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SEUL DANS BERLIN
 
Hans FALLADA
 
Aux éditions Gallimard
Traduction Alain Virelle , André Vandevoorde
559 pages
ISBN 2070312968
 
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« Seul dans Berlin » fut publié juste avant la mort de son auteur en février 1947. Le titre original est plutôt « Chacun meurt seul ». L'écrivain juif italien Primo Levi qui a survécu à sa détention à Auschwitz, considérait ce roman comme « l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ».

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Mai 1940, on fête à Berlin la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs et persécutés y cohabitent. C'est Mme Rosenthal, juive, dénoncée et pillée par ses voisins. C'est Baldur Persicke, jeune recrue des SS qui terrorise sa famille. Ce sont les Quangel, désespérés d'avoir perdu leur fils au front, qui inondent la ville de tracts contre Hitler et déjouent la Gestapo avant de connaître une terrifiante descente aux enfers.

 

Extrait :

–Otto est mort Trudel !

Du fond du cœur de Trudel monte le même « Oh ! » profond qu’il a eu lui aussi en apprenant la nouvelle. Un moment, elle arrête sur lui un regard brouillé de larmes. Ses lèvres tremblent. Puis elle tourne le visage vers le mur, contre lequel elle appuie le front. Elle pleure silencieusement. Quangel voit bien le tremblement de ses épaules, mais il n’entend rien.

« Une fille courageuse ! se dit-il. Comme elle tenait à Otto !… A sa façon, il a été courageux, lui aussi. Il n’a jamais rien eu de commun avec ces gredins. Il ne sest jamais laissé monter la tête contre ses parents par la Jeunesse Hitlérienne. Il a toujours été contre les jeux de soldats et contre la guerre. Cette maudite guerre !… »

Quangel est tout effrayé par ce qu’il vient de penser. Changerait-il donc, lui aussi ? Cela équivaut presque au « Toi et ton Hitler » d’Anna.

Et il s’aperçoit que Trudel a le font appuyé contre cette affiche dont il venait de l’éloigner. Au-dessus de sa tête se lit en caractère gras :

AU NOM DU PEUPLE ALLEMAND

Son front cache les noms des trois pendus.

Et voilà qu’il se dit qu’un jour on pourrait fort bien placarder une affiche du même genre avec les noms d’Anna, de Trudel, de lui-même… Il secoue la tête, fâché… N’est-il pas un simple travailleur manuel, qui ne demande que sa tranquillité et ne veut rien savoir de la politique ? Anna ne s’intéresse qu’à leur ménage. Et cette jolie fille de Trudel aura bientôt trouvé un nouveau fiancé…

Mais ce qu’il vient d’évoquer l’obsède :

« Notre nom affiché au mur ? pense-t-il, tout déconcerté. Et pourquoi pas ? Etre pendu n’est pas plus terrible qu’être déchiqueté par un obus ou que mourir d’une appendicite… Tout ça n’a pas d’importance… Une seule chose est importante : combattre ce qui est avec Hitler… Tout à coup, je ne vois plus qu’oppression haine, contrainte et souffrance !… Tant de souffrance !… « Quelques millier » , a dit Borkhausen ce mouchard et ce lâche… Si seulement il pouvait être du nombre !… Qu’un seul être souffre injustement, et que, pouvant y changer quelque chose, je ne le fasse pas, parce que je suis lâche et que j’aime trop ma tranquillité… »

Il n’ose pas aller plus avant dans ses pensées. Il a peur, réellement peur, qu’elles ne le poussent implacablement à changer sa vie, de fond en comble.

Au lieu de cela, il contemple de nouveau ce visage de jeune fille au-dessus duquel on lit AU NOM DU PEUPLE ALLEMAND. Elle ne devrait pas pleurer ainsi, appuyée justement à cette affiche !… Il ne peut résister à la tentation ; il écarte son épaule du mur et dit, aussi doucement qu’il peut :

–Viens, Trudel. Ne reste pas appuyée contre cette affiche !

