Un Monde A Lire
LA VIE SILENCIEUSE DE MARIANNA UCRIA
 
Dacia MARAINI
 
Aux éditions Robert Laffont Pavillons poche
Paru en mars 2006 - 1999 pour la première édition en français
Traduction française : Donatella Saulnier
413 pages
ISBN : 2-221-10644-X
 
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"Le nom de famille est un héron, une foulque noire, un Hercule jaloux qui dévore avec la voracité d'un porc : champs de blé, vignobles, poules, brebis, formes de fromages, maisons, meubles, bagues, tableaux, statues, carrosses candélabres d'argent, il avale tout, ce nom qui se répète comme une formule magique sur la langue"

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Sicile, XVIIIe siècle. La jeune Marianna Ucrìa, devenue sourde et muette à l'âge de cinq ans, brisée par un douloureux secret, vit murée dans son silence. Pour communiquer avec le monde, à défaut de parler et d'entendre, Marianna choisit la lecture et la connaissance. Elle se réfugie dans la bibliothèque où, influencée par les idées des Lumières, elle découvre la vie. C'est dans ce savoir qu'elle trouvera le courage d'affronter la vérité sur son infirmité. Après des années de silence et de solitude, sur cette île où tout est extrême, la splendeur et la misère, la tendresse et la violence, Marianna Ucria se révélera et apprendra à conquérir sa liberté.

 

Extrait :

"Faites le sortir", écrit Marianna et elle signe, comme s'il s'agissait d'un décret d'Etat. Et en effet, dans cette maison, dans ce fief, le maître a des pouvrois de roi. Cet homme, comme Fila en son temps, a été "donné" à Mariano par monsieur l'oncle-mari, qui lui-même l'avait reçu de l'oncle Antonio Scebarras, qui lui-même...

Il n'est écrit nulle part que ce vieillard aux cheveux jaunes appartienne aux Ucria, mais de fait ils peuvent en faire ce qu'ils veulent, le garder dans les caves jusqu'à ce qu'il pourrisse, ou le renvoyer chez lui et même le faire fouetter, personne n'y trouverait rien à dire. C'est un débiteur qui ne peut pas payer et donc, virtuellement, il doit répondre de sa dette avec son corps même.

"C'est à l'époque de Philippe II que les barons siciliens, en échange de leur allégeance et de la passivité du Sénat, ont obtenu des droits monarchiques sur leurs terres, ils peuvent se faire justice eux-mêmes." Où a-t-elle lu cela ? Ce que monsieur père appelait "l'injustice justifiée" et dont sa magnanimité l'avait toujours empêché de profiter.

Les intendants font simplement ce que les Ucrìa n'oseraient jamais faire de leurs blanches mains mais dont ils ont besoin : mettre au pas ces bêtes de somme de "vilains" en cognant, en menaçant de coups de corde, en enfermant les débiteurs dans les cachots de la tour. (Pages 251-252)

 

Critique/Presse :

Dacia Maraini retrace, en romancière d’une rare sensibilité, la vie silencieuse de Marianna Ucrìa, héroïne volontaire qui cherche à comprendre son destin et découvre l’amour après des années de solitude affective. Comme les images de vieux tableaux oubliés, elle fait surgir la vie d’une femme en quête de sa liberté dans un univers qui glisse, splendidement, irrévocablement, vers son déclin… Quatrième de couverture de l'édition Robert Laffont de septembre 1999

Avec ce roman (dont je n’ai lu que l’édition italienne de Rizzoli), Dacia Maraini, déjà reconnue et célébrée dans l’Italie tout entière pour la singularité de son œuvre, a incontestablement trouvé sa place parmi les plus grands noms de la littérature italienne contemporaine, dans la noble lignée de Verga, d’Elsa Morante ou de Tomasi de Lampedusa... Angèle Paoli

Petite remarque perso : Mariana porte un lourd secret dans son silence. Trop lourd pour que son esprit s'en souvienne même si son corps, dans sa mémoire de chair, n'a rien oublié. Jeune fille de la noblesse sicilienne, elle va prendre époux selon le voeu de sa famille et avoir des enfants, conformément à ce que l'on attend d'elle. Pourtant, son mutisme et sa surdité l'obligent à écrire et l'incitent à fréquenter assidûment la bibliothèque de monsieur l'oncle-mari dans laquelle elle va faire entrer les grands penseurs de ce siècle. Lentement, elle va prendre conscience de sa condition, de sa caste et de toutes les rigidités sociales qui la contraignent, jusque dans ses sentiments les plus intimes. Il lui faudra toute une vie pour apprendre à aimer et pour gagner une liberté qu'elle n'aurait jamais pu envisager. Désormais, le silence n'est plus un enfermement, mais une ouverture sur le monde.

Dacia Maraini rend superbement l'ambiance de cette période de transition où les idées nouvelles se frayent un chemin parmi les esprits les plus éclairés. Les portraits sombres d'ancêtres, dans la profondeur des maisons, tentent de conserver l'ordre établi, mais la couleur surgit, comme elle surgissait déjà lorsque Marianna, enfant, l'apprivoisait sur ses toiles naïves...

 

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