J'habite où les pierres ont manière d'hommes, où les murs précaires en savent long.
La source prend très haut son cours au delà des êtres privés d'enfance..
Ici, la peau est folle d'un rien d'une visite d'insecte d'un gonflement de pulpe, ni heurts ni prières ne pourrissent les fruits par le centre.
Tout est instant tout est attendu et nous allons, aveugles souvent, étreints par tous nos morts.
C'est ici que j'habite à l'écoute des choses, cri des argiles ou éclatement des mousses.
Ici , le poème vient de peu : d'une glissade du soleil de la sourdine des mousses qui rongent.
Ici , le poème se vit : il naît du babillage des sources et de l'imperceptible souffle des chemins nus.
Ici , le poème est matière : il est dans toutes les plissures dans le tragique des arbres si tortueux que le promeneur s'arrête curieux du mystère.
Ici , le poème se déchire : de l'oubli de l'eau à la tension extrême des rives il se voile de pluie et s'alourdit de l'invisible.
Une fenêtre s'ouvre. De grandes étendues d'arbres et d'eau, y chercher l'oubli ou l'absence de soi. Puissant constant l'invisible s'installe sur la page où rien ne sera écrit.
La vie palpitante dans le remous d'orage ou dans la sève qui inonde soudain, la vie s'éparpille tout est illisible.
C'est
un monde singulier de terres
érodées un monde
étrange de courbes et de poids d'ombres
et de gestes usés.
Il
fallait vers l'indicible tendre ses nœuds ses rêves
épuisés… Il
fallait mêler la boue
à l'infini et tout
défricher et tout
arracher à la confusion.
Il
fallait taire l'élan qui jaillissait
d'un jour à peine visible, taire surtout l'angoisse
obstinée qui marquait
chaque passage. Il fallait
se libérer…
La vie quelques éclats froids aigus la vie chargée de tant de hasards de tant de visages…
Les rocs et les pierres et l'aride en une pensée reliés…
Les couleurs messagères d'un rythme plus dense plus profond…
Le vent qui soudain s'arrête de lécher de plier d'user…
Nous enfin écrasés peut-être alourdis de tout ce gris des jours sans âme, nous, tournés vers toute mer fût-elle végétale…
Un jour
nouveau un de plus… Une déchirure au loin des chemins s'ouvrent plus vastes plus lumineux. Nos pas dans d'autres pas d'autres marches plus heurtées.
La forêt puissante nous possède nous aspire en sa paix humide la forêt nous éloigne de nos énigmes nous relie à d'autres secrets plus profonds.
La vie chemins pétrifiés ou osseux toujours autres les sources une pause à peine dans l'infini du temps.
Lente maturation dans l'obscur dans le tiède voix éphémères souffles feutrés mille haleines nous lient à l'invisible.
Haraucourt
un moutonnement de verts et d'ambre de courbes lascives que la lumière prolonge
une cassure au loin une brisure du ciel sur le vert allongée un angle de bleu doucement intrusif
une large plissure un trait prolongé du frémissement primal pas assez sensible pour distraire de tous ces verts et de ces arbres et du silence parfumé des herbes folles
une argile libre sous la caresse la voici qui frissonne et se gonfle et s'arrondit souple et vivante pleine de sortilèges qu'on croyait évanouis avec l'enfance
un matin de pétales plus légers que songes un pays tout entier à dévorer à habiter par l'âme où les merles ont des voix de femmes et des lyres plein la gorge…
Anneaux brisés que tracent en partance des flux d'oiseaux.
Traces lignes mouvantes que laisse l'absolu qui nous
traverse.
Un
jour d'automne signé de
noir fleuri
de rouille.
Une
colline se découvre après la
brume sans tain, un vol
de martinets en délire avant l'absence
prochaine…
Leurs cris
s'effrayent de la redondance de leur
voix plurielle, un concert
inévitable harcèle jusqu'à
l'épuisement.
Une élégie
d'automne sans autre
raison que la
mélancolie parce que
la pluie parce que le vent…
Aride
et fière toute de
rides et de roc de failles
et de creux, la Roche
des Minches domine
la ville et en observe
la lente asphyxie…
Sa
masse de brume
attardée de ravines
et de sources oppose
un front osseux à la quête
des vents.
La
voix des oiseaux se déchire en un long
chant qui attire le promeneur
rompu vers des
chemins sans rives…
Comme basse terre en attente d'eaux vivifiantes, en apnée profonde en pays rubigineux.
Envahie par d'inlassables fugues de brumes, en apnée dans l'absurde des limites dans l'angle mort de la mémoire.
Arrachée au silence, une patience infinie pour le vivant et pour l'ineffable l'étonnement incrédule.
En quête de sédiments où renaître en adéquation peut-être dans l'aujourd'hui. Agnès Schnell © Agnès Schnell © son site perso MARJAS n'est plus accessible actuellement |