
D'autres prix, moins connus, sont parfois accompagnés de dotations
importantes à l'auteur élu : 100.000 euros par exemple
pour le prix Cino del Duca. Le Pdg des éditions de Minuit, Jérome
Lindon, a résumé le sentiment de la profession : "Si
les prix ont pour vocation de faire acheter au grand public des livres
plutôt que des boîtes de chocolat, c'est excellent pour
les libraires et les livres".
Mais certains acteurs du secteur dénoncent des choix parfois
discutables et surtout ce qu'ils considèrent comme des "magouilles",
liées notamment à la composition des jurys qui ont tendance
à perdurer. Quarante ou cinquante noms règnent en maître
pendant de nombreuses années dans ces réunions alors que
dans plusieurs grands prix littéraires étrangers, anglo-saxons
entre autres, la quasi-totalité des membres changent chaque année.
En France ces membres des principaux jurys sont généralement
très choyés par les grandes maisons qui les publient et
n'hésitent pas à leur assurer les meilleurs éditions
(Gallimard proposa ainsi à Hervé Bazin, Président
de l'Académie Goncourt, de le publier de son vivant dans la prestigieuse
collection de la Pléïade) et à leur verser de royales
avances financières. La postérité prend aussi souvent
à contre-pied les choix de ces jurys aux certitudes les mieux
ancrées. En 1932, le prix Goncourt fut par exemple décerné
au fade Guy Mazeline pour Les loups, face auVoyage au bout de la nuit
de Louis-Ferdinand Céline. La crédibilité de ces
grands prix d'automne étant entachée, la confiance d'une
frange du lectorat s'est depuis quelques années reportée
sur des jurys populaires et non professionnels et on note la montée
en puissance des prix décernés au printemps par le public
: Prix Internet du Livre, Prix Claude Le Heurteur, l'important Prix
Livre Inter décerné par les auditeurs de France Inter
et qui est devenu une sorte de prix Goncourt des médias, Prix
Europe 1, RTL-Lire, France-Télévision, des Lectrices de
Elle, etc., même si les "parrains" se révèlent
être dans bien des cas de grands médias aussi peu crédibles
en la matière et à qui l'on peut opposer des critiques
encore plus sévères qu'aux jurys traditionnels.
Certaines années, médias et jurys littéraires s'entrecongratulent
et s'entrefélicitent pour la qualité des oeuvres récompensées,
d'autres voient fleurir les articles amers et vengeurs (par exemple
celui du Monde des Livres en octobre 2002 à propos de Philippe
Sollers éliminé de la sélection du Goncourt) lorsqu'un
membre du jury, par intrigue ou par sursaut d'honnêteté
intellectuelle, se démarque trop du choix de saison, faisant
basculer les résultats attendus. Bref, en dehors de l'observation
des affaires commerciales et des jeux de pouvoirs dans le landerneau,
plus personne hormis les masses de consommateurs lambdas ne s'intéresse
ni ne se fait d'illusions sur les prix littéraires.
©
prix.litteraire.info 2003
Les
prix les plus connus :
les Prix Nobel de littérature
les Prix Goncourt
les Prix Médicis
les Prix Renaudot
les Prix Femina
les Prix Interallié
les Prix de l'Académie Française
les Prix Décembre
les Prix du Livre Inter
les Prix Goncourt des lycéens
les Prix des lectrices de Elle
les Prix France-Culture
les Prix de l'Imaginaire
les Prix de Flore
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