La reine de l'Idaho

Thomas SAVAGE

 

 

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"Les voilà tous, qui constituent une seule entité. La vie de chacun d'entre eux avait été formée et déformée par toutes les autres. Ensemble, ils représentaient la vie et la mort de ma mère. De notre mère" Thomas Savage

 

Fiche :

Auteur Thomas Savage
Traduction Pierre Furlan
Editeur Pierre Furlan10/18
Collection 10/18 Domaine Etranger, numéro 3780
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2264039922

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Issu d' une grande famille d'éleveurs de l'Ouest américain, Thomas Burton est écrivain.
Un beau matin, quelques mots très simples vont bouleverser sa vie. Le contenu d'une lettre écrite par une inconnue qui prétend être sa sœur.
Thomas s'efforce alors de retracer l'existence de ceux qu'il croyait connaître. Sa mère à la beauté altière, son père, un excentrique qui s'est contenté de lui donner son nom, et sa grand-mère maternelle, la reine de l'Idaho, qui toute sa vie a dominé d'une main de fer le clan des Sweringen. Thomas Savage invoque ici la mémoire des anciens, redonnant vie à une histoire digne d'un roman, celle des siens.

 

Extrait :

Comme elle n’avait pas de vraie famille, Amy Notzinger n’avait pas encombré sa maison d’objets et de bric-à-brac familial, car, lorsqu’on en hérite d’une famille qui n’est pas la sienne, ces choses ne font que rappeler quelque chose de désagréable et n’ont qu’une valeur marchande.

En revanche, ce bureau où la lettre d’Amy se trouvait posée à côté de la machine à écrire, ce bureau près duquel je m’étais tenu pendant tant de jours calmes et ordonnés avant que j’eusse même entendu parler d’Amy Nofzinger, c’était là que j’avais écrit mes six derniers romans. Il avait été fabriqué dans un ancien piano droit ayant appartenu à ma grand-tante Nora. Mon arrière-grand-mère l’avait fait transporter au fin fond de l’Ouest et je l’avais fait rapporter jusqu’à la côte Est.
(…)
Devant moi, sur ce bureau, se trouve une boîte chinoise en cuir laqué couverte de dames chinoises semblables à des spectres. (…) Cette boîte appartenait à ma mère, qui aimait les chinoiseries, et contient des centaines de clichés de tous les membres de la famille.
(…)
De chaque côté du bureau sont campés deux statuettes de bronze de trente centimètres de haut. (…) Ce sont des cadeaux que Thomas Sweringen et la reine du mouton ont reçu en 1889, pour leur mariage.
(…)
Sur un mur au-dessus de la cheminé se trouvent des tableaux peints par mon fils aîné.
(…)
La mosaïque de pierres colorées qui dessinent des branches de pied-d’alouette m’a été donnée par mon plus jeune fils.
(…)
Dans la cheminée il y a des chenets que j’ai fait copier à un prix bien au-dessus de mes moyens, à partir d’originaux qui se trouvent dans le ranch des Sweringen. Et ainsi de suite. Rien n’a de grande valeur, mais tout est inestimable. Cette pièce ressemble au Magasin d’antiquités de Charles Dickens, mais ces antiquités consistent en curiosités qui me sont chères, et quand je m’assois là le soir, un verre à la main, et que la chaîne hi-fi déverse du Schumann et du Chopin (que ma mère savait si bien jouer), je sais exactement ce que nous étions et ce que je suis. Je crois qu’un homme doté d’une telle famille est pratiquement invulnérable. (Pages 230 à 232)


Je voudrais vous dire quelque-chose à propose de ma mère, mais par où commencer ? Son esprit se trouve devant moi, mais aussi derrière, à ma droite et à ma gauche. Son visage me regarde depuis les fonds obscurs de mon enfance, et j'ai reconnu son profil dans les nuages qui passent. Elle se tient près de moi quand j'entends les Nocturnes de Chopin ; je vois ses doigts sur les touches du piano et son pied sur la pédale. Au cours de ma vie, je n'ai vu que deux fois une femme aussi belle, mais ces deux femmes étaient des étrangères, et elles sont restées si peu de temps dans mon champ de vision qu'elles n'ont guère eu plus de substance que des idées. Je suppose qu'elles me faisaient penser à ma mère, et que c'est pour cela qu'à présent elles me reviennent. Parfois ma mère s'assoit avec moi quand je bois du café (...). Comme parfum, elle utilisait de l'essence de jasmin. (Pages 273-274)

 

Critique/Presse :

Ceux qui ont lu Le pouvoir du chien connaissent la force d'évocation de Savage, son amour du Montana, des grands paysages, des forts caractères et des héros de l'Ouest américain. Ce livre nous fait découvrir avec bonheur un autre aspect de son talent : la gaieté. Stéphane Hoffmann, Le Figaro Magazine

La passion de Savage pour les terres gigantesques et ses personnages s’échappe de chaque page. Récit en trompe-l’œil, tout en subtilité, hymne à la famille, La reine de l’Idaho trouve naturellement sa place au cœur de la meilleure littérature américaine. Un écrivain qui s’impose et qui, déjà, fait figure d’incontournable. Avoir à lire.com

 

Petite remarque perso : Evocation magnifique de l'ouest américain et de la vie d'une famille d'éleveurs.

Parfois, la lecture de ce bouquin évoque un film, le train chemine sur la voie ferrée, le banquier reçoit avec respect sa cliente intraîtable, l'ombre des grands arbres s'étire devant le ranch...

J'ai particulièrement aimé la manière dont l'auteur remonte le temps, s'attardant au fil des chapitres sur la vie des hommes et des femmes de cette incroyable région d'Amérique : celle des chercheurs d'or, des cow-boys et des indiens, des ranchs immenses, des éleveurs... jusqu'à aujourd'hui.

L'importance de la famille Sweringen. Comment elle devient la cellule principale autour de laquelle gravite le monde...

La force des liens qui unissent chacun des membres d'une telle "dynastie". L'incroyable découverte d'une possible "soeur"... Là où tout semblait si lisse, affleure une aspérité douloureuse... Et ce regard qui s'embrumait parfois, cette attitude indéfinissablement triste, soudain, s'expliquent...

De la rivière où le premier Sweringen installé en terre d'Amérique trouvera de l'or, jusqu'à l'écrivain dans son bureau, lisant avec émotion la lettre d'une soeur inconnue, ignorée, l'auteur retrace avec la minutie d'un historien la manière dont va se structurer une de ces grandes familles de l'ouest américain. De plus, il évoque parallèlement l'histoire de ce pays : depuis le début du siècle jusqu'à nos jours : l'émergence de la richesse, 14-18, la grande dépression, l'arrivée du chemin de fer, les écoles, l’évolution des mentalités.

 

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