Rêve de mer

 

Juste où la rivière
Se donne à la mer
Avant la grande barrière
Juste où la rivière
S’éclaire

 

La brume sur l’aube tranquille
Se mêle à l’eau d’une aquarelle
Quand le matin presque immobile
Brode ses fragiles dentelles

Lentement se défait la nuit
Le continent accroche au ciel
Ses écheveaux de rêves gris
Piégés par le premier soleil

Une île se dresse aux aurores
Il bruine un rayon de lumière
Le vent accroche ses trésors
Aux piqués d’un oiseau de mer

A l'heure où le matin frissonne
Un homme se glisse aux miroirs
Un air que le large fredonne
Vient s’amarrer à sa mémoire

C’est une voix et c’est un chant
Qui s’amplifie aux basses terres
Et parfois dans un éclat blanc
Tremble une forme singulière

Est-ce réel est ce légende
Est-ce étonnant jeu de lumière
Une ombre marche sur la lande
Une ombre file sur la mer

Il est des jours où l’homme avance
Et s'offre aux caresses des flots
Il tangue quelques pas de danse
Effleurant à peine les eaux

Il valse à perdre la raison
Il tourne et tourne et tourne encore
Il valse aux lignes d’horizon
Où déjà se dilue l’aurore

De l’île la vision est troublante
D’un homme au visage noyé
Dans la chevelure mouvante
D’un songe aux allures de fée

Brusquement la danse s’achève
Sur une vague d'amertume
L'ombre et le chant n'étaient qu'un rêve
Un rêve de vent et d'écume

L'homme est debout sur la jetée
Les yeux perdus dans l'océan
Déjà dans les couleurs tremblées
S’étire un jour évanescent

 

Juste où la rivière
Se donne à la mer
Avant la grande barrière
Juste où la rivière
S’éclaire

 

Aux confins de l'imaginaire

 

Régine©

 

Illustration : Rivière d'Etel - Philip Plisson

Musique de fond : For Aunt Carla - Yuko Ohigashi