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SONIETCHKA
 
Ludmila Oulitskaïa
Traduit du russe par Sophie Benech
Editeur Gallimard
Collection Folio, numéro 3071
108 pages
ISBN 2070404269
 
Liste alphabétique
Bibliothèque virtuelle
   

Dès son plus jeune âge, à peine sortie de la prime enfance, Sonitchka s'était plongée dans la lecture. Son frère aîné Ephrm, l'humoriste de la famille, ne se lassait pas de répéter la même plaisanterie, déjà démodée au moment de son invention : "A force de lire sans arrêt, Sonietchka a un derrière en forme de chaise, et un nez en forme de poire!" Malheureusement, il n'y avait pas là beaucoup d'exagération... (Premières lignes du roman)

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Depuis toujours, Sonia puise son bonheur dans la lecture et la solitude. C'est dans une bibliothèque que, à sa grande surprise, Robert, un peintre plus âgé qu'elle, qui a beaucoup voyagé en Europe et connu les camps, la demande en mariage. Avec Robert et bientôt leur fille Tania, Sonia n'est plus seule. Elle lit moins, mais malgré les difficultés matérielles de l'après-guerre, elle cultive toujours le même bonheur limpide, très légèrement distant et ironique. Des années plus tard, Tania introduit à la maison son amie polonaise Jasia, fille de déportés, mythomane et fantasque, qui devient la maîtresse de Robert. Malgré son chagrin, Sonia est toujours heureuse. Robert meurt. Tania et Jasia s'en vont à leur tour. Sonia se retrouve seule, elle se remet à lire. Elle irradie toujours du même bonheur résolument paisible et mystérieux.

 

Extrait :

Robert Victorovitch, l’air songeur, prêtait l’oreille aux échos assourdis d’un grondement de bonheur qui résonnait dans la moelle de ses vieux os, et essayait de se souvenir quand il avait éprouvé cette sensation… D’où lui venait cette étrange impression de déjà vécu… Peut-être avait-il ressenti quelque chose d’analogue dans son enfance quand, après s’être ébroué tout son saoul dans les eaux lourdes du Dniepr, il regagnait le sable croustillant et surchauffé, s’y enfouissait et se réchauffait dans ce bain sablonneux jusqu’à ce que monte dans ses os cet écho délicieux… Cela ressemblait aussi à la stridente révélation de son enfance quand, sortant une nuit pour faire un petit besoin, le jeune Ruwim, le fils d’Avigdor, qui deviendrait plus tard Robert Victorovitch, avait penché la tête en arrière et vu toutes les étoiles du monde qui le regardaient là-haut de leurs yeux vifs et curieux, un carillon silencieux avait alors recouvert le ciel de son manteau plissé et c’était comme si lui, qui n’était qu’un petit garçon, tenait tous les fils de l’univers, et au bout de chacun de ces fils tintait une clochette au son aigu et grêle, et il était le centre de cette gigantesque boîte à musique, le monde tout entier faisait docilement écho aux battements de son cœur, à chacune de ses respirations, au flux de son sang et au flot de son urine tiède… Il avait rabattu sa chemise de nuit reprisée et, lentement, avait levé les bras comme pour diriger cet orchestre céleste… Et la musique l’avait pénétré au plus profond de lui-même, se propageant en ondes délicieuses jusque dans la moelle de ses os…
Il avait oublié. Il avait oublié cette musique, seul son souvenir avais mis de longues années à s’effacer. (Pages 77-78)

 

Critique/Presse :

En peu de pages, Ludmila Outliskaïa brosse le portrait d'une vie, par petites touches, à la manière d'un peintre impressionniste. C'est du grand art. L'avis de la fnac

Couronné par le prix Médicis étranger 1996, ce court portrait irradie une félicité aussi mystérieuse et certaine que celle d'Un cour simple, la nouvelle de Maupassant. Magazine Lire

Petite remarque perso :

Sonietchka est un livre très court et pourtant lumineux.
Il évoque la société russe à travers une femme, avide de lecture, fantasque et rêveuse dans sa prime jeunesse. Elle est à ses lectures et demeure un peu diaphane, elle s’efface devant les mots des auteurs comme elle s’efface lentement dans la vie qu’elle partage plus tard avec Robert, artiste peintre. Tellement surprise d’avoir seulement pu attirer l’attention d’un homme tel que lui, tellement surprise et émerveillée de cette sorte de félicité qu’elle ressent dans son quotidien avec lui, elle lit moins, mais ne vit pas vraiment non plus, elle regarde sa vie se dérouler devant elle, sans être tout à fait capable d'y prendre part... Elle s'active pourtant, mais on la sent à peine... Elle nous échappe, un peu nébuleuse, comme un personnage de roman dont on aurait du mal à définir les contours...
Bien sûr, la condition de la femme russe à cette période...
Bien sûr, la condition des artistes sous Staline...
Bien sûr, l’éveil de la jeunesse et des nouveaux intellectuels...
Mais surtout, Sonietchka...Dans les livres, elle puisera toujours cette belle lumière. Cette lumière que peut-être le peintre a, un jour, voulu capturer dans les caves d'une bibliothèque... Il y a longtemps, parfois en empruntant des chemins détournés... et beaucoup plus tard, quand il peindra la beauté de sa jeune et belle maîtresse ne tentera-t-il pas en fait d'atteindre cette... lumière qui toujours lui échappe ? Ce blanc vivant... le blanc des pages d'un livre : Sonietchka...


 

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