Un Monde A Lire
Zoli
Zoli
 
Colum McCann
 
Traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre
Aux éditions Belfont
Paru en août 2007
328 pages

ISBN-10: 271444136X 6

ISBN-13: 978-2714441362
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"On dormait à la belle étoile, il faisait bon, les nuits étaient douces et pleines, pleines de regrets aussi pour ceux qui nous manquaient. Nous avions si peu pour nous souvenir d'eux, à peine de petites choses comme ma mère en chantait... "(Page 31)

Résumé :

Présentation de l'éditeur :

Des plaines de Bohême à la France, en passant par l'Autriche et l'Italie, des années trente à nos jours, une magnifique histoire d'amour, de trahison et d'exil, le portrait tout en nuances d'une femme insaisissable. Porté par l'écriture étincelante de Colum McCann, Zoli nous offre un regard unique sur l'univers des Tziganes, avec pour toile de fond les bouleversements politiques dans l'Europe du XXe siècle.

Tchécoslovaquie, 1930. Sur un lac gelé, un bataillon fasciste a rassemblé une communauté tzigane. La glace craque, les roulottes s'enfoncent dans l'eau. Seuls en réchappent Zoli, six ans, et son grand-père, Stanislaus.

Quelques années plus tard, Zoli s'est découvert des talents d'écriture. C'est le poète communiste Martin Stránský qui va la remarquer et tenter d'en faire une icône du parti. Mais c'est sa rencontre avec Stephen Swann, Anglais exilé, traducteur déraciné, qui va sceller son destin. Subjugué par le talent de cette jeune femme, fasciné par sa fougue et son audace, Swann veut l'aimer, la posséder. Mais Zoli est libre comme le vent.

Alors, parce qu'il ne peut l'avoir, Swann va commettre la pire des trahisons...

 
"Il a écrit un jour que la vie d'un homme ne comporte vraiment un début, un milieu et une fin qu'au moment où il la quitte. (Page 121)
 

Extrait :

Je suppose qu’au début ça semblait négligeable, de petits détails. Un changement dans les regards, les épaules qui tombent sous le manteau, les judas qui apparaissent aux portes, les fenêtres noires. Cela n’était pas grand-chose, même pas le prix à payer. Quelques incidents isolés. Des gouttes de pluie, il appelait ça, Stránský. Il suffit de tendre la main, et ça arrive soudain, c’est presque agréable au départ. Mais peu à peu ces choses-là se muent en crachin, et puis les gouttes se télescopent et, au bout d’un moment, on a vu s’abattre des trombes. On ne voulait plus parler qu’à l’air libre, sur une rive du fleuve, ou dans un véhicule de location. Les paniers à salade sillonnaient de plus en plus les rues. On a bientôt entendu des histoires de danseurs folkloriques envoyés creuser les canaux. Des professeurs qui allaient traire les vaches. Des philosophes qui pliaient les cartons pour les orphelinats. Des commerçants retrouvés le nez dans la rigole. Des poètes ouvriers dans les usines d’armement. Le long des routes, les panneaux étaient sciés. Les rue rebaptisées. Il pleuvait à verse et on refusait de voir – pourtant c’était notre pluie, notre œuvre, et comme elle promettait de bonnes récoltes, on la laissait couler. Trop d’espoirs avaient été placés dans la révolution, on n’allait pas changer notre fusil d’épaule sous prétexte que ça ne fonctonnait pas – ça ressemblait au désir. (Pages 109-110)

 
"Une vieille chanson rom a pour refrain que nous partageons avec les autres des bouts de notre coeur, et plus nous avançons, moins il en reste en nous. Le moment vient où il n'y en a pus assez pour tout le monde, et cela s'appelle voyager, cela s'appelle aussi la mort. Il n'y a rien de plus banal puisque ça nous arrive à tous" (Page 222)
 

Critique/Presse :

Petite remarque perso :

Les roms… une petite fille qui apprend à lire parce que son père lisait Marx. Une petite fille qui appréhende la vie et la mort en un seul regard, le jour où sa famille est dessimée sous ses yeux dans un immense fracas de glace brisée. Le lac gelé et les flammes engloutissent brutalement son enfance… Mais en apprenant les mots des livres, pour les siens elle perd son identité rom, elle glisse lentement vers cet autre côté qui l’acclame sans pour autant véritablement l’accueillir. Le reniement des siens, l’errance… La grande halte qui a voulu sédentariser les gens du voyage, les entasser dans des tours  sans tenir compte de leur culture. Insaisissable Zoli, inaliénable Zoli…
Un portrait de femme extraordinaire. Des années 30 à nos jours, Zoli traverse les épreuves et les pays et force l'admiration. Culture tzigane, persécutions, rendez-vous tragiques avec l'Histoire. Un chant pourtant s'élève. Les mots de McCann ont suffisamment de puissance et d'amplitude pour le porter jusqu'à nous, dans le silence de la lecture. Nous n'aurons sans doute pas tout compris des gens du voyage, mais nous aurons, le temps d'un livre, partagé ce chant. Et comme le dit l'écrivain australien Peter Carey "Si la vocation suprême pour un auteur est d'imaginer ce que c'est qu'être "autre", alors Colum McCann est un géant."
Beaucoup ont tenté d’apprivoiser Zoli, son âme, sa plume, son chant. Mais peut-on contenir la musique ? Le chant naît à l’intérieur et entame ce merveilleux voyage qui le porte d’oreille en oreille, de cœur en cœur… Même captif, il emplit l'espace et transforme le temps. Zoli est ce chant...

 

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