LE THEOREME DU PERROQUET

Denis GUEDJ

 

 

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Archytas de Tarente est l'inventeur du nombre un. L'inventeur ? Le "un" n'avait-il pas toujours existé ? Eh bien, non ! Pour la plupart des penseurs grecs, les nombres commençaient à "deux". Pour eux, il y avait le "un"... et les autres. Le "un" parle d'existence, pas de quantité, affirmaient les Grecs. La multiplicité est du ressort des nombres : "Est un ce qui est". Ca, c'est de la philo ! (...) En dépouillant le "un" de sa singularité et de son altérité, Archytas en avait fait un nombre comme les autres ! Denis Guedj

 

Fiche :

Auteur Denis Guedj
Editeur Seuil
Date de parution 09/2000
Collection Points, numéro 785
Nombre de pages 655 pages
Format 12 cm x 18 cm
ISBN 2020427850

 

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Pierre Ruche, libraire à la retraite, reçoit une mystérieuse lettre d'Amazonie, écrite, peu avant sa mort, par son ami Grosrouvre. Dans le même temps, ce dernier lui lègue une fabuleuse bibliothèque entièrement consacrée aux mathématiques. Mais comment classer ces pécieux ouvrages ? Pour y parvenir, Pierre Ruche est contraint de se remettre aux maths... à 84 ans.

Comment élucider le mystère de la disparition de Grosrouvre ? Pour y parvenir, Ruche, accompagné de Perrette, de Max, de Jonathan et Léa, les jumeaux, et de Nofutur, le perroquet amnésique, se lance dans un long voyage à travers l'histoire des mathématiques, depuis les Grecs ancines jusqu'à nos jours.

Humour et suspense, mathématiques et littérature, pour un roman qui connaît un grand succès dans le monde entier.

 

Extrait :

« Vous souvenez-vous m’avoir demandé un jour, toi et Léa, s’il n’y avait pas de chemin plus rapide en mathématiques, c’était au sujet du théorème de Thalès… et du fellah, et toi, Jonathan, à quoi elles servaient ? demanda monsieur Ruche.

Les jumeaux se redressèrent dans un bel ensemble. Pas mécontent de son effet, M. Ruche, d’un ton amène :

« Eh bien j’ai découvert qu’Euclide vous avait concocté des réponses qui vous raviront.
Et il se mit à raconter :

« Un jour, le roi Ptolémée visitait la bibliothèque. Passant -en revue les ouvrages, il s’arrêta longuement devant les rayonnages où se tenaient les nombreux rouleaux des Eléments, rangés dans leurs étuis. Se retournant brusquement ver Euclide, il lui demanda s’il n’y avait pas une route plus courte que celle-ci pour pénétrer dans les sujets mathématiques. Euclide lui répondit : ‘’En géométrie, il n’y a pas de chemin direct réservé aux rois’’. Il fallait un satané courage pour répondre ainsi.
Une autre fois, alors qu’Euclide venait de terminer d’enseigner un théorème à un élève, celui-ci, un jeune loup, voulut savoir quel profit il allait en retirer. Euclide appela un esclave ; ‘’Donne-lui trois oboles, lui ordonna-t-il, puisqu’il lui faut absolument retirer un bénéfice de ce qu’il vient d’apprendre’’.
–Je vous reçois cinq sur cinq, M. Ruche, dit Jonathan en s’inclinant.

Puis s’adressant à Léa :

« Ce que, par la voix d’Euclide, ce cher monsieur Ruche nous déclare céans, c’est : ‘’Si vous touchez aux maths, vous ne devez être ni pressés, ni cupides, fussiez-vous roi ou reine’’.

Epatés par cet emploi imprévu, et justifié, du subjonctif, M. Ruche et Léa, admiratifs, hochèrent la tête de concert.

–Tu m’as bien reçu, Jonathan, confirma M. Ruche. Ce… théorème que tu viens d’énoncer est vrai, non seulement pour les mathématiques, mais pour la connaissance en général. Et aussi pour les arts.

