pour Jérôme Hutin

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Le géant de la colline


Il était un géant là-haut sur la colline
Gardien de doux murmures et de premiers baisers
Au terreau de l’Histoire il plongeait ses racines
Et ses feuillages verts bruissaient au ciel d'été

A l’automne il offrait sa symphonie violente
Entremêlant les fauves les ors et les carmins
L’hiver le dénudait des gouaches flamboyantes
Dessinant ses bras nus à grands traits de fusain

Le printemps frémissait et gonflait ses ramures
Eclatait en verdure en gazouillis sonores
Il était souverain dressé contre l’usure
Du temps qui s'écoulait... Aujourd’hui il est mort

Je le vois allongé brisé aux lignes noires
Du coteau que le vent a privé de son roi
Déchirure brutale il gît au désespoir
Il est arbre et pourtant j’ai son cœur à mes doigts

Je suis restée ainsi à suivre ses contours
Imaginant tous ceux qui s’étaient abrités
Sous ses feuilles aux printemps des premières amours
Et avaient à l’écorce gravé l’éternité

 

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Rêverie végétale


Nous avons tous appris à compter en années
Le temps qui s'amoncelle dans le grand sablier
L'arbre compte en saisons en lunes en firmaments
En soleils et en pluies en brumes et en vents

Il tremble ses feuillages à la voûte cosmique
Griffonnant sous la lune d’étranges écritures
Le vent se lève alors et les met en musique
L'on entend fredonner au profond des ramures

Pierrot parfois viendrait s’asseoir sous les ombrées
Et prêterait sa plume à belles aventures
Ses mots s'envoleraient jusqu’à sa bien aimée
Poser des papillons d’or à sa chevelure

Cet arbre gigantesque est gardien de l’enfance
De nos grands yeux ouverts à l’heure dérobée
Où les imaginaires ouvrent leurs transparences
En infinis voyages glissés sur nos secrets

Nos rêveries s’étirent en lunes et en étoiles
En averses limpides en zénith brûlants
Nos rêveries s’accrochent aux ondes végétales
Tissant des frondaisons de brumes et de vents


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Huma-naissance


Au matin c’est un chant qui brise le silence
Les pas légers d’enfants entamant une danse
Une ronde joyeuse et des éclats de rires
Des couleurs des lumières des rêves des plaisirs

Au mitan du village que la chaleur laboure
Se dresse un magicien en habit végétal
Son ombre sur le sol oblique les contours
D’un voyage glissé aux langueurs vespérales

A la nuit quand le feu ondule les ramures
Tremblant sur les visages d’étranges maquillages
On entend au silence s’élever les murmures
Des anciens réunis à l’abri des feuillages

Image symbolique en noble destinée
De combien de secrets reçut-il confidence
Il garde inscrit au creux de ses hautes futaies
La généalogie de notre huma-naissance


 
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Conte des forêts



Il se raconte ici une histoire singulière
Que les arbres ravis murmurent à l’aurore
Quand les brumes déposent leurs voiles éphémères
Aux parures fragiles que la forêt arbore

C’était une autre vie longtemps avant notre ère
Elle était la saison fragile du printemps
Lui portait en son coeur tous les froids de l’hiver
A la nuit du solstice ils se firent amants

Elle tremblait dans ses bras empesés de flocons
Et Lui fondait ses neiges aux torrides étreintes
Eux que tout opposait cédaient à la passion
Imposant aux saisons de nouvelles contraintes

Dans la forêt profonde que troublaient leurs émois
A l’abri rassurant des ombres vespérales
C’est la clarté lunaire d’un ciel tendu de soie
Qui leur donna soudain impulsion végétale

On dit qu’ils sont depuis arbres d’éternité
Au début de l’hiver Il se pare de givre
Tandis qu’Elle élabore au secret des feuillées
De surprenants nectars dont leur amour s’enivre

Il se raconte ici cette histoire singulière
D’un mariage troublant entre arbres des forêts
Mais quelle poignante image vibrant dans la lumière
Que ces deux-là mêlant leur essence à jamais

 

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Un arbre, c’est…


Un arbre c’est… le cycle toujours recommencé
De la vie qui s’écrit au rythme des saisons
Un arbre c’est un livre et un calendrier
Qui pose à notre temps de précieux jalons

Un arbre c’est… hier amené vers demain
C’est l’étoile lointaine brillant au ciel d’été
Un arbre c’est peut-être dans le creux de ma main
Un rayon de soleil encore emprisonné

