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Antoine Volodine n'aime pas parler de sa vie, il préfère évoquer ses livres. Du reste, la réalité, la vérité, l'identité (officielle, officieuse), dans son oeuvre sont l'objet de tant d'interrogations, de tant d'incertitudes qu'il est bien hasardeux de tenter l'aventure. Malgré tout... A ntoine Volodine serait né en 1950 à Chalon-en Saône. Une enfance qui n'a pas été terriblement malheureuse, contrairement à celle décrite dans Rituel du mépris (1986). Viennent ensuite les années universitaires à Lyon. Il y étudie le russe, pour des raisons génétiques et culturelles. "A cette époque, la perception de la Russie était intimement en liaison avec l'histoire révolutionnaire du XXe siècle." De cet amour pour la langue russe et en hommage à une grand-mère, il adoptera plus tard Volodine, comme nom d'écrivain. En mai 68, il se lance dans la tourmente. "Pour moi, ce fut une page qui s'est ouverte et qui n'est pas refermée. Cette perception pendant quelques semaines d'une possibilité de transformation radicale, c'est quelque chose qui marque l'existence", comme marque l'existence le reniement d'anciens militants qu'il connaissait, "devenus des petits bourgeois rassis et rancis". Pendant les années 70, sans rentrer dans les détails de sectes, de drapeaux, de mini-partis -"c'est se rattacher à des grisgris", il fait donc partie "des minorités excitées". Dans son engagement révolutionnaire, la guerre du Viêt-nam a été un élément aussi important que Mai 68. "D'une certaine manière, j'y participais". Et pour une fois, il aurait été du côté de ceux qui allaient gagner. En 1973, il est nommé à
Orléans prof de russe : une langue à problème, très
peu de clients, précarité professionnelle... "Las d'enseigner",
il donne sa démission quatorze ans plus tard. "Je ne pouvais
pas imaginer de passer ma vie à corriger des fautes de datifs pluriels
ou de génitifs singuliers. Ma vie réelle, c'était
une vie liée à l'écriture." Volodine s'en amuse.
Il a conservé dans un protège cahier en carton quelques
vieux écrits. Entre autres : une histoire avec des subjonctifs
imparfait et des fautes d'orthographes hilarantes. Il avait cinq et demi...
A insi, à partir de1971, et par vagues successives, Antoine Volodine envoie ses textes aux maisons d'éditions les plus prestigieuses. En vain. Une quinzaine d'années à essuyer des refus. Un souvenir plein de candeur. Autant sur le fond : "Je n'avais pas la perception de la mauvaise qualité de ce que j'envoyais"; que sur la forme : "A cette époque, on dactylographiait avec du carbone, et les versions étaient absolument illisibles. En plus, on les envoyait en dépit du bon sens, en consultant les adresses d'éditeurs dans les annuaires." Ce vécu d'écriture non publiée, occultée, secrète, clandestine se retrouvera tout au long de son oeuvre à venir. "Par miracle", pourtant, en 1985, Biographie comparée de Jorian Murgrave est remarquée par Elisabeth Gille, directrice à Denoël de la collection "Présence du futur". Ironie du sort : c'est un copain qui a envoyé le manuscrit à sa place, sans le prévenir. Vu l'inclassabilité du livre, Elisabeth Gille lui avoue que la collection Blanche pourrait également le publier, mais rien n'est assuré. "A ce moment, je n'ai pas du tout réfléchi aux enjeux. L'idée d'avoir un texte publié me fascinait. De plus, l'à-valoir était plus important à "Présence du futur"." Elisabeth Gilles voit donc arriver dans son bureau quelqu'un qui n'était au courant de rien, "un plouc littéraire", récupère son texte et sa plume : Antoine Volodine fait donc son entrée en littérature par la SF (et en profite pour obtenir quelques traductions). A cette époque, certains écrivains se singularisent déjà dans le genre, comme Serge Brussolo. "Il y a eu pendant deux, trois ans une