–Et pour l’amour aussi, ajouta Léa

–Sans doute, sans doute. Cela me rappelle la réponse que Grosrouvre avait fait à l’une de ses maîtresses. Cela se passait au Tabac de la Sorbonne, le bistrot où l’on se retrouvait. Grosrouvre était arrivé avec pas mal de retard. La fille l’attendait avec impatience. « Qu’est-ce que tu faisais, mon chou ? » « Je terminais une question de maths. » La fille remua la tête en signe d’incompréhension : « Je ne comprends pas comment tu peux passer tant de temps à faire ces choses-là. Enfin, à quoi ça sert, tes maths ? » Elgar l’avait regardée droit dans les yeux. Elle s’était troublée. Il lui avait glissé : « Et l’amour, mon chou, à quoi ça sert ? » On n’a jamais plus revu la fille.
–Mais la question a servi à ce que votre ami quitte sa… Je n’aime pas le mot maîtresse, quitte la dinde avec qui il sortait. Une fille qui appelle son mec « mon chou » est une tarte ! déclara Léa d’un ton sans réplique. Et votre amis, apparemment, ne s’en était pas rendu compte avant. Plus finaud en maths qu’en psychologie féminine !
–On s’éloigne ! Donc, constata Jonathan, vous voulez que nous fassions des mathématiques pour que cela ne nous serve à rien. (Pages 184 à 186)

 

Critique/Presse :

Un voyage, un grand voyage à travers le temps et l'espace, voilà l'impression qui se dégage de cet ouvrage !
En dehors de l'énigme policière (plutôt bien menée) qui justifie notre incursion dans l'Histoire des Sciences, ce sont les mathématiques (et les mathématiciens) ici qui respirent, rayonnent et changent le monde. On devient très vite impatient de savoir comment "zéro" est né ou pourquoi les décimales de Pi peuvent s'étendre à l'infini.
Impossible de ne pas prendre part aux démonstrations qui se présentent au fil des pages. Impossible de ne pas attraper un crayon, de ne pas griffonner quelques figures ou quelques équations dans la marge... Comme si, en l'espace de quelques dizaines de pages, naissait en nous l'âme d'un grand mathématicien.
Denis Guedj nous rend ici totalement perméable aux mathématiques, à notre plus grand étonnement et pour notre plus grand plaisir... Préparez-vous à découvrir en vous des talents cachés ! C.H. pour le site EVENE

Après Le monde de Sophie, Le voyage de Théo et autres sagas théologico-philosophiques, ce sont maintenant les sciences dures qui se coltinent le genre de la fiction. La mode du deux en un a sévi là aussi: après le shampoing démêlant, le gel douche-crème hydratante, les sels lavage-rinçage régénérants, voici les romans-cours-de-maths-physique-chimie. Dans un même livre, l'amusement et la culture, l'étude et la récré.
On se souvient du Théorème du perroquet de Denis Guedj. Une fiction pleine de rebondissements, des personnages hauts en couleur et, en prime, des pages entières d'histoire des mathématiques! La gageure étant d'intégrer ces dernières dans le récit. Pour résoudre l'énigme de l'histoire, il fallait en passer par la résolution de problèmes mathématiques des plus simples aux plus complexes. Dans ce genre, c'était sans doute ce que l'on pouvait faire de mieux. Ariane Poulantzas - Lire, avril 2000

 

Petite remarque perso : Une manière originale de ramener vers les maths les nombreuses brebis égarées ! Simplement en les présentant... sous un autre angle ! Attachante histoire de ce vieux monsieur, libraire de son état, obligé de se plonger dans cet univers qu'il n'a jamais véritablement fréquenté, si ce n'est à travers son ami de fac... Monsieur Ruche avait bien sûr étudié les lettres, Grosrouvre, lui, les maths. Aujourd'hui, le vieux libraire se voit dans l'obligation de trouver un mode de classement à tous ces ouvrages rares traitant des mathématiques... Et bizarrement, il y prend plaisir parce que les maths vont chercher leurs origines dans la philosophie ? Parce qu'en redécouvrant les vieux théorèmes il retrouve finalement... toute l'histoire de la pensée humaine ? Peut-être une réconciliation finalement, entre des domaines que l'on a voulu, petit à petit, séparer alors qu'à l'origine ils étaient indissociables... comme Ruche et Grosrouvre à la grande époque de leurs études... Deux univers liés par une même passion : la connaissance...

J'ai lu des critiques comparant Le théorème du perroquet au Monde de Sophie. Et j'avais pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce dernier. D'aucun disent bien entendu qu'il s'agit là d'une forme de vulgarisation qui, en associant le scientifique et le romanesque finit par manquer sa cible ? Je ne suis pas d'accord, au contraire la cible, c'est précisément un lecteur "novice" qui prend plaisir à effleurer la mystérieuse planète des maths...Je sais que je n'ai pas entre les mains un traité ou un essai, mais un ROMAN ! Et celui de Denis Guedj est passionnant, tendre, plein d'humour... mais aussi de quelques formules mathématiques et autres figures géométriques...

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