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LE VOILE NOIR

Anny DUPEREY

 

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Fiche :

Titre : Le voile Noir
Auteur : Anny DUPEREY
Editions du Seuil avril 1992
Points 1996
254 pages

 

Résumé :

Un jour, Anny Duperey a levé Le Voile noir (Seuil) sur la disparition tragique de ses parents. Depuis, on sait qu'avant d'écrire un mot elle laisse toujours à la porte le narcissisme du comédien. Pour mieux se concentrer sur ce don que sa fréquentation des meilleurs, Giraudoux, Colette, Oscar Wilde, Mandiargues ou Godard, a aiguisé en elle: l'observation subtile et l'écoute fraternelle des autres.

Un voile noir. Celui dont son père, photographe, recouvrait l'appareil pour les rassembler tous, à jamais, dans sa boîte. Celui qu'elle dut porter, si tôt, à l'enterrement de ses jeunes parents. Celui surtout qui s'abattit sur sa mémoire pendant d'interminables années... Jusqu'à ce jour où Anny Duperey ose enfin ouvrir ce tiroir de commode qui renferme les photos de son enfance, mutilée par l'accident domestique, si scandaleusement banal, qui tua ses parents. En feuilletant l'album familial, elle nous livre cette angoisse si longtemps retenue, mais aussi l'amour, la joie de palper ces êtres adorés, par les images qu'ils ont laissées et les mots qu'ils ont fait naître en elle.
Anny Duperey est bouleversante. Les années de silence lui ont permis d'éloigner le désespoir stérile et la complaisance. Son témoignage en ressort juste et frais, malgré la douleur, à l'image de cette non-dédicace à ses parents :

Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse (...). Sans doute parce qu'obscurément je leur en veux d'avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l'excuse de la maladie, sans même l'avoir voulu, quasiment par inadvertance. C'est impardonnable.
--Laure Anciel

 

Extrait :

Quatrième de couverture
J'avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents - de mon père, surtout, l'auteur de la plupart des photos, qui sont la base et la raison d'être de ce livre. Curieusement, je n'en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n'ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d'avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l'excuse de la maladie, sans même l'avoir voulu, quasiment par inadvertance. C'est impardonnable. Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. Il avait, je crois, beaucoup de talent. J'avais depuis des années l'envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d'écrire, sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l'une l'autre. Ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. J'ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort - il ne me reste rien d'avant, d'eux, que ces images en noir et blanc. Ce texte se rapporte à l'édition

Première et dernière lettre à ma mère & Deuil

 

Critique/Presse :

A lire absolument ce magnifique livre d’Annie Dupérey, paru aux Editions Le Seuil. L’auteur, à travers un texte poignant, part à la recherche de ses parents tragiquement et trop tôt disparus. Les belles photos de son père, photographe, soulèveront peu à peu le voile noir tombé sur sa mémoire. Avec pudeur et émotion nous découvrons avec elle le passé enfoui pendant de si longues années.

© Entretiens sur l'Education, 2000

Un an après la publication du Voile noir Anny Duperey réunit dans le livre Je vous écris, certaines des lettres que ses lecteurs lui ont envoyées. En voici une:

Comme vous doutiez de la finalité de votre livre, je doute de l'utilité de cette lettre.
J'ai dix-huit ans, je suis étudiante et je sais maintenant, je sens que si j'en suis là aujourd'hui, avec tout l'avenir devant moi et des souvenirs tous plus beaux les uns que les autres dans la tête, c'est grâce à eux, mes chers parents, mes très chers parents... Alors, merci.

J'ignorais, je ne voulais pas voir la place qu'ils occupent dans ma vie. Je me refusais à les reconnaître. Mes parents étaient mes souffre-douleur désignés, ils étaient des étrangers gênants à éviter, ou pire, à haïr. Ils n'existaient pas.
J'ai lu votre livre. Comme tout le monde, j'ai été émue et bouleversée tant votre douleur et votre courage sont grands.

Mais plus que tout, votre témoignage hurlant m'a éclaté à la figure, une petite bombe savamment dosée, votre témoignage m'a flanqué une vraie gifle.

Ce vers quoi désespérément vous tendez, je l'ai sous les yeux, je le côtoie jour après jour. Alors qu'après trente-cinq ans de séparation vous ne pouvez toujours pas vivre sans eux, moi comme une enfant gâtée qui casse tous ses jouets, je les évince, tout en sachant pertinemment qu'au moindre petit bobo, ils sont là. Après avoir lu votre livre, c'était un devoir moral impérieux de voir mes parents avec d'autres yeux plus responsables...
Alors, merci Anny, merci du fond du coeur. Tout ça va vous paraître dérisoire. Veuillez m'en excuser. Néanmoins, ce qu'à travers votre livre vous m'avez donné -l'amour de mes parents- est inestimable.

Anny DUPEREY, Je vous écris, 1993 - extrait Epreuve de français du
baccalauréat professionnel
Session de juin 2002

Petite remarque perso : J'ai été vraiment surprise de découvrir dans l'écriture d'Anny Duperey une telle force. Elle se dévoile complètement, se met à nu, et c'est cette petite fille de huit ans bouleversée qui s'infiltre au plus profond de nous. Tout est dit et jamais la sensation d'impudeur. Une sorte de "magie" qui, à travers l'écrit thérapeutique rétablit ce contact avec nous même que nous perdons si souvent dans notre quotidien. Oui, une petite fille nous guide en cherchant dans de vieilles photos noir et blanc des indices qui l'aiderait à comprendre, à accepter, pour enfin pouvoir vivre. Elle ouvre doucement la boîte des souvenirs qu'elle a perdus, qu'elle a enfouis au plus profond de cet elle-même entouré depuis si longtemps d'un épais voile noir... Et petit à petit, d'opaque le tissu devient transparent puis lumineux. Beaucoup d'émotion dans ce livre-là et l'envie de dire merci. Pour tout.

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