Des origines à la révolution

Extraits de conférences faites par Reymond BONNAT (Instituteur) rassemblées dans son livre Histoire de Saint-Marcellin paru en 1888.

Au moment où les principautés se créèrent, le territoire de Saint-Marcellin fut compris dans la baronnie de Sassenage.

Il est certain que ce n’était alors qu’un simple rendez-vous de chasse, où fut construit, au pied du coteau de Joud, un château de plaisance, destiné à abriter les nobles chasseurs pendant le temps qu’ils passaient dans les magnifiques forêts de ce pays.

Peu à peu, le terrain environnant fut défriché et quelques cabanes se groupèrent ça et là autour du château.
Vers cette époque, la souveraineté de la contrée fut disputée aux évêques par Guigues le Vieux, qui prit, en 1040, le titre de comte du Grésivaudan. C’est à lui, paraît-il, que Saint-Marcellin dut la fondation du Prieuré des Carmes. Ces religieux furent investis de droits et de privilèges de toutes sortes aux dépens des habitants de la communauté naissante.

Grâce aux prodigalités de leur bienfaiteur et de ses successeurs, ils édifièrent bientôt une église, qui fut bénie en 1119 par le pape Calixte II, se rendant à Saint-Antoine pour y consacrer la magnifique cathédrale des Antonins.
Insensiblement, Saint-Marcellin prit de l’importance : sous le règne de Guigues IV –celui qui fut surnommé le Dauphin parce qu’il portait un dauphin dans ses armoiries,- c’était déjà un petit bourg avec une enceinte primitive.
Sa position splendide sur la rive droite de l’Isère, juste en face du château de Beauvoir, devait naturellement lui valoir la protection et les faveurs des Dauphins.

Sa prospérité s’accrut rapidement, car l’anarchie féodale, alors à son apogée, porta le trouble dans les campagnes. Les malheureux vilains désertèrent sans regret le sol natal, journellement ensanglanté par les bandits à blasons, pour accourir de toutes parts se placer à St-Marcellin sous la protection des Dauphins.

Cette protection bienveillante ne fit que s’accentuer avec le temps, de telle sorte que le dernier de cette race, Humbert II, voulut faire, pour cette petite ville plus encore que ses prédécesseurs.

Le 22 Février 1337, il établit à Saint-Marcellin le Conseil delphinal, ce tribunal souverain qui reçut de lui le pouvoir de juger en dernier ressort les affaires du Dauphin aussi bien que celles de la province.

« Ce fut, dit M Fialon, à l’instigation d’Amblard de Beaumont, que le Dauphin substitua ce Conseil aux juridictions rivales qui souvent froissaient plus les intérêts du peuple qu’elles ne les protégeaient. »

Il se composait du président, chancelier du Dauphiné, du procureur fiscal et de six conseillers, dont deux légistes et quatre hommes d’armes.

Après avoir été transféré à Beauvoir, le Conseil delphinal fut ensuite fixé à Grenoble, où il devint plus tard le Parlement (XVe siècle).

Humbert ne s’en tint pas là : il fit agrandir Saint-Marcelin et l’autorisa à s’imposer extraordinairement pour la construction de ses remparts. Les murs, qui furent alors bâtis en maçonnerie, n’avaient pas moins de dix-huit pieds de hauteur sur cinq d’épaisseur et étaient flanqués extérieurement de quatorze tours massives, dont nous voyons encore aujourd’hui de nombreux vestiges assez bien conservés.

De larges fossés entouraient la ville, depuis la porte de Chevrières jusqu’à celle de Beauvoir, en passant par la porte de Romans.

Le Dauphin fit don aux habitants du terrain compris à l’intérieur des remparts, ainsi que des fossés qui les environnaient, se réservant seulement, pour lui et ses successeurs, le droit de pêche dans lesdits fossés ! Il poussa même la générosité jusqu’à abandonner à la ville, pour trois années, les revenus de son château de Caprilianum (Chevrières).

Enfin, en 1343 (4et14 juillet), avant de réunir le Dauphiné à la Couronne de France, Humbert donna aux Saint-Marcellinois une garantie de leurs droits et une espèce de charte dans laquelle il consigna leurs libertés et franchises.

Par cet acte, qui avait pour titre : Libertés, franchises, immunités, statuts et privilèges accordés aux habitants de Saint-Marcellin par le Dauphin, cette ville était déclarée inaliénable et inséparable du Dauphiné.

