Un Monde A Lire
Le Signe de Jadis
LE SIGNE DE JADIS
 
Kerstin EKMAN
 
Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus
Aux éditions Actes Sud
Paru en 2007 pour la traduction française (2000 pour l'édition originale)
216 pages
ISBN : 978-2-7427-6295-8
 
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«Il était convaincu qu'ailleurs existaient d'autres contrées. ici, c'était le monde, évidemment. mais il y avait obligatoirement un autre monde aussi, même s'il n'était pas facile de se le représenter. Quoiqu'il essayât d'évoquer dans son esprit, il ne voyait que des bouleaux aux troncs noueux et noirs de chancre "(Page 19)

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Forêts, landes, marécages et montagnes, racontés par Kerstin Ekman dans Le Signe de jadis, sont peuplés de présences, d'êtres, dont l'un se trouve impliqué dans un conflit opposant les clans invoquant l'Ours et la Louve. L'antagonisme a des racines historiques très anciennes. La paix, l'harmonie pourraient être rétablies si l'on savait retrouver le signe de Jadis. Obligé, à la suite de diverses péripéties, de rallier les Loups, le héros tombe amoureux de Sjorhpa, appartenant à la faction ennemie. S'ensuit une fuite des deux amants par forêts et rivières. A leur manière, tous deux sont des fondateurs, des décrypteurs percevant les beautés, les dangers et les lois immémoriales d'une Nature dans laquelle ils évoluent, ni hommes ni animaux, en symbiose avec les oiseaux, les arbres et les eaux, aussi menacés qu'un insecte ou une musaraigne. Récit métaphorique prônant la naïveté dans une société qui l'écrase, message appelant au retour à la Nature et à la simplicité, superbe histoire de forêts et d'êtres qui y vivent et s'y cachent, loin de nos fonctionnements humains, Le Signe de jadis s'apparente aux textes d'auteurs nordiques dont la Nature est la principale préoccupation, des sagas islandaises au voyage de Nils Holgersson.

 
«Un jour, le monde s'arrête. en tout cas, pour ceux qui ne survivent pas. Les aures doivent recommencer depuis le début. S'il reste un peu de mémoire, on a de quoi reconstruire. "(Page26)
 

Extrait :

Autrefois, ceux de notre espèce aussi avaient des vaches et des chèvres, dit-elle. Sauf qu'elles étaient plus petites. Je crois que certains ont encore leurs animaux. mais ils sont devenus encore plus petits maintenant, et tellement gris qu'ils sont difficiles à apercevoir. on croit que ce sont de simples touffes de brouillard dans le marais, mais on peut entendre la clochette qui tinte. Et quand ils iodlent pour appeler les vaches, ça s'entend loin, très loin. Dommage seulement que le clapotis des ruisseaux et le murmure des sapins recouvrent leur chant. Autrefois nous aimions beaucoup ce qui était beau et nous ne pouvions pas nous empêcher d'imiter un bel oiseau quand nous en voyions un. Comme le fait le mésangeai. A cette époque-là, l'homme de la maison avait de l'allure en manteau à passepoils noir et bleu et une rangée de boutons blancs. La vache avait une clochette en argent et la chèvre un ruban rouge autour du cou. et les chaussures de la petite madame avaient des lacets en brins de laîche avec des perles. Aujourd'hui nous n'avons plus d'habits superbes. Nous sommes devenus presque entièrement gris.
Tout avait disparu, tout ce qu'avait raconté Röpa. Restaient les chansons. Sjorhpa décida que pendant l'hiver elle allait écouter très attentivement les chansons de sa mère pour ne pas les oubier. Elle allait méticuleusemet mémoriser tout ce que Röpa savait, et seulement quand elle serait certaine que sa mère n'avait plus rien à raconter, seulement alors elle partirait avec Geste. (Pages 82-83)

 
"Alors la mémoire de Geste se déploya dans la soirée. Pleine de trous, certes, telle une toile d'araignée déchirée, mais ici, près de la rivière, quand les castors se frottaient le museau et le pelage mouillé, quand les pinsons sifflaient et que le renard froissait les laîches sur son passage en allant fouiner parmi les boules d'or, ici, la mémoire jouissait d'une grande surface intacte qui s'étendit et se mit à scintiller." (Page 118)
 

Critique/Presse :

Petite remarque perso :

Ce roman est un conte, peuplé d'êtres à la lisière des rêves. Le personnage principal ? Cette nature vibrante, vivante, bruissante. Pourtant ces êtres nous murmurent une réalité universelle, la nôtre... celle de toutes les espèces animales, végétales, celle de l'air et des roches, du ciel et de l'eau... Et cette lecture suspendue, hors du temps et de l'espace reste pourtant profondément ancrée et en nous en appelle à notre mémoire. Ce grand pan de brume plein de trous... qui sous nos yeux émerveillés se déploie en un reflet multicolore.

 

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