conjonction de voix tout à fait originales qui se sont regroupées dans un mouvement à l'existence éphémère qui s'appelait Limite et dont j'ai été membre. Un recueil de nouvelles a été édité Malgré le monde (Ndlr : Denoël, 1987). C'était une tentative pour affirmer l'existence d'autres choses dans la SF française. Mais on a fabriqué un livre hermétique, qui était illisible en fait...." Après Biographie... trois autres livres vont suivre. Le problème, c'est que dans cette collection, Volodine se retrouve finalement bien seul. "J'étais étranger dans le ghetto." Un zombie parmi les zombies. "Ça posait de sacrés problèmes d'existence pour moi qui avait des projets à long terme". Volodine récolte malgré tout quelques lauriers. Son troisième livre Rituel du mépris est récompensé par le Grand Prix de la Science-fiction française en 1987. Pas mal pour "un touriste du genre" à qui on demandait sans cesse pourquoi il n'était pas comme les autres... Même s'il avoue que son destin d'écrivain aurait été différent dans une maison d'édition autre, Volodine ne renie pas ses quatre livres : "Et justement, c'est pour cela que je veux pas qu'on y accole cette étiquette de SF, d'abord parce que c'est une étiquette qui est conçue toujours par ceux qui la collent comme dévalorisante, et d'autre part, ça serait faire des quatre livres, une première phase dans mon oeuvre. Ce sont les premières briques de cette construction romanesque. Ils sont écrits comme j'écrivais il y a 15 ans", c'est-à-dire, peut-être avec"l'absence totale de la reconnaissance d'un lecteur possible." Il est singulier de constater que le premier éditeur de Volodine était un éditeur de science-fiction alors que lui-même n'était pas un spécialiste de SF. Lorsque en 1990, Jérôme Lindon publie Lisbonne, dernière marge, Volodine avoue ne rien connaître de la nouvelle génération des auteurs Minuit, tout comme la littérature française contemporaine. "Finalement la notion de filiation, j'ai dû mal à la poser. Pour moi, l'écriture n'est pas uniquement une affaire de textes. Il faudrait évoquer des émotions artistiques dues à des films (ceux d'Eisenstein), des oeuvres musicales, des contacts avec d'autres cultures, chinoise, orientale". A l'inverse de son voisin orléanais Pierre Michon qui a osé écrire après la lecture de Faulkner, pour Antoine Volodine, il n'y a pas eu de déclencheur. "Contrairement à beaucoup d'écrivains français de ma génération, je ne prononcerais jamais ni le nom de Proust, ni celui de Joyce, ni celui de Faulkner, et c'est bien embêtant dans le milieu littéraire français. Pour moi, ces références culturelles sont artificielles." En revanche, certains "géants écrasants" l'ont fortement impressionné : Lautréamont ("que j'ai lu beaucoup trop tôt, ce qui éblouit et doit faire mal quelque part"), Dostoïevski, Céline, Beckett, Kafka... Il y eut également la découverte de la littérature sud-américaine, dans les années 70 (Garcia Marquez, Borges, et surtout Bioy Casares), celle également des formalistes russes des années 20 (Pilniak, le Don paisible de Cholokhov...) Et de ce monde culturel, "fabriqué
de bric et de broc", Antoine Volodine a fourbi sa propre voix, d'une
torrentielle et fantastique tonalité, qui prend source aux tréfonds
de l'homme et s'en va irriguer les ravines d'un improbable nouveau monde.
Nuit blanche en Balkhyrie - roman 1997, Gallimard Le Port intérieur - roman 1996, Editions de Minuit Le Nom des singes - roman 1994, Editions de Minuit Alto solo - roman 1991, Editions de Minuit Lisbonne, dernière marge - roman 1990, Editions de Minuit Des Enfers fabuleux - roman 1988, Denoël Rituel du mépris - roman 1986, Denoël Un Navire de nulle part - roman 1986, Denoël Biographie comparée de Jorian Murgrave -roman 1985, Denoël
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