Vers la vague assagie,

des impulsions

toujours freinées

toujours retenues.

un excès de sel

ou d'ombres

une forêt d'algues peut-être ?

 

 

 

 

Arrêt soudain du vent

si ce n'est le froissement

d'une aile

encore invisible.

Arrêt du mouvement

sur une montée d'eau,

une lêchure

sur rocs et falaises.

 

 

 

 

Corps attaché

mains nouées

les pieds sont nus

entravés.

L'élan du buste,

une ligne cassée

lasse            avide cependant.

 

Lui            de chair

eux  actifs,

lui            vertical

eux  assis,

sans partage de solitude.

 

 

 

 

Des voix se lèvent et l'attirent

le bercent et le nomment.

Enchaîné, comment répondre ?

Et pourquoi répondre ?

Il sait le mirage.

 

 

 

 

Naît un songe

bâti d'images

et de brûlures.

 

            Tissu et plis mouvants

            voici une femme            lente

            nourrie de chants

            nourrie d'attente.

            Les voix trompeuses

            en prennent l'accent

            en endossent les courbes.

 

 

 

 

L'exil noue.

Le chant vrille et perce.

Le pays n'est pas loin

où sont ses racines.

            une femme            lente

tisse et détisse l'alliance

l'enracinement.

Lui            ici

par des liens tenu

mordu                cisaillé.

 

 

 

 

Sa faim gronde.

Dans ses veines les voix

éclatent et battent

les mots cognent

pays             langue natale     femme.

Peau sèche sur l'ossature

émacié            usé

nu au plus profond,

il crie.

Sa voix traverse les autres voix

sa voix le cloue.

 

 

 

 

 

Il dit son  nom

à l'eau                aux nues

à la terre au loin.

Il crie son nom

pour contrer le souffle

des voix mensongères.

En son intime

il caresse son nom

pour lui

seul.

Ses mots n'ont

ni racines ni ailes.

 

 

 

 

 

Son visage

grêlé de voyages

est livide.

Dans sa nuit            dans sa transe

son corps n'est qu'attente,

désir dans l'attente.

 

 

 

 

Les liens se relâchent            un peu.

Lui             résiste.

Son âme a rejoint l'autre.

Plus rien ici

ne l'attirera.

 

 

août- sept 2003

Agnès Schnell

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