Un Monde A Lire
LE RETOUR
 
Bernhard SCHLINK
 
Aux éditions Gallimard
Traduction Bernard Lortholary
Paru en janvier 2007
382 pages
ISBN-10: 2070780988
ISBN-13: 978-2070780983
 
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"Je crois à l'idée de culpabilité collective, lorsque la faute de celui qui a commis un crime devient aussi la faute de celui qui ne l'a pas commis." Bernhard Schlink pour Le Monde

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Le retour s’ouvre sur les souvenirs de vacances du narrateur, Peter Debauer. Élevé dans l’Allemagne de l’après-guerre par sa mère, Peter passe tous ses étés chez ses grands-parents suisses. Ces derniers travaillent comme correcteurs d’épreuves pour une collection de romans populaires.

Un jour, Peter commence à lire un bloc d’épreuves et découvre, fasciné, l’histoire d’un prisonnier de guerre allemand en Russie qui parvient à s’évader et à rentrer chez lui, mais seulement pour découvrir que sa femme ne l’a pas attendu. Certains détails du récit donnent à Peter l’impression qu’il s’agit non pas d’un roman mais d’une histoire vraie, et cette idée ne le quittera plus.

Beaucoup plus tard, devenu juriste, il mène l’enquête et, petit à petit, découvre que l’homme en question est peut-être son père. Mais à chaque fois qu’il croit comprendre son histoire, un élément inattendu brouille les pistes. Sa quête de vérité le conduit jusqu’aux Etats-Unis, où il est persuadé d’avoir identifié ce père insaisissable sous les traits d’un célèbre professeur de droit, déconstructionniste et négationniste…

Dix ans après la publication du best-seller mondial Le liseur, Le retour, publié en janvier 2006 dans les pays de langue allemande, est en passe de rencontrer un succès équivalent.

 
"Le père veut faire du fils un complice par delà les générations"
 

Extrait :

Je m'étais pris d'affection pour lui. Parce qu'il aimait l'Odyssée et qu'il jouait avec son texte. Parce que la lecture de son roman avait été ma première rencontre, et non la pire, avec la littérature populaire. Parce que sa fin ouverte, qui à vrai dire n'en était pas une, avait fait faire des cabrioles à mon imagination. Parce qu'on ne saurait s'occuper aussi lontemps de quelqu'un sans se prendre d'affection pour lui.

Ou le haïr. Même si je n'en étais pas là, sa façon de jouer, qui m'avait plu dans son roman, ne me plaisait plus dans ses lettres et dans ses articles. Avec la même légèreté que pour transformer les enfers en un rêve, la mer en un désert et Kalypso aux belles boucles en plantureuse Kalinka, il faisait de la brutalité un principe éthique, de la famine imposée à Leningrad un acte chevaleresque, et de Beate séduite un tribut à la justice.

Allais-je continuer à m'occuper de lui ? Je continuais à vouloir savoir la fin du roman. Si nombreuses que fussent les histoires de soldats rentrant de la guerre que j'avais lues, si nombreuses aussi les suites que je pouvais imaginer aux rencontres du 38 Kleinmeyerstrasse, je n'en voulais pas moins savoir comment l'auteur avait raconté jusqu'au bout la rencontre. Peut-être était-ce un retour qui n'avait encore jamais été raconté, jamais été écrit, jamais encore été pensé. Peut-être était-ce le retour par excellence. (Pages 191-192)

 
"Tout le dilemme tourne autour des notions d'amour et de condamnation, d'admiration et de dégoût. Dans Le Retour, l'ambivalance des sentiments est emblématique de ce que peut ressentir toute une génération d'intellectuels..." Bernhard Schlink pour Le Monde
 

Critique/Presse :

