Un Monde A Lire

LE RIRE DE L'OGRE
 
Pierre PEJU
 
Aux éditions Gallimard (2005)
Collection : FOLIO N°4478
Paru en février 2007 pour la collection poche
355 pages
ISBN : 2-07-034252-5
 
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"Du passé des êtres les plus proches, voire de leur vie entière, on ne retrouve jamais que des lambeaux pleins de silence et de poussière, comme quand on ouvre des placards contenant des vêtements démodés, dépareillés et quelques traces au fond des poches, vieux tickets, notes de restaurants disparus, pièces de monnaie qui n'ont plus cours et autres brindilles d'une existence effacée." Pierre Péju

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Paul Marleau a seize ans, et en cet été 1963, il séjourne en Allemagne chez un correspondant. Il fait la connaissance de Clara, fille d'un ancien médecin de la Wehrmacht, et découvre avec elle les premiers émois amoureux, mais aussi le drame effroyable survenu dans la forêt qui entoure cette petite ville de Bavière faussement paisible. Enfants de la paix, ils comprennent que des " fêlures de guerre " se propagent dans la douceur apparente de leur époque. Guerres que l'on croit finies, ou guerres actuelles jamais très lointaines. Les années passent, Paul devient sculpteur et Clara photographe. Ils s'attirent autant qu'ils se fuient, tentant désespérément de donner un sens à leur vie, occupés à comprendre et traquer le Mal... Roman de guerre, roman d'amour, méditation sur l'art et le bonheur, Le rire de l'ogre est l'histoire de toutes ces vies confrontées à l'ambiguïté et à la brutalité du siècle, et surtout une saisissante réflexion sur le mal et l'engagement.

 

Extrait :

Depuis la fête, je suis assailli par des envies nouvelles. J'ai besoin de sortir de ma réserve ombrageuse, de mon aimable discrétion, de tordre le cou à ma timidité !

Comment dépenser mon énergie ? Je découvre quelque chose qu'on pourrait appeler le plaisir de vivre. C'est un sentiment encore confus. Il me faudrait prendre une initiative.

C'est ici, sur le territoire de Kehlstein, que je commence à changer. Je voudrais... je voudrais continuer à dessiner, peindre monstres et merveilles, lire, écrire, découvrir ! J'aimerais... prendre en charge le passé avec ses drames, ses horreurs, ses énigmes. Et danser le rock ! Pourquoi pas ? Jouer de la batterie ! Et créer de nouvelles oeuvres d'art, et tourner des films, ouvrir mes bras aux temps qui changent... Et... Oui, j'aimerais prendre Clara dans mes bras. (...)

Oui, pour moi, c'est à Kehlstein qu'un nouveau code est venu troubler le code antérieur. Ce sang, ces roses rouges de la forêt, le rock'n'rol, le souterrain, les enfants étranglés, les sourires peints sur les murs, la mort, la folie, les fugues de Bach, la clairière, et cette barque qui sombre dans les eaux noires, mais par-dessus tout les yeux de Clara... autant de signes distribués sur la grille nouvelle. (...)

Je sais que je vais bientôt rentrer en France. Près du lac Noir, dans la clairière, la fontaine continuera de couler. Tout continuera de couler comme l'eau sur la roche, le sable entre les doigts.

Je suis assis dans une barque dont je ne sais si elle sombre, si elle va s'échouer, ou si elle glisse déjà vers la suite. (Pages 93 à 95)

 

Critique/Presse :

C'est une histoire d'ombre et de lumière, de forêt et de clairière, de mémoire et de honte. C'est une histoire grave portée par un souffle majestueux, une prose légère, une belle intelligence romanesque. Marianne Payot - L'Express du 5 septembre 2005

Cette histoire où le passé ne veut pas mourir, où l'on tue des enfants juifs et où même le grand silence de la nature est suspect contient tout ce que, de «Naissances» à «la Petite Chartreuse», cet auteur inclassable, intranquille et hypermnésique ne cesse d'écrire. Dans un style à la fois raffiné et rugueux qui ressemble à la définition que, dans «le Rire de l'ogre», l'étonnant sculpteur Philibert Dodds confie à Paul Marleau : «Au fond, je suis un primitif. Je ne sais pas ce que je fais quand je cogne. Je sculpte en aveugle, à l'oreille. La pierre, faut savoir l'écouter.» La prose de Pierre Péju aussi. Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 15 septembre 2005

Les contes proposés dès la petite enfance ont une cruauté nue qui effraie aujourd'hui sans cesser de fasciner. Ouvert par une énigmatique parabole sur un couple de frère et soeur, perdus dans une forêt à l'orée d'un monde en guerre, où tout s'est abîmé, et fermé sur un épilogue faussement apaisant, Le Rire de l'ogre, de Pierre Péju, joue de cet effroi tout en en traquant le mystère. Auréolé du succès populaire inespéré que lui valut son précédent opus, La Petite Chartreuse (Gallimard, 2002), Livre Inter 2003 porté à l'écran par Jean-Pierre Denis (2005), le romancier offre là autant une méditation sur le mal qu'une réflexion sur le sens de l'engagement artistique face à l'horreur absolue... Ph.-J. C. - Le Monde du 23 décembre 2005

Petite remarque perso : Pierre Péju, c'est une écriture particulière, réfléchie et touchante... précise et émouvante. PUissante et délicate. Là où les deux termes pourraient être paradoxaux, chez Péju ils semblent naturels. J'avais été surprise dans La petite Chatreuse de cette approche de l'enfance, de la mort aussi... de la responsabilité, de la culpabilité. Les mots sans complaisance, mais sans froideur, des mots... Justes. Même dans les descriptions les plus terribles, Péju recueille avec respect le flux de vie qui s'écoule, le souffle qui soulève la poitrine, le sang chaud de la blessure. Avec une grande générosité d'âme et de coeur il répercute l'écho de l'énorme... rire de l'ogre.

Le roman est constitué de deux parties dont l'une nourrit l'autre. Une vie d'homme où l'inspiration plonge ses racines dans un passé ressenti si fort qu'il jaillit dans le présent en éclats de pierre... larmes pétrifiées versées par d'autres yeux... cris silencieux hurlés par d'autres bouches. L'art alors "révèle" l'indicible et sur le lac Noir, le reflet du visage de Clara... de Klara ?

 

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