Elle devait conserver son gouvernement politique ; tous ses habitants étaient reconnus bourgeois et avaient le droit de choisir, en présence du Châtelain royal, quatre consuls chargés d’administrer la cité.

Les Saint-Marcellinois étaient en outre affranchis d’une foule de droits féodaux, tels que péages, banalité du four, gabelle, tailles et corvées.

La prohibition de la chasse et de la pêche était adoucie en leur faveur. On leur laissait la faculté d’user de la forêt des Chambarans pour leurs constructions et le paquérage de leurs bestiaux.

Ils étaient autorisés à lever l’impôt du vingtain pour les réparations des remparts et des fontaines.

Nul ne pouvait les obliger à suivre le Dauphin à la guerre plus de huit jours par an à leurs dépens.

Des peines étaient prononcées contre les blasphèmes, les attentats aux mœurs, les vols, les violences, etc.

Enfin, le Dauphin renonçait aux successions ab intestat et se chargeait de défendre la ville contre toute agression.
Ajoutons ici que malgré tout, la ville restait soumise à quelques droits féodaux. Pour n’en citer qu’un, nous dirons qu’en 1308 le Dauphin Jean II avait fait don au Seigneur de la Sône du moulin de Saint-Marcellin (vieux faubourg), ainsi que des privilèges qui y étaient attachés.

Jusqu’en 1750, les habitants de Saint-Marcellin et des villages voisins furent condamnés, sous peine d’amende, à faire moudre leurs grains au moulin des chevaliers de Boffin.

Après avoir ainsi assuré l’indépendance de sa province, Humbert II, qui avait un pressant besoin d’argent, résolut de la vendre au Roi de France.

Les négociations furent tour à tour engagées puis rompues.

« Enfin, dit M. Fialon, le 16 juillet 1349, à Lyon, dans le couvent des Dominicains où il allait s’enfermer vivant, Humbert II, vieillard de trente-sept ans, fit devant la noblesse dauphinoise une dernière et irrévocable cession de ses Etats entre les mains de son héritier lui-même un enfant de douze ans (Charles de Normandie qui devint roi sous le nom de Charles V), qui venait, conduit par son père (Jean le Bon), prendre possession de la lourde épée, de la bannière et du sceptre des Dauphins.

Ainsi fut remise à la France cette province du Dauphiné qui, malgré de grandes dépenses, fut de ses conquêtes celle qui lui coûta le moins. »

Le Roi de France fit dès lors exercer l’administration, au nom du Dauphin, par un gouverneur particulier qu’il nommait lui-même. Toutefois, ce gouverneur n’avait pas une autorité illimitée, car il était assisté d’un conseil national composé de Dauphinois.

Le pays fut divisé en bailliages ; à la tête de chacun desquels était un bailli ou un vibailli, fonctionnaires à la fois civils et militaires qui administraient leur district sous l’autorité immédiate du gouverneur.

Saint-Marcellin, érigé depuis longtemps en commune, eut l’honneur d’être choisi comme chef-lieu de bailliage et fut pourvu d’un vibailli.


La commune, à cette époque, jouissait d’une liberté relative, s’administrant elle-même, par son corps de ville (deux consuls et douze conseillers) qu’elle choisissait parmi les citoyens du Tiers-Ordre.

Composée en grande partie d’hommes de loi instruits, de marchands et d’industriels, elle ne souffrit pas trop pendant la guerre de cent ans.

Cependant, malgré le Statut delphinal qui défendait aux Rois-Dauphins d’exiger aucun impôt des Dauphinois, Saint-Marcellin, comme d’ailleurs toutes les autres communautés de la province, vint en aide à la France pendant le règne de Charles V.

Mais la ville et ses habitants jouissaient, pendant cette période, d’une relative tranquillité, du moins nous le supposons car les archives de la ville sont muettes à ce sujet.

Mais il n’en fut pas de même vers la fin du règne de Charles VII.

En effet le Dauphin Louis, fils aîné du roi, étant venu en 1440, gouverner le Dauphiné, opéra dans cette province une véritable révolution.

Ce jeune homme, qui devait régner plus tard sous le nom de Louis XI, savait déjà se faire obéir : il fut un habile administrateur.

En mettant le pied sur le sol dauphinois, il se mit à l’œuvre. Il commença par défendre aux seigneurs de se faire la guerre et leur interdit tout armement.

Il transforma le Conseil Delphinal en Parlement et dépouilla, à force d’énergie, de ruse et d’adresse la féodalité dauphinoise de son indépendance.

