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SOURIRES DE LOUP
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alphabétique Bibliothèque virtuelle |
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Auteur Zadie Smith Présentation
de l'éditeur : Une saga familiale nerveuse et colorée qui va des années 70 aux années 90, en passant par la seconde guerre mondiale, avec dans les rôles-titres, les deux patriarches et inséparables amis, Archibald Jones et Samad Iqubal. L’occasion pour l’auteur de passer au crible, à travers les pérégrinations d’immigrants et de leur descendance, les questions, ô combien complexes, de l’intégration… Et de ses désintégrations. C’est le Londres multiethnique, haut en couleurs, en accents coupés à la machette, le Londres de White Chapel, où se côtoient Irlandais, Bangladais, Jamaïcains, pintes et poulet Tikka, que nous retrouvons ici. Jetant pelle-mêle dans son plat, démêlés familiaux, adultères, masturbations coupables, fondamentalisme musulman, éducation sentimentale, folie terroriste ou eugéniste, Zadie Smith façonne un roman éminemment empathique et cocasse, qui joue sur les oppositions culturelles, sociales, idéologiques, humaines, et s’amuse constamment des contraires. Car, il règne dans ce roman qui aurait pu être d’une noirceur abyssale, un humour gouailleur et pince-sans-rire - à la précision quasi géométrique. Stéphane Malterre (Ce texte se rapporte à l'édition) .
–– Si, justement, je vais m’aviser, dit Irie, le rouge de la colère lui montait au front. Et j’te l’répète, ferme-la, Alsana. Fermez-là, tous autant que vous êtes. D’accord ? Contentez-vous d’la fermer. Au cas où vous l’auriez pas remarqué, y a comme qui dirait d’autres gens dans c’bus, et croyez-moi si vous voulez, mais tout l’monde a pas forcément envie d’entendre vos histoires. Alors, fermez-là. Essayer un peu, pour voir. Le silence, en-fin ! » dit-elle en levant la main et en faisant mine de vouloir palper l’atmosphère qu’elle venait de créer. « C’est pas merveilleux l’silence , Il vous est jamais arrivé d’vous dire que c’est comme ça que vivent les autres ? Dans le silence. Demandez aux gens qui sont ici. Ils vous l’diront. Ils ont une famille, eux aussi. Et il y a des familles qui sont comme ça tout le temps. Y en a qui vous diront qu’ces familles-là sont frustrées ou inhibées, mais vous voulez savoir c’que j’en pense, moi ? » Les Iqbal et les Jones, bouche bée comme les autres passagers (…) n’avaient aucune réponse à proposer. « Eh bien ces gens-là, moi j’dis qu’c’est des putains de p’tits veinards. –– Irie Jones ! s’exclama Clara. Arrête de jurer ! » Mais Irie était lancée. Plus moyen de l’arrêter. « Quelle existence paisible ! Quel bonheur de vivre comme ça ! Ces gens-là ouvrent une porte, et qu’est ce qu’ils trouvent derrière ? Un salon tout bête, ou une salle de bains, et rien d’autre. Des terrains neutres, quoi. Et pas cette espèce de labyrinthe, avec les pièces d’aujourd’hui et les pièces d’hier, et tout ce qui s’y est dit pendant des années, toute cette saloperie d’histoire, partout dans la maison, qui vous colle après. Il ne répètent pas inlassablement les mêmes vieilles erreurs. Ils ne sont pas toujours en train de remuer la même merde. Ils étalent pas leurs angoisses dans les transports en communs. Les grands traumatismes de leur vie, c’est quand il faut changer la moquette, payer une facture ou réparer le portail. Ils n’ont rien à redire à ce que font leurs gosses du moment u’ils sont à peu près sains de corps et d’esprit. Heureux, quoi ! Et chaque journée qui passe n’est pas une foutue bataille entre ce qu’ils sont et ce qu’ils devraient être, ou ce qu’ils ont été et ce qu’ils seront. Demandez-leur, et vous verrez ce qu’il vous disent. Pas de mosquée, chez eux. Un peu d’église, peut-être, et encore. Un péché par-ci, par-là. Et du pardon, en veux-tu en voilà. Pas de grenier. Pas de saloperies entassées dans le grenier. Pas de squelettes dans les placards. Pas d’arrière-grands-pères. Je parie vingt livres, là, maintenant, que Samad est bien le seul ici à connaître la longueur du pantalon de son arrière-grand-père. Et vous savez pourquoi, eux, y savent pas ce genre de choses ? Parce qu’y s’en foutent royalement. C’est du passé pour eux, point barre. Voilà comment c’est chez les autres. Y passent pas leur temps à s’apitoyer sur leur sort. A prendre leur pied, oui, j’dis bien, à prendre leur pied à se dire qu’ils sont complètement paumés. A essayer de trouver des moyens pour rendre leur vie plus compliquée. Il se contentent de la vivre, merde ! Les putains d’veinards. Quel cul y z’ont pas ! » Le flux d’adrénaline déclenché par cette sortie parcourait tout le corps d’Irie, faisait battre son cœur à un rythme accéléré (…) Elle finit par se calmer, posant la main sur sa poitrine palpitante et s’obligeant à respirer profondément, tandis que le bus arrivait en vue de Trafalgar Square et que les pigeons commençaient à tournoyer au-dessus d’eux. « Ca va, ma chatte ? » lui demanda Archie après un long silence, posant sur son genou sa grosse main rose constellée de taches de vieillesse brunâtres. « Ben, dis donc, t’en avais gros sur la patate. –– Ca va, papa. Ca va bien. » Archie lui sourit et luit
remit une mèche de cheveux derrière l’oreille. Epopée chatoyante de trois familles, trois générations dans un Londres moderne dont le point fondateur est l'amitié entre deux hommes, Samad Iqbal du Bangladesh et l'Anglais Archie Jones. Brassage magistral de cultures (anglaise, bengali, jamaïcaine) et de grands thèmes (le colonialisme, le fondamentalisme, les manipulations génétiques), ce récit ample et dense éblouit par la remarquable acuité de son jeune auteur, ses saillies drolatiques, son foisonnement de voix et de situations. Une ambition rare qui ne tarde pas à être récompensée. (Lire) Ce premier
roman, d'une grande maturité, la place au premier plan de la littérature
britannique. Ses dialogues, incroyables de vérité et de
diversité – ils reflètent la richesse des différentes
communautés de Londres –, alliés à un grand
talent de conteuse, nous disent les origines, les espoirs et les difficultés
des familles cosmopolites dans un environnement souvent hostile. Petite
remarque perso
: Des personnages à foison, hauts en couleurs, des familles,
des histoires rocambolesques, des complications… Un ton enlevé,
de l’humour… J’ai adoré la manière dont
l’auteur évoque les accents dans ses dialogues, en particulier
l'accent jamaïcain, j’avais presque envie de lire à
haute voix les réparties de la grand-mère d'Irie par exemple.
Le nombre de thèmes
abordés dans ce roman est assez impressionnant : le racisme, les
conflits de générations, l’intégration, la
religion, l'intégrisme, les sectes, le fanatisme, la drogue, l'amitié,
l’amour, la guerre, la science, la génétique j’en
passe et des meilleurs !
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