Traversée

Nikki Gemmell

 

 

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"J'aperçois une étoile filante, puis une autre. Il n'y a pas de vent. J'ai l'impression que nous nous enfonçons dans un endroit silencieux et étrange où nous n'avons pas le droit de nous trouver." Nikki Gemmel


Fiche :

Auteur Nikki Gemmell
Traduction Michèle Valencia
Editeur 10/18
Collection 10/18 Domaine Etranger, numéro 3139
Nombre de pages 222 pages
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 2264029048

 

Résumé :

Dédicace de France Inter :

Fin, une jeune journaliste de Sydney, fatiguée de sa vie citadine et des faits divers sordides, saisit l'occasion qui lui est faite de couvrir une expédition scientifique en Antarctique. Ce désert blanc, le plus inhospitalier de tous, continent de légendes et de souffrances, n'est-il pas l'une des dernières frontières de notre monde ? Durant la traversée, elle apprend à vivre dans la promiscuité du bateau, dans cette micro-société cosmopolite et essentiellement masculine où le regard de l'autre prend une importance considérable. Le monde clos du bateau et des campements a ses règles et ses tabous que Fin met à mal lorsqu'elle tombe amoureuse. Puis, la vie sur le continent sauvage se révèle à la fois dure et enthousiasmante, âpre et enrichissante. L'immensité nue et grandiose de la glace la pousse à se délester de tout ce qui l'encombre pour revenir à l'essentiel. Dans ce premier roman, Nikki Gemmell trouve les mots justes pour exprimer une émotion vraie, celle d'une jeune femme bouleversée qui, douloureusement, va apprendre qui elle est. "Je suis ici parce que l'Antarctique m'a donné le goût des déserts. Ce foutu désert, le plus dur de tous, m'a rendue accro des grands espaces, aux cieux élevés et à l'air qui vibre. C'est un besoin violent, je l'ai en moi et il ne va pas me lâcher. Parfaitement éveillée, je suis allongée dans mon sac de couchage, au milieu de cet autre désert. Le vent a soufflé toute la nuit et chassé le sommeil. J'écris sur l'Antarctique à la lueur d'une torche, à plat ventre. Tout comme j'aimais me mettre à plat ventre sur la glace."

 

Extrait :

Sur la passerelle, une carte de l’Antarctique, d’un mètre de large, protégée par du verre, recouvre la table. Dans certaines régions côtières, il n’y a pas de ligne. Seulement des hachures ou du vide venant buter sur l’assurance des traits bleus qui désignent la partie connue du continent. Les cartographes ignorent toujours où finit l’océan et où commence la terre sous certaines immenses langues glacières qui mordent sur la mer. Les glaciers les tiennent encore en échec.
Notre navire approche.
William est assis à côté de moi. Il pianote sur le bras de son fauteuil. Au fur et à mesure que nous avançons, la passerelle devient sa salle de conférences ; Le public groupé autour de lui fait preuve de concentration tandis qu’il domine, perché sur le fauteuil d’observation des oiseaux. Tranquillement, il cite Coleridge au moment où le bateau brise la dernière glace compacte avant la côte.
« La glace était ici, la glace était là, la glace était partout, elle craquait, grondait, rugissait, hurlait, semblait se pâmer. »
La glace heurte obligeamment la coque. Nous éclatons de rire.
William rêve d’aller dans l’Antarctique depuis qu’il est tout petit. Il a sur lui une carte du continent. Elle est tout usée aux pliures. Il la possède depuis l’âge de 10 ans. Elle contient beaucoup plus d’endroits laissés en blanc que celle de la passerelle. Il a sollicité la mission la plus longue possible — dix-huit mois. Il lui a fallu six tentatives pour décrocher le boulot consistant à observer les pétrels des neiges. Pendant qu’il est assis, penché en avant, ses doigts tambourinent sans cesse, comme s’il envoyait un message codé en morse.
Je me sens pleine de vie. Neuve. J’ai l’impression que ma peau, mes yeux, mon esprit ont été débarrassés de couches superflues. J’ai l’impression d’être aussi nerveuse qu’une écolière vêtue d’un T-shirt en plein hiver, avant la course décisive, dans une compétition d’athlétisme. La tête me tourne et j’ai envie de quitter l’espace réduit du bateau pour gagner la terre dès que possible. William aussi. (Pages 137-138)

 

Critique/Presse :

Le premier roman de Nikki Gemmel, journaliste australienne, a pour cadre l'Antarctique, où l'auteur fit un reportage en 1995. C'est d'ailleurs la qualité du reporter qui frappe d'abord chez ce jeune écrivain. Les préparatifs, la longue traversée, l'organisation de la base, les horreurs du climat, les splendeurs du paysage : tout est décrit avec une précision parfois admirative, parfois narquoise, qui donne au lecteur l'envie d'y aller voir en même temps qu'un salutaire avertissement sur l'inconfort et les risques de l'aventure. Le récit touchera les voyageurs autant que les poètes. Le froid assassin organise ce huis clos où l'on est toujours plus ou moins tous ensemble.
Jean Soublin, Le Monde, 11/02/2000

Petite remarque perso : Quelle belle aventure que celle de l'Antarctique. j'ai aimé les paysages de glace décrits par Nikki Gemmell. Journaliste, elle a su rendre merveilleusement bien l'ambiance qui peut régner sur un bateau de ce genre, avec son équipage embarqué pour une mission scientifique. Une cohabitation de personnages plus hétéroclites, un monde d'hommes où quelques femmes tentent de trouver leur place. Les histoires qui se nouent dans cet espace clos, dans ce temps "hors temps", dans cette bulle où se tissent des relations souvent éphémères parce que la vie, la vraie, est restée à terre avec la famille et les amis. Pourtant, dans ces conditions particulières, l'essentiel émerge comme les premiers icebergs. Il devient évident, fulgurant. Plus le froid est mordant, plus les êtres sont mis à nus. Et puis l'émotion aussi, de cet amour qui arrive comme un premier amour...

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