Il laisse, il est vrai, au Dauphiné ses coutumes et ses franchises, mais il l’incorpora de plus en plus à la France.

Ayant forcé le chapitre de Saint-Bernard de Romans à reconnaître sa suzeraineté, Louis fit stipuler, dans un acte daté du 23 novembre 1450 que « l’appel des causes de la Cour commune de Romans, porté précédemment au Pape ou à la cour romaine, suivant la réserve de Clément VI, le serait à l’avenir au Tribunal de bailliage de Saint-Marcellin ».

En empiétant ainsi sur les droits des évêques du Dauphiné, le Dauphin inquiéta l’Eglise.

D’un autre côté, après avoir vexé la noblesse, il fatigua le pays par ses nombreux impôts.

Aussi, lorsque luttant contre le roi son père crut pouvoir compter sur ses sujets du Dauphiné, sur la Savoie et un peu sur les Suisses, tout lui manqua.

Il resta seul contre les armées de Charles VII qui s’avançaient vers Lyon ; la levée en masse qu’il avait hardiment ordonnée n’avait rien produit, les nobles ne remuant pas plus que les autres.

Le seul parti qui lui restait était la fuite. Il s’échappa en traversant le Bugey et alla se réfugier auprès de son cousin le Duc de Bourgogne.

Lorsqu’il fut devenu Roi, Louis XI se garda bien d’imiter l’exemple de son père ; et, au lieu d’envoyer son fils en Dauphiné, il conserva le gouvernement direct de cette province.

Sous l’administration bienveillante du roi populaire Louis XII, notre pays vécut en paix. Les impôts étaient modérés, de sorte qu’on paya sans se plaindre. Malheureusement, cela dura peu. Avec François 1er, le luxe, les fêtes et les guerres ruineuses vinrent de nouveau répandre l’alarme chez nos bons bourgeois qui durent, plus qu’une fois, délier les cordons de leur bourse pour en sortir les deniers si péniblement amassés.

Notre belle province ne fut pas à l’abri des guerres de religion.
Pendant plus de quarante ans, on guerroya en Dauphiné, et la petite ville de Saint-Marcellin fut tour à tour la proie des partis.

Les horreurs seraient longues à énumérer mais nous nous permettront ici de souligner que la religion n’y joua parfois qu’un rôle secondaire. Elle servit d’enseigne à des bandits assoiffés de sang et de pillage. La plupart des chefs aussi bien d’un côté que de l’autre, n’étaient que des ambitieux qui ne voyaient dans la guerre qu’un moyen d’occuper leurs arquebusiers et d’assouvir en même temps leurs haines personnelles.

On se hachait au nom de Dieu, et l’on emportait un riche butin : c’était le plus clair de l’affaire. Quand les esprits étaient échauffés, rien n’arrêtait la fureur des combattants.

« On faisait la guerre aux huguenots, la guerre au Roi, la guerre, enfin, à tous ceux qui ne voulaient pas faire la guerre » (Delon)

François de Beaumont, baron des Adrets se mit à la tête de la noblesse protestant qu’il souleva rapidement dans le Bas-Dauphiné. Son attaque fut si prompte, que les troupes catholiques « fuyaient au seul vent de son nom. On le craignait comme la tempête qui passe en de grands champs de blés. »

Des combats acharnés furent livrés à Saint Marcellin. Les protestants restèrent maîtres du champ de bataille et attaquèrent aussitôt la ville avec une vigueur sans pareille.

Quatre ans plus tard, la lutte un instant apaisée, recommença de nouveau avec la même fureur.

Les environs de la ville furent encore une fois ensanglantés et la victoire resta aux protestants.

Mais la ville, craignant une réaction sanglante si elle résistait trop longtemps se hâta d’ouvrir ses protes aux catholiques. Grâce à cette soumission volontaire, la reddition de la place ne donna lieu à aucun trouble. La prise de possession s’effectua de la façon la plus satisfaisant, de sorte que les habitants furent heureux de changer de maître.

Pendant les vingt-quatre années qui suivirent, Saint-Marcellin resta au pouvoir des catholiques, sans qu’il y ait eu du sang versé, même lors des massacres de la Saint-Barthélemy (24 août 1570)

Malgré cette longue trêve, notre petite cité ne fut cependant pas à l’abri du malheur. Un autre fléau aussi terrible que la guerre vint fondre sur elle en 1586.

