Un Monde A Lire
Soleils d'ocre
SOLEILS D'OCRE
 
Mylène Mouton
 
Aux éditions Gaïa
Paru en 2006
205 pages
ISBN 13 : 978-2-84720-090-4
 
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«Les chamanes ont en eux de grands pouvoirs. Ils boivent les boissons préparées avec la poudre de champignons et plantes qu'ils connaissent bien, ils dansent au son des tambours, ils appellent et reçoivent en eux le souffle des animaux. Et ils voient les images. Ils les peignent tant qu'elles restent collées derrière leurs paupières ; mais ils doivent se dépêcher, avant qu'elles s'enfuient et rejoignent leur monde !"(Page 107)

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Il y a 12 000 ans, au pied des Alpes, le clan de Fraou vit et se déplace au rythme des saisons, en célébrant la mémoire de Tadiik'anh, le souffle sacré du renne. Un soir un chasseur ramène un garçon étranger, qu'il a trouvé gisant, blessé. Il a les cheveux rouges. Rouges comme les traînées d'ocre qui semblent flamboyer dans le ciel crépusculaire. Un signe, disent les chasseurs. Le lendemain naissent deux enfants jumeaux, fille et garçon. Ils seront le joyau du clan, " enfants-chance " garants de la protection d'Eryniâ, la Lune. A condition de n'être jamais séparés, telle est la loi du clan. Mais déjà en ces temps lointains, les lois de l'amour, de la jalousie et de la haine président aux destins.

C'est un drame intemporel que Mylène Mouton met en scène à l'âge de pierre. Son écriture somptueusement limpide donne vie à des hommes et des femmes préhistoriques qui nous sontétonnamment proches.

Documenté avec précision, romancé avec intelligence, Soleils d'ocre est d'une grande rigueur archéologique. Comme une peinture rupestre encore toute fraîche...

 
"En prononçant ces paroles, il sortit d'une poche fraou'biiu, l'objet sacré que lui et le chamane utilisaient pour compter les soleils, les lunes et les saisons. C'était une baguette plate façonnée dans un bois de cerf sur laquelle il représentait chaque soleil écoulé par une minuscule entaille qu'il gravait au burin ; ensuite il séparait chaque ensemble de stries correspondant aux périodes d'Eryniâ par une entaille plus profonde." (Page 76)
 

Extrait :

"Laisse-moi rêver... me souvenir encore un peu.

Comme la lumière est belle ce matin... Elle danse devant mes yeux comme un papillon. L'air est lourd pourtant, chargé d'humidité ; les bras des saules s'inclinent sous les courbes d'ohoaho, le vent. As-tu vu là-bas, dans le coude de la rivière, ces silhouettes sombres qui s'agitent furtivement ? Parfois, une petite tête noire trouve la surface de l'eau : les castors ont établi leur gîte en travers du courant.

Non, ne fais pas tournoyer ta fronde, regarde ! Regarde la rivière qui bondit, échevelée sur les galets... Les branches maintenant immobiles au-dessus de nos têtes : la brise a ramassé son grand corps. Les rayons obliques d'Eryniô traversent les arbres qui ont brisé ohoaho, le vent. Tout est silence maintenant.

Amène ton petit frère. Venez près de moi, étendez vous sur la mousse... Près de vos mains posées sur le sol s'activent de grosses fourmis noires. (...) Je suis comme l'une d'entre elles. J'ai longtemps marché... Un lointain soleil je suis arrivée de ce côté de la rivière. J'ai reconnu les miens et ils m'ont reconnue." (Pages 197-198)

 
Le rêve s'est échappé de mes paupières et s'est élevé dans la hutte d'où montaient des ronflements sonores. Il a envahit l'espace restreint avant de sortir par l'orifice central et est allé rejoindre les petites lumières pourtant cachées par l'épaisse couverture de brume qui enveloppait la terre, cette nuit là, ainsi que les soleils qui suivirent. La nuit était complètement noire.". (Page 169)
 

Petite remarque perso :

Dans Soleils d’ocre, Mylène Mouton évoque avec  justesse et modernité une histoire d’avant l’histoire… Le clan de Fraou, les enfants-chance, la différence, l’amour…  Thèmes intemporels. Elle nous emmène visiter cette époque lointaine que nous portons pourtant en nous, maillon après maillon, dans quelque lointaine et primitive mémoire ? Les images suscitées par les mots sont peintes à l’ocre rouge sur les murs de ces cavernes qui nous hantent et nous émerveillent.

Anecdotique : j’ai choisi ce livre par hasard, parce que ses pages sont roses. Curieuse, je l’ai ouvert, et j’ai su qu’il m’accompagnerait.

J'avais consigné ma lecture dans le weblogue d'Un Monde A Lire, un visiteur m'a signalé que le roman avait remporté le prix jeunesse ado du festival de Brive en 2007 !

 

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