Quelque chose de triste et d'incertain parcourt et ronge le livre, mais il faut y voir le courage d'un auteur qui ne distille pas des vérités rassurantes et qui fait partager sa recherche. C'est le roman d'une âme en peine... et lucide... Le meilleur du livre vient sans doute de cette lucidité stoïque qui inspire les meilleures pages du livre. Ce roman philosophique pose aussi des questions perfides à l'intellectuel européen actuel, ce Zelig, ce prestidigitateur qui produit articles, éditos, essais, occupe les plateaux de télévision et délivre des opinions, des concepts, des sophismes comme on sort des colombes d'un chapeau. Ce constat d'un moraliste en détresse se retrouve dans un recueil d'articles de l'autre Schlink, le juriste. Cette fois, il a enfilé sa toge et pris le geste glacé de président de tribunal. Il se montre un redoutable analyste des questions que posent, par exemple, le multiculturalisme ou le port du voile à l'école. Et là, dans une langue d'une sécheresse de légiste, il se dévoile austère et implacable. Il prend alors cette écrasante hauteur que le romancier cherchait à atteindre dans sa fiction. Jacques-Pierre Amette - Le Point du 18 janvier 2007


Ce fut le leitmotiv de la littérature allemande de l'après-guerre : la honte, le remords pesant comme un couvercle sur cinquante années de production romanesque. Et puis, en 1996, Le Liseur, de Bernhard Schlink, est venu ouvrir d'autres perspectives... Avec Le Liseur, Schlink n'apportait ni solution ni condamnation. C'était sans doute la force du livre. Et la raison pour laquelle, applaudi par les uns, il fut aussi critiqué par d'autres... L'éditeur présente ce roman comme "le digne successeur" du Liseur. C'est en effet un superbe retour du thème et de ses variations : le rapport entre un fils et un père absent... La méthode Schlink est toujours la même : un texte sobre, presque factuel, derrière lequel pointent les questions dérangeantes - le poids du silence dans les familles, le résidu traumatique de la faute, la guerre interne d'un moi divisé, l'attrait hypnotique du mal... Florence Noiville - Le Monde du 23 février 2007


«Le Retour» est l'hallucinant travail d'une obsession aux prises avec l'ignorance et l'oubli... Il y a tous les retours dans «le Retour», Ulysse, Martin Guerre, les Allemands de l'Est après la chute du mur de Berlin, toutes les odyssées à base de revenants ou de fantômes, de vagabonds ou de nomades convoqués dans l'éternelle répétition du mythe. Le roman fait écho à tant de sources que l'intrigue s'y perd parfois, avant de ressurgir plus loin, plus belle et plus violente. Indomptable Schlink ! Vous ouvrez, vous êtes emporté. Jean-Louis Ezine - Le Nouvel Observateur du 8 mars 2007


Petite remarque perso :

Lente odyssée d'un homme qui remonte son fil d'Ariane... Les bribes d'une histoire dans un roman populaire, des ambiances, des sensations... Une difficulté à vivre. Comment être allemand aujourd'hui ? Après avoir laissé une épaisse chape de silence recouvrir l'indicible, petit à petit, les interrogations sont formulées. Elles évoluent dans leur forme et dans leur fond... La littérature n'est-elle pas là pour "donner à lire" et à travers ses mots, aider non à seulement à comprendre, mais... à vivre.

Après le succès du Liseur, Schlink est systématiquement attendu au tournant, sa dernière production sera-t-elle "à la hauteur" ? J'ai parfois du mal à comprendre ce genre d'attitude. Je n'ai jamais lu ses romans policiers, mais j'ai aimé Le Liseur, cette pesanteur tout au long de l'histoire, ce poids de silence. J'ai lu Amours en fuite, série de nouvelles où cette même pesanteur était sensible... et je lis Le retour... une histoire dans l'histoire, une vie en miroir. Schling auteur de polar sait ménager le suspens. Chacun des ses romans est une sorte d'étape... Vers un mieux être allemand aujourd'hui ? Vers un mieux être... homme ou femme dans un pays dont les blessures lentement cicatrisent mais restent sensibles. Il y a toujours une sorte de distance dans le style de Schlink. Pourtant l'émotion est là, dans toute sa gravité, dans toute son ambivalence, entre amour et répulsion. Ce père est mon père et je vis avec cette découverte là. Schlink soulève des problèmes, mais n'apporte pas de solution, se refuse à trancher. Certains le lui reprochent d'ailleurs, alors que son courage réside peut-être là : l'aveu sans artifice de ce paradoxe profond entre l'affection que l'on peut ressentir pour un proche, pour un père... et la répulsion.

 

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