Dans le courant du mois de juin, la peste éclata dans la ville avec une intensité sans pareille. Pendant près d’un an, la mort faucha sans pitié jeunes et vieux. Plus de la moitié de la population fut ainsi enlevée par le fléau exterminateur : la ville resta quelques temps presque déserte.

L’année 1587 vit s’éteindre dans le mépris le farouche baron des Adrets. Montbrun lui succéda et fut à son tour remplacé plus tard par Lesdiguières, son lieutenant. Acec ces deux hommes, les protestants reprirent partout l’offensive et s’emparèrent des places fortifiées du Dauphiné. Saint-Marcellin se trouva de nouveau au cœur du conflit.

Pour désarmer entièrement le fanatisme populaire, Henri IV fit sa paix avec la Cour de Rome et le pape Clément VIII lui accorda une absolution définitive en 1595.

Par l’Edit de Nantes, publié en 1598, chaque bailliage fut doté d’un lieu d’exercice de plus et une partie de l’entretien des pasteurs protestants fut mis à la charge du Trésor. Il consacra irrévocablement l’admissibilité des réformés aux emplois publics.

En Dauphiné, des chambres étaient créées mi-partie de protestants et mi-partie de catholiques.
Lesdiguières, accompagné des commissaires du Roi, vint en personne faire exécuter cet édit pacificateur à Saint-Marcellin.

Il n’était que temps pour cette petite ville de retrouver un peu de calme, après tant de troubles de toutes sortes.

On songea alors à repeupler la cité, dont la population avait été décimée par la guerre et la peste.

Pour cela on dut faire appel aux habitants des campagnes voisines en leur faisant des offres avantageuses.

Henri IV ne négligea aucune occasion pour traiter favorablement les habitants de cette ville. Il confirma par une lettre patente datée du mois d’octobre 1606 les anciennes foires et le marché du samedi établis par le Dauphin Humbert II. Il voulut bien créer deux autres foires ainsi qu’un nouveau marché le mardi de chaque semaine.

Vers le milieu du XVIe siècle, un mouvement révolutionnaire est né et s’est développé à Saint marcellin. Le problème naquit de la répartition des tailles. On distinguait alors les fonds nobles et les fonds roturier. Les nobles payaient une somme dérisoire prétextant un service de guerre. Ce privilège accentua l’iniquité et révolta le peuple qui se souleva plusieurs fois pour protester. La très forte répression qui s’en suivit eut pour effet d’exaspérer les esprits. Le gouvernement de la province convoqua les Etats provinciaux à Saint marcellin. Devant la difficulté de s’entendre, l’un des députés demanda la médiation du ROI

Le roi ayant porté la cause devant son conseil on donna raison aux classes privilégiées.

Le Tiers ne pouvait pas accepter une pareille décision et persévéra dans ses démarches. Des réunions furent faites, des assemblées tenues et des protestations renouvelées Henri IV mourut sans avoir donné aucune autre solution.

Son fils et successeur Louis XIII ne s’en occupa guère plus mais son ministre Richelieu termina la querelle en donnant raison au Tiers probablement parce que c’était un moyen d’affaiblir la noblesse qui fut bien obligée de s’incliner. Mais elle fit tout pour empêcher l’exécution des arrêts.

A l’époque de la mort d’Henri IV, le calme s’était rétabli partout. Saint-Marcellin repeuplé, chercha les moyens d’assurer sa prospérité. Quelques industriels vinrent se fixer dans la ville et apportèrent ainsi des ressources nouvelles pour les habitants. Des ateliers pour le moulinage de la soie y furent établis vers 1630 .

La culture du mûrier prit alors une plus grande extension ce qui augment le bien-être des habitants de la communauté.

Malheureusement la peste vint de nouveau sévir sur ce canton et les villages voisins furent cruellement décimés. Le 6 juillet 1630, les habitants de Saint-Marcellin organisèrent une procession à Saint-Antoine pour rendre grâce à Dieu de ce que le fléau contagieux n’avait pas encore pénétré dans la ville.

Les consuls prenaient toutes les mesures de prudence nécessaires pour préserver leur communauté de la contagion.


On ferma les portes de la ville et des gardes furent installés.

Dès qu’un faubourien était soupçonné de maladie, on l’envoyait faire une quarantaine dans des cabanes situées sur la rive gauche de la Cumane, à la Maladière.

On ferma dans leurs maisons les personnes supposées atteintes et on relégua aux cabanes celles qui avaient approché les malades.

Au mois de novembre 1631, la maladie ayant cessé, on ouvrit les protes et on fit de nouvelles processions à Saint-Antoine.