Un moment, elle regarde sans comprendre le texte imprimé. Ses yeux sont de nouveau secs, ses épaules ne tremblent plus. Puis la vie revient dans son regard. Ce n’est plus un éclat joyeux, comme lorsqu’elle s’avançait dans ce couloir ; c’est un feu sombre, à présent. Avec fermeté et douceur à la fois, elle pose la main à l’endroit où se lit le mot « pendaison » :

–Je n’oublierai jamais, dit-elle, que c’est devant une de ces affiches que j’ai sangloté à cause d’Otto… Peut-être mon nom figurera-t-il aussi un jour sur un de ces torchons.

Elle le regarde fixement. Il a le sentiment qu’elle ne comprend pas toute la portée de ce qu’elle dit. (Pages 34-36)

 

Critique/Presse :

De Seul à Berlin, Primo Levi disait, dans Conversations avec Ferdinando Camon, qu'il était « l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ». Aucun roman n'a jamais décrit d'aussi près les conditions réelles de survie des concitoyens allemands, juifs ou non, sous le III Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité. Editions Gallimard

Rédigé immédiatement après la fin des hostilités, ce vaste roman social dépeint dans une narration alerte et circonstanciée le destin des habitants d'un locatif de la banlieue ouvrière berlinoise. Des péripéties parfois hautement dramatiques incitent à se laisser captiver, le climat et la mentalité sont habilement rendus. C'est au jour le jour la disparition de l'Etat de droit, l'avènement de la terreur, la perversion des relations humaines. Et une folle tentative de résistance. Certes, le genre romanesque est maintenant désuet. Mais Fallada en use adroitement, son réalisme parvient à suggérer l'inquiétude et l'angoisse et à créer une atmosphère qui rend la fiction suffisamment plausible pour qu'elle puisse prendre valeur de témoignage. Le Temps - Wilfred Schiltknech

Ecrit et publié dans l'immédiat après-guerre, ce dernier roman de Hans Fallada (qui est mort en 1947, peu de temps après la sortie de Seul dans Berlin) fait frémir quant à sa force et à sa lucidité. Aucun héros ni coup d'éclat dans cette histoire d'autant plus oppressante que l'on sait qu'il n'y aura pas de rebondissement heureux de dernière minute. Pas d'échappatoire dans la vraie vie, la machine à broyer de la Gestapo est inéluctable et la terreur qui paralyse la population est implacable. C'est aussi là le grand mérite de ce roman que de donner à comprendre de l'intérieur comment a fonctionné ce régime qui s'est emparé du pouvoir en pariant sur le zèle de quelques-uns et l'indifférence de la majorité. De silences en renoncements, le peuple allemand a laissé s'installer la pire dictature qu'il se puisse imaginer.On ne sort pas indemne de ce livre (on n'ose pas écrire roman) qui donne un éclairage rare sur cette période noire du XXe siècle. Joël Fompérie© Jowebzine.com - Janvier 2005

Petite remarque perso : L'immeuble dans Berlin devient à lui seul un échantillon représentatif de tous les comportements qui ont pu exister durant cette période. J'ai particulièrement aimé la manière dont est amenée l'entrée en résistance de la famille Quangel, sans héroïsme, simplement, au quotidien. Presque naïvement. Cette lente prise de conscience, puis les situations qui s'enchaînent et obligent à agir. Par désespoir, par humanité. Arrive un moment où il ne peut en être autrement. Il y a aussi ces êtres abjectes, cupides, profiteurs, délateurs, d'autres que la peur paralyse et qui n'osent plus rien, ni bons ni mauvais, juste terrorisés par les événements... Ils essaient de passer inaperçus, gardent le silence, fuient les autres. Il y a cette famille souvent imbibée d’alcool dont les fils sont devenus SS. Et tous ces destins se croisent dans la cage d'escalier. Chacun s'observe, se jauge, à la limite du défit, sur le fil aiguisé du rasoir. Un seul faux pas sera fatal.
Une chronique de la survie ordinaire, très réaliste, et sans doute très près de ce qui a été, sans concessions, sans beaucoup d'espoir. La guerre dure, le temps parfois s'enlise.

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