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LA ROUTE DU RETOUR

Jim HARRISON

 

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Fiche :

Auteur Jim Harrison
Traduction Brice Matthieussent
Editeur Bourgois
Collection Fictives
Nombre de pages 450 pages
Format 14 cm x 21 cm
ISBN 2267014637

 

Résumé :

Ce roman, sans doute le plus ambitieux et le plus impressionnant de Jim Harrison, reprend certains thèmes et la plupart des personnages rencontrés dans DALVA. Il s'agit d'une grande fiction américaine où, comme dans Dalva, se mêlent les genres épiques, lyrique et dramatique pour former une vaste fresque à la fois poétique et réaliste, truculente et nostalgique, brassant l'histoire de l'Amérique, depuis les guerres indiennes et les massacres qu'on sait, jusqu'à nos jours. Jamais sans doute Jim Harrison n'a aussi bien évoqué ce mélange de profane absolu et de visions sacrées qui constitue selon lui l'existence. Jamais il n' créé avec autant de verve et de sensibilité, de puissance et de finesse, des personnages plus grands que nature.


Comme DALVA, LA ROUTE DU RETOUR est un roman qui s'articule en plusieurs parties : les journaux intimes des protagonistes. La première partie est le journal du grand-père de Dalva, le vieux Northridge : la route du retour qu'il est sur le point d'emprunter est celle qui l'amène vers la mort, comme le dit Rachel, il s'agit pour le mourant d'emprunter la Route Fantôme : le Wanagi Canku. Northridge a tenu ce journal en 1952, alors que Dalva a 11 ans. Elle vient de lui poser une des questions directes et sans tabou dont elle est la spécialiste : elle voudrait connaitre les circonstances de la mort de ses arrières grand-parents, à deux jours d'intervalle.
La deuxième partie du roman est le journal tenu par Nelse, âgé d'une trentaine d'années, alors qu'il emprunte une route du retour qui le ramène à ses origines, au lieu même où il fut conçu par Duane et Dalva, et à sa vraie mère, Dalva.
La troisième partie commence par le journal tenu par Naomi. Alors qu'elle a 65 ans, elle vient de rencontrer Nelse et de l'identifier comme étant son petit fils. Puis, c'est Paul, l'oncle de Dalva, qui prend la parole après Naomi.
Enfin, pour terminer ce sera le tour de Dalva, qui tient ici son journal deux ans après avoir retrouvé son fils Nelse, pour raconter l'apprivoisement mutuel qui leur a permis de devenir un couple mère-fils harmonieux et complice.
C.J.

 

Extrait :


Je suis resté assis immobile pendant plusieurs heures, afin de mieux absorber le paysage, ou plutôt pour me laisser absorber par le paysage. Vous ne devenez pas le paysage, c'est lui qui devient vous. Je me sentais créature terrestre au même titre que le corbeau à ailes rouges qui a atterri sur une massette, à quelques pas de moi, avant de s'envoler en croassant quand j'ai cligné des yeux. Le vrai calme m'a toujours fait l'effet d'un cadeau difficile à accepter. Un grand héron bleu s'est posé sur les hauts-fonds de l'autre côté de l'étang, à l'endroit où le déversoir commence à se former. Au-delà se trouvait un ultime fourré, à l'aspect aussi dense qu'un profond océan. Il s'agissait d'un simple détail sans importance, mais si la révélation de Naomi se confirmait, alors, c'était vraiment un lieu propice à la conception d'un humain. Tandis que le temps s'échappait dans le paysage, les oiseaux ont entamé leur chorus du soir, tels des enfants excités. Je suis là, pour qui désire le savoir. Leurs noms importaient peu et, quand on connaissait assez bien leur nature, on savait comment ils s'appelaient entre eux, pour reprendre les thèses de mon ami ponca. Les noms que nous leur attribuons n'ont peut-être pas davantage de sens que ceux que nous nous donnons, une barrière fragile contre notre caractère mortel. (Pages 336-337)

A l'âge de quarante-six ans, je peux m'attarder devant l'évier de la cuisine et regarder la cour de la grange où l'événement s'est produit, en me sentant submergée de bonheur à l'idée d'avoir retrouvé mon fils. Ses deux parents étaient problématiques et je crois que sa mère l'est toujours. Je l'ai conçu au bord de la rivière, alors que je portais une robe de baptême, à quinze ans. Le père, Duane Cheval-de-Pierre, avait seize ans; il a dérivé loin vers le passé, mais sa mort déjà ancienne n'entame pas la vivacité de son souvenir. Je me demande si quiconque peut s'éloigner de la terre et l'observer avec lucidité pendant plus de quelques secondes. Bien que d'une certaine manière nous formions un seul corps, je ne suis pas stupide au pont de croire que je suis sa mère au sens le plus fort du terme, la femme qui élève et éduque de son mieux, au jour le jour. Nous sommes ce qui reste de son père et de mon père, Ruth exceptée qui était trop jeune pour s'en souvenir et qui s'effarouchait et rentrait dans sa coquille en présence de Duane. Au bout de sept mois, je crois que nous devenons les amis les plus intimes qui soient et peut-être quelque chose de plus, qui n'entre dans aucune catégorie connue. Lorsque je le vois par la fenêtre à l'aube ou au crépuscule, dans une lumière légèrement brouillée, il est parfois mon père et parfois Duane. Quand il m'a ramenée à la maison en voiture le jour où j'ai perdu mon emploi, je me suis sentie très malheureuse ce soir-là, en proie à une rage tardive ; nous sommes restés assis devant la cheminée et il m'a pris la main pour la serrer dans la sienne. Que pourrais-je demander de plus ? (Pages 440 – 441)