Nos bons bourgeois de Saint-Marcellin connurent plus qu’ils ne l’auraient voulu les inconvénients des guerres perpétuelles. Eux qui ne demandaient que la tranquillité furent continuellement en butte aux tracasseries des gens de guerre qui s’établissaient en maîtres presque journellement dans la ville.

Quand on songe qu’à cette époque troublée les armées du Roi étaient constamment en campagne, on peut se faire une idée des souffrances des malheureux habitants.

Les paysans voisins, chargés d’approvisionner les marchés, n’osaient pas se risquer hors de leurs logis dans la crainte de voir leurs denrées devenir la proie des défenseurs de la patrie. De plus, il fallait aussi et souvent payer la contribution de guerre.

A toutes ces souffrances, il vint encore s’en ajouter d’autres, non moins cruelles. En 1640, le terrible fléau de la peste fit de nouveau son apparition dans la région. En 1651, elle redoubla même d’intensité et fit de nombreuses victimes.

Le petit village de Saint-Vérand, situé à une demi-lieue de Saint-Marcellin, était rempli de pestiférés qu’on obligeait à fuir. Plusieurs de ces malheureux furent dévorés par les chines et les loups dans les bois de Rossa, où ils s’étaient réfugiés.

Le plus ancien monastère, celui des pères Carmes, avait été fondé vers le milieu du XIe siècle par Guigue le Vieux.

L’église était construite dans le style ogival ou gothique.

D’autres maisons religieuses ne tardèrent pas à s’établir en ville :

Les Ursulines, les religieuses de Sainte-Marie.

La ville autorisa l’établissement de toutes ces communautés à condition que les religieux se suffiraient à eux-mêmes, qu’ils ne prétendraient point faire décharger leurs propriétés de la taille, au préjudice de la ville et qu’ils ne seraient point mendiants.

La maladie et la misère avaient abattu le courage des habitants en même temps qu’elles avaient singulièrement diminué leurs ressources.

Quelques hommes énergiques et patriotes entreprirent de secouer l’apathie de leurs concitoyens. Leur première préoccupation fut de chercher à repeupler la ville déserte. Dans ce but ils firent appel aux habitants des campagnes voisines, en leur offrant des avantages sérieux et de nombreux privilèges.

Sans la présence presque continuelle des gens de guerre dans la ville, on n’aurait pas eu trop à se plaindre.

Protestants et catholiques vivaient alors en paix à Saint-Marcellin. Jusqu’à ce que Louis XIV décrète la révocation de l’Edit de Nantes. Cette mesure porta un coup terrible à la prospérité de Saint-Marcellin. Pour échapper à une conversion forcée ou à la persécution, les protestants quittèrent en foule ce pays et allèrent porter leur industrie en Hollande, en Suisse, en Allemagne et surtout dans le Brandebourg. Quelques uns même s’enrôlèrent dans les rangs de nos ennemis pour venger la mort de leurs coreligionnaires.

En 1690, Louis XIV gratifia la ville d’un tuteur et d’un greffier. Ce tuteur s’appelait procureur du Roi. Sa mission était importante car rien ne pouvait se faire dans la commune sans son ordre ou sa permission.

Le Roi soleil dont les coffres étaient toujours vides, grâce aux dépenses excessives auxquelles il lui fallait faire face fut obligé de créer de nouveaux offices qu’il cédait moyennant finance. Par un édit d’août 1692 créa l’office héréditaire de conseiller du Roi, maire de Saint-Marcellin, généralité de Grenoble. Ce nouveau magistrat jouissait de tous les privilèges possibles et imaginables.

En 1701, une grande nouvelle fut apportée dans la ville. Messieurs les Princes du sang allaient faire aux Saint-Marcellinois l’honneur de séjourner dans leurs murs. Tous les plus beaux logements furent réquisitionnés et leurs propriétaires durent se recaser ailleurs comme ils le purent. Le vin, les mets délicats, la musique, les salves d’artillerie, rien ne fut épargné et l’on dépensa beaucoup d’argent à cette occasion.

L’armée du Roi se recrutait au moyen d’enrôlements volontaires. Cependant, pour augmenter le nombre des soldats, on prenait chaque année dans tout le royaume une dizaine de mille de jeunes hommes. Chaque homme choisi devait le service militaire pendant six années, sans espoir d’arriver au grade d’officier.

Tout le monde sait que l’année 1709 fut terrible pour toute la France. L’hiver, si long et si glacé détruisit une grande partie des récoltes et les arbres fruitiers périrent presque tous.