Un arbre c’est… le germe jadis mis en terre
C’est l’énergie vitale de la pousse à venir
Que passent les saisons que brûle la lumière
Un arbre c’est toujours un peu de souvenir

Un arbre c’est… l’infime devenu gigantesque
La promesse d’une aube après l'obscurité
Une touche de vert au centre de la fresque

Un arbre c’est l'espoir
au sol enraciné


 
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Vénérable

Il est des démesures tendues vers la lumière
Qui disent infiniment le passage du temps

A nos poumons il vient apporter le respir
A nos mémoires il est l’étoile du berger
Sa sève est notre sang sa vie notre avenir
Il montre le chemin à nos coeurs égarés

Il offre à la forêt noblesse végétale
Et sa taille imposante suggère l’éternité
Il semble invulnérable dans l’azur virginal
Mais porte sous l’écorce tant de fragilité

D’autres saisons viendront à celle-ci pareille
Mais sera-t-il encore dressé sur l’horizon ?
Racontant à qui sait un peu tendre l’oreille
L’histoire folle des hommes et de leur déraison

Il cultive en son sein l’infini de l’instant
L’obstination vitale à germer à grandir
Le germe était infime immense est le géant
Plusieurs siècles pour vivre un souffle pour mourir

Il est des démesures tendues vers la lumière
Qui disent infiniment le passage du temps

 

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If

Je revois le grand parc aux arbres centenaires
Bruissant du souvenir des chevaliers d’antan
On y croisait parfois dans un puits de lumière
Des ombres promenant sur le souffle du temps

Aujourd’hui de ce lieu ne reste que décombres
Et la désolation s’étire sur le val
Le passé fut glorieux mais l’avenir est sombre
Ne demeure désormais que cet If magistral

Bientôt sous la folie d’un ultime décret
Il sera abattu sans égard pour son âge
Et les dames jolies du joli temps passé
Ne viendront plus rêver au couvert des feuillages

L’avenir est en marche et rapproche les hommes
L’asphalte imprimera sa cicatrice noire
Mais faut-il pour cela d’un dernier coup de gomme
Effacer le passé dont l’if garde mémoire

Indifférent et noble en sa belle attitude
Il dresse encore ici sa haute silhouette
Le vent chantait aux branches que la saison dénude
En été sous l'ombrage musardait le poète

N’avons-nous pas devoir de porter à demain
Ce qu’hier patiemment nous avait réservé
Nous tenons le futur dans le creux de nos mains
Et l’arbre est le symbole de la pérennité


(Poème pour "l'If de Chantemerle, un arbre historique, un patrimoine naturel du Périgord, de l'Aquitaine et de la France. Il se trouve sur le tracé de l'autoroute A89. Il vit depuis près de 400 ans dans un petit parc d’environ 2 hectares. Tous les autres arbres du parc, parfois centenaires, ont été abattus " )

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L’orme de Salignac

La saison a privé les arbres de leurs feuilles
L’orme majestueux n’est que triste gisant
Au centre du village il était cœur battant
Décembre qui s’installe déjà porte son deuil

Mais ce n’est pas un arbre qui vient d’être abattu
C’est l’homme en sa nature qui chancelle et chavire
Ce pauvre papillon que la lumière attire
Ne retrouvera pas son paradis perdu

Ici l’enfant jouait puis l'adulte aux vieux jours
Evoquait sous l’ombrage ses lointains souvenirs
Une lettre à l'écorce de son premier amour
Grave une nostalgie au coin de son sourire

Le soleil déclinant se couche sur l’hiver
La froidure aux fenêtres dessine ses tourments
Sur la place il nous manque une ombre familière
Et la blessure à vif est de sève et de sang

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Energie vitale


Si un jour tout s’en va
Si un jour tout me quitte
Je reviendrai ici au pied de ce grand arbre
Je poserai mon bras replié à l’écorce
J’y appuierai mon front
Et comme aux jeux d’enfance
Ma voix sur le silence
Comptera

Un
Deux
Trois

Soleil

Et le soleil viendra crever le ciel sombre

De ma peau à l’écorce
Me reviendra la force
Le sourire et la joie

Si un jour tout s’en va
Si un jour tout me quitte
Je reviendrai ici au pied de ce grand arbre
Me laisserai porter par le flot végétal
Pour retrouver intacte mon énergie vitale


 

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Régine Foucault© - Décembre 2004

Site Inspirations

Le site de Jérôme Hutin : Arbres Vénérables

Musique de fond : Nocturne de Chopin