 

Critique/Presse :

Jim Harrison, de son propre aveu, s'inspire beaucoup de sa vie. Ce grand et gros livre est à la fois épique et poétique, lyrique et foisonnant, rempli de tendresse et de violence et, avant tout, d'un amour profond pour la nature et pour les êtres. Les Notes Bibliographiques, une publication de l'Union Nationale Culture et Bibliothèques pour Tous.

S'il existe chez Jim Harrison, indéniablement, une force des grands espaces, cela vient de l'intérieur, pas du gigantisme, ni de l'accumulation ... "La Route du retour" se présente comme une suite de journaux, où vivent cinq générations du clan Northridge, des années 1950 aux armées 1980. Leurs souvenirs remontent jusqu'aux guerres indiennes ... Chacun se passe la trame, chacun y mêle son propre fil - même si la Parque ne se fait jamais oublier, veillant à ce que les amours finissent mal, en dépit de leur splendeur. (Jean-Maurice de Montremy, Le Magazine Littéraire, 01/11/1998)

L'histoire de "La Route du retour" peut sembler simple, linéaire. Il n'en est rien ... C'est un maelström, un ouragan dont on est la victime consentante, ravie. (Bruno Corty, Le Figaro, 25/09/1998)

"La Route du retour" a des allures de testament, qu'aucune amertume ne trouble, qu'aucune rancoeur ne souille. A travers Northridge, le patriarche, digne et affaibli, semble percer la voix de l'auteur, qui lui aussi rêvait de peindre la vie. ("Je n'avais pas de talent ! Je suis devenu écrivain !") La vie, Jim Harrison ne l'écrit pas. Il la donne, à sentir, à saisir. Car malgré l'insidieuse désespérance à vivre, malgré la mort perfide, inéluctable, qui au final unit tous les hommes, il y a, infaillible, la bonté Harrison. Il aime ses personnages. Il aime les hommes. (Martine Laval, Télérama, 23/09/1998)

Ce livre dense est vraiment son chef-d'oeuvre. C'est une symphonie américaine, avec des accents zen, des mélopées de sorcier, le chant des pistes où les ours dansent, le murmure de la rivière Niobrara. (Manuel Carcassonne, Le Point, 19/09/1998)

Plongez ! Sans hésitation. Nagez, laissez-vous emporter, rouler, broyer, fracasser ... Par cette écriture tout d'abord, d'une densité effroyable, terrifiante, géniale, qui jamais ne permet l'abandon, le décroché, la petite faiblesse ... Elle est l'arme d'un bretteur retors, d'un poète violent qui sans cesse et toujours, Cyrano du Michigan, frappe en tierce et fouette haut. Au coeur de la cible : l'histoire de son pays. (Fabrice Lanfranchi, L'Humanité, 18/09/1998)

A force d'arpenter à grandes foulées le ciel immense de son Amérique végétale, de boire du bon vin dans sa maison perdue et de réfléchir sourcils froncés à la philosophie zen, Jim Harrison, le grand Jim des grands espaces, nous mitonnait, c'est sûr, un roman colossal. Dont acte ! "La route du retour" est un pur chef-d'oeuvre. Ambitieux, foudroyant. (C.A., Lire, 01/09/1998)

Les internautes en parlent : Enorme!, 26 mars 2003
Commentaire de : oliviercharlety (Qui suis-je ?) de brignais France
La suite de Dalva dont on pouvait légitimement craindre qu’elle n’égalerait pas la qualité du 1er volet de la saga des Northridge. On avait tort La route du retour est encore plus poignant encore plus vrai, encore mieux écrit. On y découvre les personnages un peu discrets dans Dalva (le grand-père, le fils et la mère de Dalva) et Dalva jeune puis à 45 ans….Un livre énorme qui parle de la naissance, de la mort et de toutes les petites choses qui se passent entre les deux.

Petite remarque perso : Que dire de plus ? J'ai adoré Dalva et La Route du retour est un bouquin génial aussi... je l'attendais, et je l'ai acheté dès sa parution, ce que je fais assez rarement, sauf pour les grands coups de coeurs pour lesquels je n'ai pas la patience d'attendre les collections de poche !!!

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