La désolation était partout. La misère devint grande, car les possesseurs de grains les cachèrent en prévision de la disette certaine.

A Saint-Marcellin, la mortalité fut effrayante. Le cimetière ne pouvait contenir les cadavres des décédés et l’on en fut « réduit à enterrer jusqu’à trois morts dans le même trou » d’après le rapport du procureur. Le cimetière fut alors transféré hors des remparts. Le Grand Roi envoya alors à Saint-Marcellin le régiment d’infanterie de Cottentin pour ses quartiers d’hiver, ajoutant quelques centaines de bouches supplémentaires à nourrir. Les riches ne firent rien pour soulager la misère des petits bourgeois. Leur principale préoccupation était en effet de se faire exempter de leurs charges personnelles et nobiliaires.

La création de l’Hospice de Saint-Marcellin remonte au XVe siècle.

La communauté continuait à s’imposer, payant toujours et encore, sans se plaindre trop haut, se contentant le plus souvent de gémir en silence. Si parfois elle adressait des requêtes à l’Intendant, c’était presque à genoux qu’elle le faisait :

« Nous supplions humblement Monseigneur l’Intendant de nous accorder son ordinaire attention et de vouloir bien rendre justice à cette pauvre communauté accablée sous de trop lourdes charges. Les dépenses ordinaires augmentaient sans arrêt et les extraordinaires devinrent pour ainsi dire annuelles. En effet, pendant tout le règne de Louis XIV, les sommes imposées avaient servi à couvrir les frais immenses occasionnés par le passage et le séjour des gens de guerre.

De sortes que les édifices communaux ayant été négligés, faute d’avoir de quoi les entretenir, menaçaient tous ruine et nécessitaient des réparations urgentes et dispendieuses.

Ajoutons les poursuites opiniâtres des créanciers de la communauté, qui obtenaient jugement sur jugements et ne laissaient aucun repos aux malheureux consuls.

On était alors contraint d’emprunter, ce qui ne faisait qu’augmenter les charges annuelles sans pour autant diminuer le passif de la commune. D’autant que plus le fardeau devenait lourd à porter, plus le nombre des imposés tendait à diminuer.

Ma misère engendra un certain désordre et favorisa le brigandage.

Si Louis XIV excellait dans l’art de créer les officies royaux, son successeur ne lui devait rien sous ce rapport.

L’instruction était en grand honneur dans cette ville, où la carrière judiciaire seule pouvait offrit à la jeunesse des emplois lucratifs.

Aussi trouvons-nous des écoles primaires, installées convenablement pour leur époque, dès la fin du XVe siècle.
L’instruction n’était cependant ni obligatoire, ni gratuite.

Outre l’école primaire, Saint-Marcellin possédait un établissement secondaire, dont l’origine remonte aux premières années du XVIIe siècle. Un collège fut annexé au couvent des Carmes


Le 14 février 1739, un incendie prit naissance dans le bûcher du couvent. Et le feu ravagea les bâtiments, menaçant la ville. Le collège fut détruit et les dames de la Visitation offrirent d’installer les religieux et leurs élèves dans une dépendance de leur maison en face de l’église des Carmes.

Les études reprirent. L’enseignement dispensé par les religieux était gratuit suite à un accord passé avec la ville, mais après l’incendie il fut décidé de percevoir une rétribution des collégiens afin de permettre la reconstruction du collège. Cette reconstruction fut cause d’un grand procès entre la ville et les Carmes.

Ce ne fut qu’en 1788 que la Municipalité fit venir des professeurs religieux pour les classes supérieures. Les études littéraires qu’on faisait alors n’étaient pas trop mauvaises, mais la discipline y était sévère.

Un nouvel élan avait été donné au commerce de Saint-Marcellin, vers les premières années du XVIIe siècle, grâce à l’arrivée dans le canton d’un riche industriel de Lyon, M. François Jubié, qui fit établir en 1705 sur les ruines de l’ancien château-fort de la Sône, une magnifique filature de soie.

Pourtant malgré ce nouvel élément de prospérité, Saint-Marcellin ne se releva pas de longtemps des rudes secousses qu’il avait éprouvées.

Les interminables guerres du XVIIe siècle et la misère qui les suivit complétèrent la désertion de la ville à tel point que le recensement de 1748 n’indiquait plus que 314 familles formant un total de 1 357 habitants.

En 1754, la misère augmentant toujours les particuliers avaient de la peine à pouvoir acquitter une partie de leurs charges.

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